dimanche 5 février 2012

Rébellion Touareg au Mali: un nuage sur l’axe Nouakchott/Bamako.

Selon des informations parvenues à Kassataya, les violents combats qui opposent l’armée malienne aux troupes du MNLA et de leurs alliés suscitent des interrogations à Bamako. L’équipement des rebelles provient-il seulement de la Libye ?


La Mauritanie soupçonnée d’accointances avec la rébellion.

Dans la capitale malienne, les médias et certaines voix laissent entendre de plus en plus ouvertement que les rebelles disposent d’autres cartes que les armes rapatriées de chez Kadhafi. Un élu appartenant à la majorité au pouvoir au Mali a confié à Kassataya ce mardi 31 janvier 2012 qu’un pays voisin est directement impliqué dans le conflit. « Les rebelles avaient planifié de se ravitailler en minutions et en carburant en attaquant certaines bases militaires dans le Nord. Malheureusement pour eux ils ont mal calculé. Ils se sont repliés sans munitions en comptant sur le soutien du voisin » confie l’élu.

Contacté par Kassataya, un connaisseur de la région assure que la Mauritanie est entrain de se faire une bien mauvaise publicité. Certains pays de la sous -région n’hésitent pas à rappeler que quand des risques de rébellion avaient menacé la stabilité de ce pays, tous les pays avaient apporté leur soutien à Nouakchott.

Mais quel crédit accorder à ces accusations ? Que peut espérer Nouakchott de ce soutien supposé à la rébellion touareg ? L’accusation semble quelque peu curieuse. La Mauritanie s’est lancée dans une chasse aux éléments d’Al-Qaïda qui écument la région. L’on se souvient que l’armée mauritanienne s’était engagée en territoire malien pour traquer justement les combattants d’AQMI notamment dans la forêt de Wagadou.

Toutefois, selon un analyste spécialiste des questions de sécurité, la Mauritanie pourrait trouver dans la rébellion touareg l’occasion de réaliser ce qu’elle n’a pu obtenir de l’armée malienne : juguler la menace terroriste dans la sous-région. Ce serait une façon de sous-traiter la guerre contre AQMI aux rebelles du MNLA. Certains analystes à Bamako pointent par ailleurs les ambigüités des propos du ministre Mauritanien des affaires étrangères. Celui-ci déclarait sur les ondes de RFI que « les Touaregs sont une communauté ethnique, ce qui n’est pas le cas des terroristes. Les Touaregs au Mali sont chez eux, ce qui n’est pas le cas des terroristes. Les Touaregs ont des revendications identitaires, irrédentistes, ce qui n’est pas le cas des terroristes. Les Touaregs n’ont jamais attaqué un pays étranger, ce qui n’est pas le cas, non plus, des terroristes. Donc, à mon avis, il faut éviter de faire l’amalgame ». Le ministre mauritanien accuse, sans les nommer, certains pays de manquer de volonté politique dans la lutte contre le terrorisme dans la sous-région. La détermination de la Mauritanie reste elle intacte. Au point de s’allier à une rébellion dans un pays voisin immédiat ?

Une situation explosive à bien des égards.

Pour l’élu malien, ce serait une très mauvaise analyse de la part des autorités mauritaniennes. En pensant pouvoir compter sur les rebelles touaregs, les autorités mauritaniennes montreraient leur méconnaissance des alliances et équilibres tribaux sur lesquels reposent les relations dans la région. Certaines tribus touaregs ont noué des alliances avec des chefs terroristes et ils ne les renieraient pour rien au monde. De plus, en agissant ainsi, la Mauritanie exposerait les populations maures du Nord du Mali aux représailles des terroristes et des rebelles. Des commerçants arabes ont été dépouillés de leurs matériels de communication (téléphone satellitaires Thuraya) et de leurs stocks en carburant (vendu dans la région de façon informelle). Excédées, les victimes se sont récemment réunies pour se constituer en groupes d’autodéfense et faire face à la situation devant l’impuissance de l’armée malienne dont certains hommes se sont réfugiés dans les pays voisins pour fuir les combats.

Appels au calme et rejet de l’amalgame.

Dans le même temps, l’unanimité se fait à Bamako aussi bien du côté des officiels que de la société civile pour appeler au calme et éviter l’amalgame entre ceux qui sont qualifiés de « bandits armés » et les populations touaregs et arabes du Mali. Mais ces voix cachent mal le malaise profond qui s’est exprimé quelquefois dans des représailles contre les populations du nord. Des pillages ont été signalés dans la capitale malienne suite aux manifestations de mardi et mercredi.

De nombreuses familles ont traversé la frontière pour trouver refuge en Algérie et au Niger. Le plus important contingent semble avoir choisi la Mauritanie (entre 4500 et 5000 personnes selon certaines sources). Ce pays faisant face à une grave crise alimentaire risque de se trouver confronté à des difficultés inhérentes à la pression sur les ressources disponibles et aux déséquilibres nés d’un afflux massif de populations réfugiées. La situation n’est pas plus prometteuse du côté de la frontière avec le Sénégal où l’instabilité politique risque de déstabiliser le pays et envoyer un nouveau flot de populations vers le voisin mauritanien. Situation qui fait dire à cet analyste que « la Mauritanie risque de payer le plus lourd tribut à l’instabilité politique dans la sous-région compte tenu du caractère hétéroclite de son peuplement et du peu d’encrage de l’Etat sur le territoire ». C’est justement un argument qui fragilise la thèse de l’alliance entre Nouakchott et les rebelles touaregs. La situation politique interne est à ce point tendue qu’on voit mal où le régime d’Ould Abdel Aziz pourrait trouver l’énergie nécessaire pour s’impliquer dans un tel bourbier. Sauf à dire qu’il s’agit d’un contrefeu pour détourner l’attention. Soupçon qu’une source proche du pouvoir en Mauritanie renvoie d’ailleurs au voisin malien qui trouve dans cette rébellion une l’occasion de repousser l’élection présidentielle prévue en avril et dont est exclu le président sortant qui ne peut briguer un troisième mandat.

Abdoulaye DIAGANA

Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source : www.kassataya.com

mardi 24 janvier 2012

Qui ménager : Aziz suicidaire ou l’opposition qui appelle au coup d’état ?


Où sont passés les aziziens de la première heure ? Où sont passés celles et ceux qui défendaient Aziz avec passion car ils croyaient en lui ? Où est passée la passion du changement ? Ils se sont tus car Aziz les a tués ! Le voilà maintenant entourés de paillassons, de griots sans âme, d’ennemis corrompus, de seconds couteaux sans foi ni loi, d’aventuriers à genoux…


Alors qu’Aziz a plus que jamais besoin de gens sincères et talentueux défendant son bilan et son régime, le voilà paumé au milieu de bras cassés qui se taisent pour ne pas subir les foudres de la liberté d’expression ; le voilà servi par des nuls qui ne peuvent ouvrir la bouche sans dire une bêtise ou une chanson frelatée à l’excès !


Voyez le symbole même du bilan du changement : après presque 3 ans de changement constructif, 78 millions de dollars dépensés pour la santé en construisant et équipant des hôpitaux, personne n’est capable en Mauritanie de sauver une femme qui a reçu une balle dans la poitrine ! C’est grave pour un pays en guerre contre le terrorisme ! Que se passerait-il si demain une explosion venait à atteindre les populations ou même un tir à la kalach dans un marché ? Il faudrait alors affréter des avions médicalisés pour soigner tout le monde au Maroc ! Tu parles !


Maroc qui, soit dit en passant, est en train d’éviter à l’azizanie un cauchemar inchallah ! C’est un autre signe à méditer pour l’azizanie. Mais que voulez-vous, Aziz est ainsi fait que si vous l’accusez d’être pro-marocain, il ira jusqu’à claquer la porte à M6 pour rien ou juste pour prouver qu’il n’a pas de maître et n’est pas marocain, comme il peut la claquer à l’Emir du Qatar ; Que voulez-vous, Aziz est ainsi fait que si vous voulez la peau de quelqu’un, il vous suffit de faire courir la rumeur qu’il est l’homme fort qui tient l’oreille d’Aziz où il déverse ce qu’il veut, Aziz le fera exiler comme ould Brahim khlil qui depuis passe sa vie sur internet ou au téléphone, ou comme ce qu’a subi Mohcen qui se présentait comme le numéro 2 après Aziz ; c’est aussi ce qui arriva à Bouamatou et bien d’autres…


Aziz veut être libre et ne devoir rien à personne, ce qui est difficile quand on doit tout à quelques uns sinon à tout le monde… Il aura au moins réussi à prouver qu’il est bien mauritanien et non marocain, c’est accordé !


Pour ce qui nous occupe, on dit que celui qui ne voit pas le ciel, ne faut pas le lui montrer… Voilà que le ciel descend vers Aziz pour lui dire : Vois si tu es aveugle… Ecoute si tu es sourd… Lis si tu es honnête…


Aziz a voulu gérer le pays seul ou du moins, donner l’impression de gérer, gouverner tout au plus près comme si c’était possible au pays de la gabegie atavique ; le voilà donc responsable de tout ce qui peut arriver dans un tel pays. C’est le retour du bâton ou le coup de pied de l’âne…


Qui est l’âne ? L’âne est celui qui est pris pour tel ou celui qui en a toutes les caractéristiques en l’occurrence le peuple prêt à suivre quiconque le fait rêver mais prêt aussi à accuser quiconque n’assume pas !


Le mécontentement est-il général ? C’est le cas de le dire : Oui ! Qui sont les mécontents ? Le peuple, la classe moyenne, les riches, l’opposition, la majorité. Tout le monde est mécontent. Une partie pour n’avoir rien reçu des fruits hypothétiques du changement, l’autre pour n’en avoir pas reçus assez…


Aziz peut-il craindre ce mécontentement ? Pas vraiment car il a les moyens de faire taire beaucoup de leader d’opinion ; il lui suffit pour cela de leur mettre quelque chose dans la bouche ce qui les empêchera de parler la bouche pleine. Pourtant, il semble ne vouloir rien en faire comme s’il attendait que ces leaders le calomnient au maximum avant de leur faire chanter « vive Aziz sans condition ! ».


Aziz ne fait rien contre ce mécontentement comme s’il en avait besoin pour se libérer de certains... Aziz ne fait rien comme s’il savait que le pouvoir ne se prend pas par les braillards ; pourtant si les faiseurs d’opinions continuent ainsi, bientôt toute la république se dira qu’Aziz est un zéro qui a menti au peuple et dont l’unique but est de devenir l’homme le plus riche de Mauritanie.


C’est déjà bien lancé car en face des opposants, il n’y a personne de taille pour répondre arguments à l’appui. Le silence plein de mépris risque cette fois de coûter cher à Aziz et ses silencieux car ce vacarme naissant à la base laisse entendre à l’armée que si coup d’état il y a, alors la classe politique serait du côté des putschistes !


Nous en sommes là ! Les démocrates ont découvert le chantage au coup d’état contre les auteurs de coups d’état. C’est l’arme ultime la plus terrible qui soit ; c’est une véritable menace pour l’homme fort du moment car le front, armée contre civils, ne tient plus quand en face les civils en appellent à l’armée !


Voilà le seul danger qui puisse guetter Aziz : la soif de pouvoir de ses frères d’armes, tout le reste c’est du flan : révolte des haratines, du flan ! Révolte de la jeunesse, du flan ! Révolte du peuple, du flan ! Que du flan sorti de l’esprit pâtissier de plumitifs qui confondent farine et mayonnaise ! Rien ne monte, rien ne prend ! à moins d’une manipulation…


Le plus grand reproche qu’on puisse faire à Aziz, au-delà de tout le reste : ingratitude, convention criminelle avec la Chine, bradage de nos ressources or et autres, absence totale de lisibilité ni de perspective à aucun terme ni court, ni moyen ni long, nullités au pouvoir, marginalisation des lumières et cuisine des lueurs, arrogance, égoïsme qui consiste à se servir et mettre les autres à la diète, clochardisation de la fonction publique, opacité et clientélisme dans l’octroi des marchés publics devenus une affaire de clans proches du pouvoir etc. ; le plus grand reproche qu’on puisse faire à Aziz c’est de n’avoir pas eu le courage, ni lui ni les autres généraux d’impulser un vrai changement révolutionnaire même light mais un changement…


Voilà des jeunes généraux qui avaient tout pour réussir à changer ce pays de front à savoir nous débarrasser au moins des prédateurs arrogants et insolents que sont certains hommes d’affaires. Rien n’a été fait de ce côté que de leur faire peur en vain !


Mais Aziz est-il le seul responsable de ce désastre politique ? Les prédateurs qui n’ont pas pu servir Aziz sont allés remplir les rangs de l’opposition où plus rien n’est sain. Tout est corrompu de cœur ou de fréquentation. Tout est gris. L’opposition à la diète et haineuse veut la perte d’Aziz à tout prix non pas pour la Mauritanie mais juste pour assouvir la haine.


C’est cette haine qui fit la victoire sans coup de feu du CMJD ; C’est cette haine qui fit la victoire de Sidioca contre Daddah. C’est cette Haine qui fit que Daddah prit acte du coup d’état et c’est aujourd’hui la même haine les uns des autres qui veut la perte d’Aziz car Aziz les méprise et leur montre, car Aziz ne veut rien partager avec eux sans le verdict des urnes et les renvoie aux électeurs que l’opposition historique semble craindre car la jeune opposition islamiste semble mieux placée…


Il n’est plus question de démocratie nulle part, tout n’est que haine pour assouvir la haine. Qu’il tombe c’est tout ! Que Taya tombe c’est tout ! Que Daddah perde c’est tout ! Que Sidioca et son Messoud tombent c’est tout ! Maintenant c’est qu’Aziz tombe c’est tout !


Les mêmes qui depuis les années 70 se haïssent et se partagent le pouvoir ou en rêvent les uns contre les autres.


Assez ! Assez ! Pour toutes ces raisons, comme à l’époque où Aziz venait de démissionner de l’armée où nous avions appelé les généraux à ne pas le lâcher ce qui eût été possible si les civils ne s’étaient pas entredévorés,


http://chezvlane.blogspot.com/2009/12/lettre-au-hce-de-la-part-dun-citoyen.html


j’en appelle à ménager Aziz tant que cette classe politique n’aura pas pris sa retraite. Assez de cette haine qui ne sert à rien et détruit tout comme une haine entre malades mentaux qui se passent la balle et courent les uns après les autres riant et pleurant au hasard pour avoir la balle à eux comme pleurnichent des enfants méchants.


Quelque chose se passe dans ce pays ! Un changement de fond est en route ! Ce n’est certainement pas le changement qui arrête la gabegie partout, ni le changement qui offre une perspective dynamique mais au moins c’est un changement qui neutralise la classe politique devenue malsaine. Avant les civils valaient mieux que les militaires car ils étaient mieux formés, plus cultivés et avaient un réel souci du bien commun. Ce bien commun ce n’est pas seulement le bien matériel, c’est surtout un bien immatériel qu’on appelle la morale, l’honneur. Aujourd’hui tout est gris.


Nous ne sommes pas sortis de l’auberge et la relève n’est pas là mais au moins on sent qu’il se passe quelque chose dans les mentalités. On nous a conditionné à chanter, à mendier, à haïr en espérant de maigres faveurs comme récompenses de la mauvaise foi, tel fut ce système qui fit Taya, qui fit Ely, qui mit Sidioca et fit germer la toute puissance d’Aziz.


Aujourd’hui Aziz brise la recette infâme ! Il ne donne rien ! Il ne protège pas même ses ministres qu’il envoie se ridiculiser à l’assemblée, le tout à la TV. Pense-t-il à lui ? Est-il fou de ne pas songer à sa fortune alors qu’il est à la tête de l’Etat : la plus riche et plus puissante entreprise féodale militarisée dans un pays où les voleurs sont arrogants et se pavanent dans les rues, respectés alors qu’ils ont sucé ce pays et prostitué ses valeurs ? Tout ce que les braillards semblent lui reprocher c’est de ne penser qu’à lui… La classe politique, la société réclament leur part de gabegie… C’est tout !


Allons ! Que faut-il ménager ? La petite gabegie du seigneur de l’armée qui laisse quelque chose et cherche à bâtir malgré ses limites ou la gabegie généralisée qui ne laisse rien ? Faut-il croire aux chimères de la classe politique haineuse, corrompue, périmée ou reconnaître l’impasse politique gangrénée par la mauvaise foi ?


Voilà pourquoi, Aziz debout nous l’attaquons ! Aziz en danger, nous le ménageons ! Cette recette de modeste arbitre des élégances est valable pour ses ennemis que nous attaquons ou ménageons au mérite car tout est gris mais pas suffisamment obscur pour ne pas y voir clair. Etre neutre c’est faire le jeu d’un camp contre l’autre ; autant être neutre dans le tir et non dans le silence. Aziz n’est pas encore indéfendable et l’opposition n’est pas encore défendable !


Pourvu que l’homme du 18 se reprenne mais c’est pas gagné sinon il partira mais la Mauritanie ne se relèvera pas s’il tombe demain car alors ce sera une fois de plus la victoire de la haine face au sang-froid et le début d’une autre valse des bandits manchots or à ce casino-là, c’est l’armée qui gagne à tous les coups…


Vlane

dimanche 22 janvier 2012

Aziz et les scénarii de la fin (Traduction de Kassataya)

Comme c'est le cas depuis quelques mois, Kassataya vous livre la traduction d'un texte initiatlement publié chez nos confrères arabophones. L'intérêt de l'exercice c'est de partager avec les lecteurs francophones des idées et des opinions qui, autrement, risquent de n'être accessibles que d'une seule composante du pays. Le présent texte est une analyse par le menu de l'exercice du pouvoir par l'actuel chef de l'Etat Mauritanien. Il fait également le point de la situation du pays. Il va de soi que la rédaction de Kassataya ne partage pas nécessairement les opinions qui y sont développées. Nous jugeons seulement qu'elles méritent d'être portées à la connaissance des lecteurs et discutées.

La malchance a voulu que le président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, ait accédé par effraction aux commandes du pays au petit matin précédant les printemps des révolutions arabes alors que ses illustres prédécesseurs avaient, eux, inauguré l’ère de la régence militaire, en 1978, au milieu de la longue nuit peuplée de ténèbres qui vont les aider à perdurer au pouvoir.
Il y a là toute la différence entre celui qui s’abrite derrière l’épaisseur de l’obscurité et celui que la lumière de l’aube naissante découvrira inéluctablement. Ainsi, en plus du timing congénitalement défavorable, le pouvoir d’Ould Abdel Aziz souffre de lourdes tares aussi bien structurelles que fonctionnelles qui ne manqueront pas de hâter son départ en vue de l’instauration à sa place d’une démocratie civile véritable.
Les feuilles mortes


Il est bien possible qu’Aziz ait tenu, entre les mains, quelques cartes conjoncturelles. Mais à regarder d’un peu près, ces cartes s’apparentent aujourd’hui aux feuilles de l’automne que les puissants vents dominants font tournoyer dans tous les sens. La majorité des points forts du régime d’Aziz sont purement conjoncturels et ne peuvent, en aucun cas, constituer un socle de pérennisation.


L’un des premiers atouts de ce pouvoir était sa relative nouveauté. Les révolutions populaires s’en prennent rarement aux régimes nouvellement installés. Une prime à la nouveauté qu’on appelle communément état de grâce. L’usure et la lassitude sont des motivations classiques des révoltes populaires. La nouveauté de son pouvoir aurait pu être, n’eut été le peu de clairvoyance, un atout entre les mains d’Aziz. Mais il grillera cette carte à la vitesse de l’éclair. Il l’a dilapidera, à l’intérieur, par l’amateurisme dans ses nominations, la médiocrité dans ses choix politiques et l’incurie de ses orientations financières. A l’extérieur, il brillera par sa cécité diplomatique et son affligeante ignorance des relations internationales et de l’histoire du monde.


Son deuxième atout était sa prédisposition quasi servile à suppléer les pays du Nord de l’Europe dans la défense de leurs intérêts que malmènent Al Qaida et le spectre de l’immigration clandestine, contre rémunération sonantes et trébuchantes mais aussi contre le sacrifice de vies mauritaniennes abandonnées dans les plis des dunes du Sahara. Cette carte commence à être un peu éculée depuis que les Européens ont compris, instruits par les habitants du petit village tunisien de Sidi Bouzid, que les peuples du sud de la Méditerranée ne voulaient plus être instrumentalisés et qu’ils ne collaboreront avec eux que dans la mesure que leurs dictent leurs intérêts nationaux bien compris. C’est l’un des miracles des printemps arabes que les Européens commencent à intégrer la nécessité d’un nouveau pacte de coopération basé sur des rapports d’égal à égal. Ils ont enfin compris qu’il était hasardeux de compter la volonté des peuples pour quantité négligeable et ont décidé de renoncer aux anachroniques rapports entre anciennes colonies et ex colonisateurs.




Des carences mortelles


Quant aux faiblesses du pouvoir d’Aziz, il est très facile de montrer qu’elles supplantent largement les avantages qu’il aurait pu tirer des quelques cartes périmées qu’il a pu avoir entre les mains.


On peut résumer ces carences mortelles comme suit :


1- L’exigüité de la base sociale sur laquelle Aziz pourrait s’appuyer. La plupart des militaires qui ont précédé Aziz avaient tissé des alliances qui leur avaient servi, au besoin, de levier et de points d’appui pour conjurer telles ou telles menaces. Certains ont eu recours au concours de courants idéologiques, d’autres avaient actionné les ressorts du tribalisme, du régionalisme et/ou tissé de véritables réseaux de clientélisme politique et électoraliste. Au contraire et heureusement pour nous, Aziz ne détient pas cette intelligence politique et n’a donc pas jugé utile de se constituer un tel socle social. Il est pathétique d’examiner le niveau intellectuel et opérationnel de certains ministres d’Aziz. Il est tout aussi incompréhensible de le voir confier des missions d’une très grande complexité à des personnages dépourvus de toute aptitude pour les réaliser et sans la moindre représentativité au niveau national.


2- L’aggravation exponentielle et patente de la crise économique et sociale en Mauritanie et la multiplication des opérations de pillage sa vergogne ni retenue sous le régime d’Aziz. Alors que les personnes fortunées utilisent leur richesse pour accroitre leur influence politique, Aziz, lui, instrumentalise son pouvoir politique pour amasser la richesse. Et dans ce domaine, paraît-il, Aziz fait preuve d’une impatience sans précédent et ne tolère aucune progressivité. Cela au moment où les citoyens peinent à joindre les deux bouts, au moment où la démographie urbaine explose, la jeunesse piaffe d’impatience et oscille entre espoirs et désespoirs et où le plafond des revendications sociales ne cesse de grimper en Mauritanie.


3- La médiocrité de l’appareil diplomatique et l’incurie dans la gestion des relations internationales se traduisant par des alliances systématiques avec les perdants les plus notoires du moment et dénotant d’une ignorance structurelle de l’histoire du monde. C’est ainsi qu’Aziz s’est évertué à sauver le Colonel Kadhafi alors que le monde entier assistait à la fin inéluctable et tragique de ce dernier. Aziz s’est en outre rapproché du régime iranien au moment où la réputation de ce dernier est au plus bas parmi les peuples arabes à cause de ses honteuses relations avec la dictature syrienne. Par ailleurs, Aziz s’est mis à afficher son soutien ostentatoire au régime de Damas au moment où ce dernier accentue sa sanguinaire entreprise de massacre contre son peuple. Mais le pompon dans ce concours de clairvoyance diplomatique revient au sabordage des relations stratégiques entre notre pays et le Maroc au profit d’un quarteron de vieux généraux algériens qui, après avoir assassiné le printemps algérien dans les années 90, cherchent désespérément une porte de sortie devant le sourd grondement de la révolte qui couve parmi leur peuple de combattants, cernés de partout par les exemples réussis de changements et de réformes.





Les conditions du coup de grâce


Mais les multiples carences d’Aziz, aussi abyssales soient-elles, ne pourraient suffire, à elles seules, à assurer l’avènement d’un changement démocratique en Mauritanie. Pour qu’un tel changement intervienne et s’exprime avec suffisamment de force révolutionnaire, il est indispensable de bâtir une coalition sociale capable de lui tenir la dragée haute. Il me semble nécessaire que quatre segments sociaux fassent jonction pour hâter le changement démocratique et asseoir définitivement un régime civil en Mauritanie. Il s’agit des forces sociales suivantes :


1- Les élèves du secondaire et les étudiants du supérieur. En effet, les printemps arabes sont avant tout l’expression du ras-le-bol de générations montantes qui ont vécu le clair de leur vie avec Eljezzyra et internet. Ces générations vivent ouvertes sur le reste du monde et ne connaissent pas le complexe du bâillonnement contrairement à leurs aînés des années 70 et 80. En dépit de la faiblesse des moyens techniques en Mauritanie, les jeunes -et particulièrement les élèves et les étudiants- sont ouverts et réceptifs à souhait et très intéressés par la chose politique. Ils suivent en temps réels les vagues révolutionnaires qui balayent les pays arabes et interagissent avec elles. Il serait bien étonnant que ces interactions et la charge émotionnelle qu’elles expriment se perdent dans le néant. Les jeunes et les étudiants formeront le noyau dur et la force motrice du puissant mouvement social et politique qui mènera notre pays sur les rivages de la démocratie et qui mettra un terme définitif à la malédiction du despotisme et de la gabegie.


2- Les H’ratine et leur condition sociale. Les révoltes arabes que nous a fait vivre l’année 2011 prennent leur origine au fond de la souffrance sociale débarrassée de la plupart des habillages idéologiques. En Mauritanie, le groupe des anciens esclaves (H’ratine) fait partie des plus déshérités et en même temps celui qui a la croissance démographique la plus importante. L’adhésion massive des H’ratine au mouvement social constituera un formidable gage de réussite de ce dernier. Il s’est produit, ces derniers temps, un début de scission au sein d’El hor, le mouvement qui porte historiquement les revendications des H’ratine. Cette scission mettrait en prise les vieux dirigeants traditionnels du mouvement à une génération de jeunes leaders exempts de compromissions politiques. Si la lutte d’influence arrive à être tranchée au profit de la nouvelle génération et si cette dernière décide, dans son discours et dans ses actes, de s’ouvrir au reste des forces du changement, cela constituerait une garantie décisive pour la réussite du projet révolutionnaire en Mauritanie.


3- Les partis politiques de l’opposition. Si ces partis arrivaient à surmonter leurs querelles égoïstes, il leur serait facile de s’engager les uns envers les autres sur un code d’honneur. Ils signeraient ensemble un pacte interdisant à Aziz de se représenter pour un nouveau mandat présidentiel et ouvrant la voie de façon pacifique à l’avènement d’un pouvoir civil. Ceci semble être la meilleure porte de sortie à offrir à Aziz avant qu’il ne soit obligé de déclarer, comme le fit le Aziz de l’Egypte de façon rétrospective, « je n’avais pas l’intention de me présenter aux présidentielles » ! Le dernier meeting de l’Opposition a apporté des signes encourageants laissant à penser que les partis de l’opposition avaient tiré les leçons du passé et sont décidés à maintenir le cap quels que soient les agissements à la marge du combat vers le changement.


4- Les Islamistes avec leurs jeunes forces politiques. Les Islamistes constituent la force politique la plus dynamique actuellement dans le monde arabe. En Mauritanie, ils disposent, en plus du dynamisme, de l’attrait de la jeunesse. En effet la grande majorité de leur base est constituée de jeunes. Les Islamistes sont apparus comme étant une force agissante lors des révolutions en Tunisie, en Egypte, en Libye, au Yémen et en Syrie. Les Islamistes mauritaniens inclinent vers le changement. Leur relation avec Aziz vit des tensions qui s’accumulent depuis un certain temps. Si les Islamistes se résolvaient à pousser, avec tout leur poids, le mouvement de contestation sociale, cela lui garantirait une bien plus grande chance de réussite.



Les trois choix qui s’offrent à Aziz


Trois scénarii se présentent devant Aziz :


1- La fuite en avant. Ce serait le cas si Aziz, confirmant l’étroitesse de ses vues, décidait, à l’instar de son prédécesseur Maawya, d’aller au clash avec les forces politiques et sociales de l’opposition. Il procéderait alors à une série d’arrestations parmi les opposants contre lesquels il déclencherait des campagnes de calomnies et de dénigrements. Plusieurs indices, corroborés par la remise en service de plusieurs relais religieux, politiques et sécuritaires, indiquent qu’Aziz songe à ce scénario et se laisse tenter par des pratiques qui furent à l’origine de la chute d’Ould Taya. Si de tels indices se confirmaient, Aziz enclencherait un mécanisme par lequel l’ensemble des forces qui lui sont hostiles et qui sont légion se mettraient à coalescer pour former un torrent auquel rien ni personne ne pourrait résister.


2- Qu’Aziz finisse par comprendre -et ce n’est pas l’exercice le plus facile chez lui- que l’avènement d’un régime civil démocratique est inéluctable. Il se mettrait alors à amasser ce qu’il pourrait comme biens mal acquis puis règlerait ses petites affaires avant d’annoncer, quelque temps avant les prochaines élections présidentielles, qu’il ne compte pas se représenter. Il ouvrirait alors la voie à la compétition entre les politiques civils puis se retirerait dans un pays voisin ou dans un coin reculé de la Mauritanie où il fructifierait les richesses indument amassées en un temps record. Cette dernière partie du scénario se réaliserait si la vigilance des autorités de la révolution se laissait tromper ou fermer les yeux. Dans bien de pays visités par les printemps arabes, les peuples s’étaient montrés très jaloux de leurs biens publics…


3- La répression. Le troisième choix serait d’affronter le mouvement par la répression pour le noyer dans un bain de sang tel qu’il l’a vu faire par son mentor Kadhafi ou ses deux collègues Abdallah Saléh et Bechar El Assad. Dans cette hypothèse, il est certain que les forces armées mauritaniennes ne pourraient rester indifférentes devant la boucherie déclenchée par un homme que ni le mérite militaire ni la crédibilité opérationnelle ne pouvaient autoriser à se faire obéir, dans de telles circonstances, par les officiers d’une armée de métier. Aziz use de l’Armée comme objet de tractations et de négociations dans des guerres futiles au-delà des frontières. En dépit des moyens déployés par Aziz pour soudoyer nombre d’officiers, nous parions que l’Armée se rangera du côté du peuple le moment venu. Il est venu le temps, en effet, d’expier 33 ans d’ingérence de nos officiers dans les affaires politiques. Les officiers de l’armée ont pourri la pratique de la politique qui, en retour, les a corrompus. Elle les a salis en les obligeant à se compromettre dans des magouilles politiciennes et les a distraits de leurs nobles tâches. Après tout, les militaires mauritaniens ne sont pas moins valeureux que les membres des forces armées de la Tunisie ou de l’Egypte qui se sont rangés du côté de leur peuple contre la barbarie quand l’heure décisive avait sonné. Quant au cas de la Libye ou de la Syrie sur la reproduction desquels compte Aziz, ils ne s’appliquent pas à la Mauritanie. Dans le cas de la Libye, il s’agissait d’une armée familiale alors qu’en Syrie l’Armée appartient à une faction. Ni l’une ni l’autre des deux situations ne s’applique à l’armée mauritanienne.


Il est difficile de prédire où, quand et comment l’étincelle de la révolution se déclenchera. Ni le type de parcours que suivra la révolte des Mauritaniens. Ce qui est, par contre clair, c’est que le peuple mauritanien croule sous des souffrances de plus en plus visibles et de moins en moins supportables. Ces souffrances ont pour auteur un pouvoir dépourvu de légitimité et ne possédant ni vision, ni aptitude et encore moins de compétence. Il est impossible que cette souffrance perdure au moment où se répend l’espoir dans les cœurs de millions de personnes de l’Atlantique au golf arabique. Peut être que l’étincelle partira des élections législatives ou présidentielles. Peut être aussi qu’elle partira d’un coin reculé du pays, là où personne ne l’attend. Peut être que la révolution arrivera à la suite d’un mouvement social pur, d’un coup d’Etat pur ou de la combinaison de ces deux scénarii. Qui sait ?


Ce sont-là des choses du domaine de l’imprévisible et il ne sert à rien d’en conjecturer surtout de la part de quelqu’un éloigné du terrain. Mais il n’est pas nécessaire d’être devin pour remarquer que de lourds nuages s’accumulent dans le ciel de Mauritanie. Ces nuages finiront par laisser passer la lumière d’une aube qui éclairera une Mauritanie nouvelle, rayonnante où se répend les pratiques démocratiques loin de l’arbitraire et de la discrimination et où l’usage de la force sera à jamais banni des mœurs politique du pays.





Mohamed El Moktar Echeinghuity



Article traduit du site d’Al akhbar par KASSATAYA. Consultable dans sa version originale au lien : http://www.alakhbar.info/21751-0-C05---F-C.html

samedi 21 janvier 2012

2012 : Année de toutes les menaces en Mauritanie


Que nous réserve l’année qui vient de pointer à l’horizon ? Difficile de répondre avec exactitude à cette interrogation mais des indicateurs laissent croire que 2012 ne sera pas une année de calme plat pour la Mauritanie. Plusieurs défis pointent à l’horizon.

Il y a d’abord le contexte mondial difficile marqué notamment par la crise financière internationale, la flambée des prix des denrées alimentaires, la hausse des prix des produits énergétiques (gasoil, essence, gaz butane). Un contexte défavorable qui risque de limiter les effets des politiques initiées par le gouvernement en vue d’améliorer les conditions des populations.

Il y a également le grand défi dû au déficit pluviométrique préoccupant enregistré cette année dans notre pays. Avec ce manque de pluie, le risque de famine est bien réel. Notre pays est cité dans un rapport publié en janvier dernier par l´Organisation des Nations Unies, par les Etats les plus menacés par une crise alimentaire.

Déjà, le monde rural commence à donner des signes de frénésie et les populations fon montre de grise mine. Certes les pouvoirs publics ont concocté un plan d’urgence dit Espoir 2012, pour atténuer les effets pervers de ce manque d’eau mais bien d’acteurs politiques et d’observateurs se montrent sceptiques quant à son efficacité. De fait, il nous faut beaucoup plus que la distribution, même gratuite de quelques kilogrammes de blé, de dattes ou de litres d’huile.

Le troisième grand défi auquel fait face la Mauritanie en cette année 2012, c’est la menace sécuritaire. Certes le pays est confrontée depuis quelques années aux mêmes menaces sécuritaires que ses voisins mais depuis peu son territoire est devenu à la fois le lieu de recrutement et la cible de Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).

En effet comme l’explique la consultante en sécurité internationale et défense, madame Laurence Aïda Ammour, « trente à quarante Mauritaniens seraient passés par les camps d’AQMI en Algérie et dans le nord du Mali.

Le pays a également subi de nombreuses pertes depuis 2005 : sur quinze attaques menées dans le Sahara-Sahel, neuf ont eu lieu sur son sol. Ce pays et son armée sont particulièrement visés par les katiba de deux émirs algériens : Mokhtar Belmokhtar et l’intransigeant Abdelhamid Abou Zeid ». Cette menace a pris un nouveau tournant depuis que les terroristes ont kidnappé le jeune gendarme mauritanien en poste à Adel Bagrou.

Le pays est désormais en guerre permanente avec ces terroristes qui guettent la moindre inattention pour frapper fort cette armée mauritanienne qui lui a fait subir ces derniers temps de cuisants revers. Cette vigilance en permanence a un coût financier énorme et difficilement soutenable pour le pays.

Autre risque qui guette la Mauritanie, c’est l’atmosphère particulièrement tendue du paysage politique. En effet, rien ne va plus entre le pouvoir et l’opposition radicale. Présentement en tournée dans les régions orientales du pays (Assaba et les deux Hodhs), les chefs de file de cette opposition vouent aux gémonies le régime accusé d’être à l’origine de tous les maux dont souffre le pays.

Ces mêmes leaders ne cachent guère leur intention de déboulonner le président Mohamed Ould Abdel Aziz, quitte à faire recours à la violence. D’ailleurs, certains d’entre eux n’hésitent pas à se dire prêt à soutenir toute tentative de prise de pouvoir par la force. Autant dire qu’ils encouragent un énième coup d’état.

Ces tirs croisés ne viennent pas seulement que des politiques, d’autres forces également notamment de la société civile à l’image du mouvement IRA ou encore TPMN (Touche pas à ma nationalité) se joignent à ce mouvement de contestation sans compter les jeunes du 25 février qui promettent de déloger le régime en place.

A l’avant-garde de cette guerre contre le pouvoir, se place les Islamistes du parti Tewassoul qui ne ratent plus une occasion pour tirer à boulet rouge sur le pouvoir en place. La récente fatwa du Cheikh Mohamed El Hassen Ould Deddew appelant à la désobéissance civile qui vient après la sortie de l’un des idéologues du courant islamiste en l’occurrence Mohamed El Moctar Chiguitty, n’est pas fortuite.

Face à tant de dangers et de menaces, l’espoir né au lendemain de la signature entre les partis politiques participationnistes au dialogue de l’accord politique risque de fondre comme boule de neige au soleil… !

La Rédaction

Source : Le Véridique (Mauritanie

lundi 16 janvier 2012

Aziz et les voies de la fin.


“Aziz et les voies de la fin” Tel peut être le titre à donner à une analyse publiée récemment par le site arabophone " Tawary " et dont l’auteur, Mohamed Ould El Moctar Chinguitty, n’y va pas avec le dos de la cuillère pour prédire au régime du président Mohamed Ould Abdel Aziz une fin des plus tourmentées !

Depuis le début de présente semaine, la presse arabophone nationale et internationale se fait les choux gras du texte rédigé par le sieur Mohamed Ould El Moctar Chinguitty, un mauritanien qui résidait aux USA et qui se trouverait depuis quelques semaines aux Emirats Arabes Unis et au Qatar. L’homme que l’on disait proche de Mohamed Ould Abdel Aziz, ne le semble plus.

En écrivant son texte, il va du principe que Ould Abdel Aziz " a joué de malchance en venant au pouvoir à un moment où le règne des dictatures n’est plus possible ".

C’est, pour ce penseur, la contradiction flagrante entre la fin des régimes tunisien, égyptien, libyen (et probablement syrien et yéménite) et la poursuite, en Mauritanie, de dictatures militaires qui ont commencé en 1978 mais, comme le laisse supposer l’évolution sociopolitique du monde arabe ne peuvent plus continuer sur la même lancée.

Et Ould Moctar Chinguitty d’énumérer, à côté du " mauvais timing ", ce qu’il pense être les forces et faiblesses du pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz, laissant croire, à travers son analyse, que les secondes sont notoirement plus nombreuses que les premières.

Evoquant les forces du pouvoir d’Aziz, l’auteur de l’article parle de " cartes circonstancielles " qui ressemblent aujourd’hui à des " feuilles de printemps éparpillées dans un jour de tempête " ! Ce sont des forces qui relèvent de l’exhibitionnisme et n’offrent à leur détenteur aucune garantie de maintien dans le pouvoir.

Le point fort du pouvoir actuel en Mauritanie est qu’il est nouveau, et l’on sait, pense Echinguitty, que les révolutions populaires ne prennent pas, généralement, pour cible des pouvoirs nouveaux. C’est l’usure de ceux-ci (comme en Tunisie, en Egypte, au Yémen et en Libye) qui constitue le facteur déclenchant des révoltes populaires qui finissent par se transformer en révolution.

Pour Mohamed Ould El Moctar, le président Aziz aurait pu tirer profit d’un tel fait, en agissant avec sagesse sur le facteur temps. Mais, dira-t-il, c’est le contraire qui s’est produit : " En un temps record, il a épuisé toutes ses cartouches par son improvisation, le mauvais choix des hommes, la vision politique à l’intérieur et les alliances diplomatiques à l’extérieur ".

Son deuxième point fort, toujours selon cet analyste, est sa disposition à servir les intérêts de l’Europe occidentale, notamment en matière de lutte contre le terrorisme et l’immigration clandestine. Mais, pense Echinguitty, cette carte " est aujourd’hui épuisée depuis que les printemps arabes ont fait comprendre aux Occidentaux que mieux vaut prendre en compte les aspirations de changement des peuples que de tabler sur la sujétion de leurs gouvernants ".

Des carences " fatales "

Puis Echinguitty de poursuivre son analyse en énumérant les faiblesses du pouvoir d’Aziz, " plus nombreuses et tuantes " que les atouts qu’il détient actuellement entre ses mains. Il cite, dans ce cadre et en premier lieu, la faiblesse de la base populaire et politique sur laquelle s’appuie son pouvoir.

Il dit, de manière explicite, que malgré les apparences, Aziz n’a pas réussi à s’entourer de soutiens solides comme ont su le faire ses prédécesseurs militaires, dont les puissants réseaux (dans le milieu des hommes d’affaires, des politiques et de la société) servaient d’outil de contrôle des masses et des structures d’influence tels les partis, les associations et autres organisations de la société civile.

Il y a même, note en substance cet analyste, que certains n’ont pas hésité, pour assurer la survie de leur pouvoir, à s’allier à des courants idéologiques influents (baathistes, nasséristes, kadhihines, islamistes, etc.) ou à jouer sur la fibre tribaliste, régionaliste et nationaliste.

" Tout cela, manque à Aziz, note Echinguity, au grand bonheur des mauritaniens, qui voient le président recourir à une coterie politique (ministres, hauts cadres, élus) ne jouissant, le plus souvent, d’aucune assise populaire et ne réussissant pas souvent à mener à bon terme les missions sensibles que le Raïs leur confie ".

L’analyse, apparemment très remonté contre le régime d’Aziz, en vient à citer la crise économique, politique et sociale actuelle comme l’un des éléments pouvant conduire à la chute du pouvoir. S’y ajoute, toujours selon Echinguitty, le saccage des ressources nationales dans ce qui ressemble bien à retour de la gabegie à ciel ouvert. Et ceci, au moment où les populations plient sous le poids des prix de denrées de première nécessité grimant de jour en jour, d’un chômage endémique des jeunes et mauvaise allocation des financements.

Sur le plan des relations extérieures de la Mauritanie, Mohamed Ould El Moctar Echinguitty tire à boulets rouges sur le flirt de la Mauritanie avec les régimes libyen du défunt Kadhafi, iranien et syrien. Le texte d’analyse montrera que cette relation " mal réfléchie " est mal vue par les pays arabes du Golfe, notamment, le Qatar dont l’Emir vient d’effectuer un passage éclair en Mauritanie, sans doute pour tenter de pousser Aziz à s’éloigner de Téhéran, au moment où les autorités de ce pays subissent des pressions de partout.

Abordant le dernier aspect de ce qu’il appelle " le génie diplomatique d’Aziz ", Echinguitty prend le parti du Maroc contre l’Algérie, voyant mal comment on peut nouer des relations " avec de vieux généraux, cherchant actuellement une porte de sortie à leurs problèmes " au détriment de relations séculaires avec le royaume chérifien.

Comment faire chuter le régime

Bien que toutes ces " raisons " ne soient pas suffisantes, aux yeux d’un démocrate, pour appeler à la chute d’un pouvoir - bien ou mal élu - Echinguitty donne " sa " recette… pour faire chuter Aziz ! Pour lui, les " tares " du système Aziz ne suffisent pas, à elles seules, pour mettre un terme au pouvoir de cet ex-général " arrivé au pouvoir, une première fois, par infraction ", mais qui a réussi, par la suite à " se légitimer " par l’organisation de la présidentielle de juillet 2009 gagnée par lui sans coups férir.

Pour que le changement démocratique soit effectif en Mauritanie (à l’image de ce qui s’est passé dans certains pays arabes ?), il faut, selon Echinguitty, la conjugaison de quatre facteurs. d’abord que les élèves des lycées et de l’Université bougent. Pour lui, les " printemps arabes " ont d’abord été " une affaire de jeunes qui aspirent à des changements profonds de leurs sociétés ".

Ces jeunes qui ont maintenant des moyens de tout savoir, d’être en contact avec leurs semblables et de pouvoir interagir sur leur vécu de tous les jours, ne veulent plus être les victimes expiatoires de pratiques antidémocratiques vécues en Mauritanie de son indépendance à nos jours.

Le second terme de ce changement, toujours selon Echinguitty, est la communauté des " hratin ", avec l’éveil d’une élite jeune n’acceptant plus d’être sous la tutelle de leaders ayant fini par s’accommoder des réalités du pouvoir en Mauritanie. Cette composante sociale, la plus marginalisée économiquement et politiquement, malgré son importance numérique, peut être un facteur de changement dans le pays, si le camp des jeunes parvient à faire basculer le rapport des forces en sa faveur " et à s’ouvrir plus sur les autres forces politiques œuvrant pour l’établissement d’une réelle démocratie en Mauritanie ".

Le troisième terme favorable à l’instauration d’un véritable changement dans le pays, est la capacité de l’opposition actuelle à " fédérer ses efforts ", loin des élans et relents de la politique politicienne. Celle qui fait passer les intérêts égoïstes des personnes et des partis avant ceux d’une communauté nationale tout entière.

Echinguitty pense qu’elle peut, si elle s’y met sérieusement, parvenir " à un Code d’honneur " empêchant Aziz à se présenter pour un deuxième mandat et ouvrir la porte pour une alternance pacifique au pouvoir avec la possibilité, pour la première fois, d’instaurer en Mauritanie un pouvoir civil élu démocratiquement et sans soutien de l’armée.

Ce qui est d’ailleurs meilleur pour l’actuel président puisque cela lui permet de quitter le pouvoir autrement que par la porte " dérobée " d’une révolte populaire aux conséquences désastreuses pour un pays comme la Mauritanie.

Enfin, le quatrième élément de cette hypothétique " révolution " mauritanienne, à l’image des printemps arabes, est l’entrée en lice - et avec force - des islamistes. Pour Echinguitty, l’atout de ce groupe politique est sa vitalité prouvée à maintes occasions dans le monde (Tunisie, Maroc, Libye, Egypte, Yémen, Syrie) et la jeunesse de ses dirigeants. S’ajoute à cela le fait qu’actuellement ce mouvement est plutôt favorable à l’opposition et dispose d’une réelle capacité de faire bouger la rue.

Face à une telle situation, Mohamed Ould Moctar Echinguitt n’offre au président Aziz que trois alternatives : la fuite en avant, en choisissant les mêmes procédés de répression et de " containment " de la colère populaire qui ont perdu son prédécesseur et " modèle " Ould Taya (1), qu’il comprenne que la démocratie est inéluctable en Mauritanie, accélère la cadence avec laquelle il saccage les biens de l’Etat quitte le pouvoir pour aller fructifier " ses biens mal acquis ".
A condition que le peuple ne lui demande pas des comptes, comme en Tunisie et en Egypte (2). Faire face aux manifestations populaires suivant le même mode opératoire choisie par les dirigeants des pays arabes où des révoltes ont éclaté. Et ce sera la porte de sortie.

Synthèse : Sneiba Mohamed.