Tragédie ou comique burlesque ? Si la situation que nous vivons ces jours-ci n’était pas aussi inquiétante on se prêterait volontiers à ce jeu d’énigme insoluble.
Aujourd’hui, au sommet de l’état, on voit :
- un président tout entier noyé dans un exercice d’équilibrisme stérile qui prouve que, sous nos latitudes, remplacer n’importe qui par n’importe qui d’autre serait égal – on aurait aimé se tromper sur cette question !!!
- un PM dont l’autorité est sapée quotidiennement par des ministrions irresponsables et pour la plupart incompétents qui ne pensent qu’au goût de la sauce à laquelle ils vont le manger à la moindre occasion (iznogood vezzaz ente vem ?) ;
- une bande d’ignares voraces n’ayant jamais fait la preuve que de leur nocivité depuis plus d’une génération et qui tentent de mettre le pays en coupe réglée (l’organigramme – ou devrait-on dire la pègre politico-affairiste – du prds-ndd est un instantané des marcheurs compulsifs du tayaisme agonisant) ;
- une administration démotivée, in opérationnelle, et surtout qui a retrouvé la plénitude de ses réflexes et de sa vénalité béotienne après un petit moment d’observation prudente ;
- une opposition… mais quelle opposition, où ?
Tout cela au moment où :
- la situation économique et financière est des plus difficiles,
- des hurluberlus pseudo-islamo-mafieux font le coup de feu à Nouakchott en toute impunité,
- l’armée ayant vampirisé son budget, trinque face à une bande de coupeurs de route du vendredi, faute d’avoir plus de 2 véhicules fonctionnels dans une base en plein désert supposée servir de rempart contre le salafisme conquérant,
- le processus de retour des déportés – pourquoi ce mot n’existe plus dans le langage national ? – étant vécu comme une fin en soi, est en panne faute d’organisation cohérente et pour cause,
- etc.
Ce ne sont là que des éléments de base, compte non tenu des problèmes de fond que sont l’éducation, la santé, l’absence de ressource humaine compétente pour redresser le pays, l’inanité de la classe politique, le manque de vision d’avenir faute de dirigeants (tout court)… la liste pourrait bien entendu être prolongée dans tous les sens.
La vraie-fausse affaire de la raffinerie. C’est dans ce contexte qu’éclate l’affaire dite de la raffinerie. Elle est symbolique de la situation, mettant en lumière les risques induits par la situation actuelle.
D’abord l’histoire, forcément approximative, tant l’information est parcellaire et ne semble encore à ce jour être détenue en totalité par personne, en tout cas par personne d’extérieur à l’affaire, d’où le risque accru de manipulation et désinformation.
Les faits tels que recoupés via des sources plus ou moins bien informées : un groupe canadien à la situation guère brillante, spécialisé dans les activités d’exploration, développement et exploitation de champs pétroliers, le gaz et autres hydrocarbures dérivés, n’ayant qu’un seul autre bureau à l’étranger (en Lybie), arrive en Mauritanie pour quelques jours et en repart avec une licence de construction et exploitation d’une raffinerie de 300 000 b/j au port de NKC. Aussi étrange que ce soit la célérité mise à conclure cette affaire, compte tenu du précédent fâcheux de Woodside dont l’inexpérience à l’international aurait dû alerter les décideurs – apparemment aveuglés par les commissions engrangées lors de la signature des fameux avenants – la prudence dictait de s’entourer des précautions minimales avant de s’engager dans une telle affaire.
Les principaux avantages directs supposés de l’affaire :
- un investissement important dans des infrastructures pétrolières (entre 4 et 7 milliards US$ selon les sources) ;
- la création à terme de plus de 3 000 emplois directs ou indirects ;
- la construction d’une centrale électrique ou la mise à disposition d’une puissance importante pour les besoins futurs d NKC.
Les avantages indirects seraient quant à eux, les retombées sur l’activité économique d’un tel investissement – dans le scénario bas, c’est le double de tout ce que le pays a obtenu comme intention au GC de Paris en déplaçant pratiquement tout le « petit club fermé » de la haute administration (au passage, la plupart avec femmes et enfants, aux frais de la princesse bien sûr).
Les principaux doutes sur cette affaire, pour le moins, scabreuse, glanées auprès de personnes « proches du dossier », sont les suivants :
- l’importation de brut pour les besoins de la raffinerie – prévue pour démarrer dans 4 ans – nécessite des aménagements du port de NKC qui coûtent au bas mot 100 millions US$,
- la capacité d’absorption (très faible) du pays est loin d’être incitative pour un industriel d’envergure habitué à l’évaluation des risques, une bonne partie de la main-d’œuvre spécialisée devant être importée,
- aucune étude d’impact environnemental ou économique – pourtant obligatoire – ne vient étayer le dossier passé en urgence par la CNH et son président pleurnichard qui ne semble avoir pour seul mérite que sa proximité avec Ghazouani,
- sous toutes les latitudes, un tel empressement que celui mis à « diligenter » la licence laisse planer de sérieux doutes sur la partie cachée de cette affaire,
- la mise hors circuit manifeste du PM, conjuguée au profil (membre éminent d’APP tendance nassériste) de l’avocat représentant la société canadienne démontre, si besoin en est, que la cohésion gouvernementale est une pure hypothèse d’école et que la confrontation y est plus présente que la solidarité.
Par quelque bout qu’on prenne cette affaire, une chose est certaine : rien ne peut se faire dans ce pays si le PM ne (re)trouve pas sans délai l’autorité indispensable sur le gouvernement. Si, de plus, les signaux provenant de la présidence sont aussi flous que le limogeage d’un lampiste (ou 2), l’anarchie n’est pas loin, si elle n’est déjà installée dans les murs ocres. Trois hypothèses peuvent être faites :
- La piste politique. La guerre au couteau que se livrent les différentes coalitions du grim arrive à la dernière bataille, celle où le justicier dessoude tous les méchants sous les applaudissements du public de « guettou bey », entendez les membres du gouvernement « neutres », les parlementaires et pingouins applaudisseurs de tous acabits qui de toute façon applaudiront quelle que soit l’issue. Le problème principal de ce scénario est que dans ce cow-boy – bandits, il n’y a que des bandits et le vieux sheriff vraiment fatigué semble observer tout ça d’un œil torve, limite désintéressé !!! Les moins cachés de ces groupes étant : celui du PM, celui tout nouveau « Aziz-Vezzaz-KBB-APP tendance AC » et enfin celui de « Waghef-APP tendance facho-P(RDS)-(DR)-(NDD) tendance ex-tout ».
- La piste affairiste. Les groupes d’influence essayent de placer des peaux de banane sous les pieds des concurrents (ennemis conviendrait mieux à cette mare aux crocodiles où la démocratie sera encore pour la génération prochaine au moins, une utopie de quelques fous furieux) ; c’est l’hypothèse mise en avant par les « mouvances APP » qui veulent faire porter le chapeau du scandale aux ambitions démesurées du PM et à ses seules intrigues. C’est pourtant leur « éminent » ministre qui a signé de sa « main innocente » le fameux arrêté. Ces groupes sont au choix : les « libéraux » (hommes d’affaires véreux et profitards, la bande du DGPIP-Bouamatou, les « pétroliers » menés par Tijani) qui attendent la première occasion de s’étriper mais veulent éliminer le plus d’adversaires avant, les « nouveaux riches » où on trouve les nouveaux ministres et hommes de main APP, menu fretin dont les approximations montrent le chemin qu’il leur reste à parcourir avant de se risquer dans ce monde que leur passé récent ne leur permettait d’appréhender il y a peu qu’à la télé.
- La piste militaro-barbouze. Certains aspects de cette affaire, dans le contexte événementiel actuel, peut laisser penser que des forces rétrogrades des différents corps préparent les conditions d’un « retour nécessaires » des bourrus bourreaux aux affaires. Ainsi finies les menaces et lubies démocratiques de ces « cons de civils » (Aziz dixit). Cette piste, qui semble la moins crédible, est toutefois renforcée par le fait que l’homme de paille de Ghazouani est au centre de l’imbroglio et est le seul à ce jour à payer les pots cassés (hormis le « légiste » que le PM a utilisé plus comme gage de sa détermination, les autres étant jusqu’à preuve du contraire protégés par le veto présidentiel emmuré dans des promesses électorales que la renaissance du mammouth prdsien rend de toute façon caduques. Dans ce cas, on va droit à une guerre au couteau entre les azizistes, les ghazouanistes, les elyistes et les « on attend pour rafler la mise ». La pire nouvelle pour le pays est que tous ces groupes sont maintenant suffisamment riches pour avoir une réelle capacité de nuisance et qu’ils sont tous assez stupides, voraces et intellectuellement limités pour conduire le pays à une catastrophe certaine.
Des questions demeurent :
- Pourquoi le président ne fait-il rien face à cette dégradation ?
- Si le PM continue d’être désavoué, son action sera pure gesticulation. Mais alors pourquoi ne démissionne-t-il pas ? Attend-il un signal fort promis par fidelioca comme laissent entendre ses proches ?
- Comment le président de la CNH et le directeur de la législation sont-ils les seuls coupables ? quid des autres membres de la commission ayant signé le fameux PV ? quid surtout du ministre ayant signé l’arrêté ? et accessoirement quid du commanditaire ?
- Quel est le rôle de l’IGE dans l’affaire et quelle marge lui a-t-on donnée sachant que cette auguste institution n’a jamais eu qu’un rôle « consultatif » jusqu’ici ?
Une certitude incontournable : le pays est à l’écoute de son président, qui s’il ne fait rien n’aura d’autre choix que de se démettre faute d’être le véritable catalyseur de l’anarchie qui commence à s’installer.
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Maatala de Maata Moulana