Après une année d’exercice du pouvoir, notre président élu, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi cherche toujours ses marques entre ses tuteurs militaires, les soutiens intéressés et les « reconvertis » de la dernière heure…
Quel est le bilan à tirer de cette première année en sachant que ce n’est que le 19 avril 2007 que Sidioca, élu le 25 mars, a pris officiellement fonction ?
Par les alliances parfois contre nature, le pouvoir s’est lié les mains. C’est ainsi qu’il n’existe aucune cohérence dans les décisions entre l’exécutif à deux têtes et le législatif, entre un Président, un Premier ministre et un Président de l’Assemblée nationale, hier des candidats opposés avec des programmes différents.
Alors quel programme et quelle politique ont été menés depuis un an environ ? Je ne sais pas !
Le régime navigue à vue : pour qu’une question soit prise en main, il faut qu’elle se présente…
Il faut dire que la chance mais aussi l’action n’ont pas été au rendez-vous :
- la production de pétrole a chuté à près de 10 000 barils par jour (au lieu de des 75 000 attendus),
- la flambée des prix des produits de première nécessité avec les manifestations des lycéens qui ont fait au moins un mort,
- les criquets qui se sont une nouvelle fois pointés à l’horizon et la famine qui s’annonce pour l’année 2008,
- les inondations, si rares pourtant, n’ont pas épargné des villes de l’Est et du Sud: Tintane (dont on ne sait rien du programme de reconstruction qui a pourtant reçus des dizaines de millions de dollars d’aide), Kaedi, Mbout etc.,
- le terrorisme a frappé par deux fois, des touristes étrangers mais aussi des soldats de l’armée (pour ces derniers aucune enquête n’a été menée ni aucun mot de condoléances aux familles éplorées !), réduisant significativement les revenus tirés du tourisme en pleine expansion dans un pays paisible jusqu’ici.
A noter qu’au cours de cette année, les salafistes emprisonnés ont été relâchés dans la liesse et avec les acclamations et ce sont ces mêmes salafistes qui sont impliqués dans l’assassinat des quatre touristes français…
Les Roumouz El Vessad qui ont mis à genoux l’Etat et qui devaient se faire tout petits sont confirmés dans leurs fonctions s’ils ne sont pas promus à de plus hautes… D’ailleurs, ils forment la majorité parlementaire (élus, comme on sait) avec le soutien de l’APP et de quelques groupes politiques qui étaient toujours jusqu’ici dans l’opposition pour le changement !
Pour les réalisations, on peut citer le déclenchement de l’opération du retour des déportés du Sénégal et du Mali et la loi criminalisant l’esclavage.
Mais le retour des mauritaniens se fait avec beaucoup d’amateurisme et d’approximations (dossier confié à un ancien cacique de tous les régimes parce qu’il porte un nom négro-africain, un leurre…) et la loi criminalisant l’esclavage est lettre morte car non suivie de mesures d’accompagnement, notamment et entre autres, pour recenser les victimes et les aider à recouvrer leurs pleins droits.
Par ailleurs, aucune reforme d’envergure n’a été engagée pendant cette période, pourtant nécessaire à tous les niveaux: éducation, santé, agriculture et élevage, pêche, emploi, collectivités, impôts, emprunt et épargne, relance du pouvoir d’achat, etc.
Le fameux conseil des ministres passe son temps hebdomadaire à décréter des distributions de zones de prospection dans tout le pays et pour tout. Un peu à l’exemple du père de famille qui passe son temps au jeu de hasard, seul espoir pour sortir les siens de la misère…
Le comble, c’est qu’on entend de plus en plus des voix nostalgiques de l’ère de Taya ! La démocratie a décidément pris là un coup dur…
A noter tout de même une action, la seule, qui a été réalisée en totalité pendant cette période : la construction de la mosquée de la Présidence !
Qui en a profité ? Le Président et son entourage proche. Est-ce que les populations des quartiers déshérités de Nouakchott et des hameaux de l’intérieur du pays ont tiré profit de cette seule réalisation complète du pouvoir élu en place ? Non
Voilà, tout est dit !
A l’année prochaine alors, car il faut l’avouer, ce n’est que sur 5 ans qu’il faut juger pleinement le pouvoir élu actuel.
Mais à ce rythme et à la manière, il y a des raisons de s’inquiéter ou au moins de rester vigilant et critique…
Yanis