Nous nous sommes couchés ce 19 avril 2007 avec le sentiment d’avoir enfin accédé au club des pays pouvant se vanter de choisir librement des représentants assumant la lourde charge de veiller sur leurs intérêts. Disposer d’institutions républicaines fonctionnant en toute indépendance dans le cadre fixé par la constitution était un idéal largement à notre portée. Las. Nous assistons passivement à une entreprise de démantèlement des acquis démocratiques sans même que nous puissions esquisser la moindre résistance ni la moindre désapprobation. Jouir du pouvoir -consacré par la constitution- de choisir librement nos dirigeants n’aura pas suffit à faire de nous des citoyens libérés des contingences de la peur. Nous peinons à admettre que le temps où « l’élite » ou le prince dictait le candidat pour lequel il faut voter -parce que recueillant sa bénédiction- doit être révolu, mort et définitivement enterré. Les enjeux du bras de fer qui plonge le pays dans l’immobilisme et l’incertitude vont largement, très largement au-delà de la personne de Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Ces étincelles sont le prélude d’un conflit autrement plus décisif, plus grave : de ces convulsions naîtront les contours de la démocratie mauritanienne avec deux variantes :
-Des institutions fonctionnant dans le cadre des règles établies par la constitution votée par la majorité des mauritaniens ;
-Une démocratie sous la tutelle de l’armée.
Les politiciens amateurs d’aventures, de sensations fortes ou simples alchimistes auraient tort de se féliciter de l’affaiblissement de la démocratie et de l’institution présidentielle en cherchant à en tirer quelque profit. Ils n’en jouiront pas longtemps. Car, en vérité, il s’agira d’un très grave précédent dont notre démocratie ne se relèvera pas. Si les institutions et la démocratie venaient à capituler cette fois, qu’est-ce éviterait plus tard de faire de l’événement une jurisprudence ? Au-delà de la personne et du sort de Sidi Ould Cheikh Abdallahi (qui ne comptent pas plus que leurs poids) c’est le sort de l’institution présidentielle qui est en jeu. Devant la reddition d’un président qui n’arrive pas à emporter l’adhésion populaire faute de se pencher sérieusement et efficacement sur l’amélioration des conditions de vie et de se rapprocher du peuple, celui-ci s’est aplati et compte les points. Ce qui reste des troupes, les républicains et les démocrates ont quitté le navire. De vedettes africaines nous sommes sur le point de passer pour la risée du continent parce que nous avons déserté notre idéal, incapables que nous avons été de préserver et de consolider une démocratie à transmettre aux générations futures. Nous suivons impavides les événements et attendons le dénouement comme si nous avions décidé de nous suicider joyeusement. Sidi Ould Cheikh Abdallahi n’a pas su parler au peuple pour lui rendre compte des difficultés qu’il éprouve à protéger la constitution et le mandat qui lui a été confié. Comment ne pas penser à Salvador Allende, impitoyablement acculé par l’armée chilienne, disant à la foule venue l’acclamer et lui témoigner soutien et fidélité : « Je tiendrai mes engagements comme un président qui connaît la dignité de la charge que lui a remise le peuple après des élections libres et démocratiques » ? Notre président a lui littéralement dilapidé le capital confiance et sympathie que le peuple avait placé en lui. Qu’il se pose juste une question : s’il venait à quitter le pouvoir, qui se sentirait orphelin ? Autrement dit, de qui le président est-il le protecteur au point de s’attendre à un retour sur investissement ? Allende n’a pas conservé son pouvoir on le sait car il s’est suicidé au moment où les chars lançaient l’assaut sur
En Mauritanie, dans le naufrage collectif, l’opposition ne s’en tire pas mieux. Son leader, Ahmed Ould Daddah se berce d’illusions s’il croit pouvoir tirer profit de l’effondrement de l’édifice démocratique en recherchant en priorité le soutien des militaires. « La vie est impitoyable avec les rêveurs ». Ils le mettront aussi sous tutelle si jamais il parvenait au pouvoir juché sur le capot de leur jeep. Devant tant de menaces et d’incertitudes, il lui eut été plus honorable et élégant de défendre la démocratie et l’institution présidentielle au nom d’un idéal qui va au-delà de la personne de Sidi Ould Cheikh Abdallahi et des calculs politiciens ajustés aux agendas des uns des autres : l’intérêt inaliénable de
Abdoulaye DIAGANA
France.
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[1] Cité par Pierre Kalfon, Allende, Chili 1970-1973, Paris Atlantica, 1998, pp.267 et 269.
[2] Tiré de Allende, documentaire de Patricio Guzman, septembre 2004. 1h40mn Patricio Guzman
[3] Tiré de Guzman opcit.