mercredi 17 décembre 2008

sidi: mes 15 mois au pouvoir

Le Calame a réussi à se procurer le document par l’entremise d’un membre de l’entourage du président et le publie cette semaine en exclusivité, après avoir obtenu le feu vert de l’intéressé.

1-Rappel

J’ai fait part dans une déclaration publique faite le 4 juillet 2006 des raisons qui m’ont conduit à prendre la décision de me présenter comme candidat indépendant à la Présidence de la République.

Je précise qu’à cette date-là, ma connaissance des officiers Mohamed Ould Abdelaziz et Mohamed Ould Ghazouani se limitait à des images renvoyées par la Télévision.

Je précise également que je suis revenu en Mauritanie depuis le 15 juin 2003, au terme d’un séjour de quelques années au Niger. Ceci pour démentir certains propos tenus récemment sur les antennes d’une radio internationale laissant entendre que les militaires m’ont fait venir de l’étranger pour faire de moi leur candidat.

J’ai mené une campagne électorale intense qui m’a permis, partout à l’intérieur du pays, de présenter mon programme électoral, programme qui a bénéficié avec enthousiasme, de l’adhésion de très larges couches de la population.
Depuis mon élection avec 52,85% des suffrages, je me suis attelé à la mise en œuvre de ce programme.

Le premier gouvernement que j’ai formé était composé essentiellement de technocrates, pour le choix desquels les critères privilégiés ont été la compétence et l’absence d’antécédents en matière de mauvaise gestion.

Pourquoi un tel choix au lieu de celui d’un gouvernement politique ou même d’un Gouvernement d’union nationale?

C’est le lieu ici de rappeler que j’ai été élu à l’issu d’un second tour difficile qui m’a amené à conclure des accords électoraux qu’il me fallait respecter. D’autre part, la majorité qui m’a soutenu était dispersée dans une mouvance de personnalités avec une multitude d’ambitions et de requêtes individuelles.

De plus, cette majorité était hostile à toute ouverture en direction de l’opposition et ne voulait nullement d’un gouvernement d’union nationale. La formation du Gouvernement a donc été mal perçue par un nombre important de personnalités indépendantes élues et non élues. Elle portait en elle les prémisses du changement prévu par le programme du Chef de l’Etat.

Même si ces personnalités déclaraient souhaiter le changement, en réalité elles le redoutaient. Rien n’indiquait, en effet, que les pratiques privilégiées par elles, consistant à financer par des fonds publics leurs activités politiques et à asseoir leur notoriété, allaient être maintenues.

Ce premier Gouvernement s’est, pour l’essentiel, acquitté de sa mission en dépit de conditions et de circonstances particulièrement difficiles. Pour s’en convaincre, il suffit de se rappeler le contexte qui a été marqué, à l’extérieur par un accroissement sans précédent des prix des denrées alimentaires et du pétrole et à l’intérieur par une demande sociale très forte pour l’amélioration rapide des conditions de vie des populations.

Des frustrations accumulées au fil des années ont été exploitées par l’opposition politique, aidée en cela par une grande liberté de la presse y compris dans les médias publics.

Moins d’un mois après la formation du Gouvernement, des manifestations, en particulier contre la pénurie d’eau, ont commencé à se déclencher à Nouakchott. Quelques mois plus tard, ce fut le tour des habitants de certaines localités de l’intérieur du pays de protester contre les hausses des prix des produits de première nécessité. Ces agitations ont été largement instrumentalisées par l’opposition et, plus particulièrement, le RFD.

En dépit de ce contexte, le Gouvernement a pu, avec une compétence et une forte détermination :


- Préparer en sept mois un programme triennal de développement qui a été très apprécié par le groupe consultatif tenu à Paris fin 2007 à l’occasion duquel les bailleurs de fonds ont pris des engagements de financement allant au-delà de nos requêtes ;

- Assurer le maintien des grands équilibres macro-économiques et obtenir un taux de croissance du PIB, hors pétrole, de 5,9% pour l’année 2007

-Intervenir à la fin de l’année 2007 pour limiter les effets négatifs de la montée des prix des denrées alimentaires importées, tout en assurant la poursuite de ses objectifs économiques et financiers, et de son programme de réformes ;

- Mettre en œuvre des décisions importantes prises relativement au retour des réfugiés et à l’éradication de l’esclavage et de ses séquelles ;


- Entreprendre des réformes courageuses dans différents domaines, dont celui de l’Education ;

- Entreprendre un travail sérieux en matière de décentralisation régionale de développement local et de modernisation de l’administration ;


- Prendre des mesures pour plus de transparence économique et administrative et pour une lutte effective contre la corruption.

- Impliquer davantage la femme dans tous les rouages de la vie active du pays;


- Elargir le champ des libertés d’expression, d’organisation et plus généralement des libertés individuelles. Notons que le pays ne comptait aucun détenu d’opinion avant le putsch.

-Mettre en place l’institution réservée au statut du Chef de l’opposition


-Assurer une plus grande justice dans le traitement des citoyens et une neutralité de l’Etat plus affirmée par rapport aux différents cercles et groupes qui exerçaient des influences et des interférences souvent partiales sur les pouvoirs de décision.

Ces différents chantiers devaient se traduire, si on leur avait donné le temps, par une profonde modernisation du mode de gestion et de fonctionnement de l’Etat et par un développement économique et social sans précédent.

Certes, des insuffisances étaient notées ça et là. Il y avait l’inexpérience de l’équipe, il y avait les obstacles et difficultés inhérents à des changements d’une telle importance dans un pays qui entrait dans un système démocratique véritable. Dans l’opinion, le doute s’installait parfois sur la cohérence dans le fonctionnement des différents leviers du système et en particulier sur la croyance à un dualisme Présidence-Primature.

En parallèle et durant toute cette période l’effort politique s’était porté sur la nécessité de construire une majorité politique nouvelle capable d’appuyer l’action d’un gouvernement de reforme et de changement, dans le contexte de la construction d’un système démocratique véritable. Le travail réalisé au sein de la mouvance des indépendants a fini par donner naissance à un nouveau parti : Le Parti ADIL.

Sur un autre plan, les différentes reformes engagées ont fini par convaincre certains partis de l’opposition d’accepter de former une coalition majoritaire élargissant et rénovant en même temps l’assise politique du gouvernement. Cette évolution a permis de satisfaire une demande de plus en plus pressante pour un Gouvernement plus politique.

C’est ainsi qu’un nouveau Premier Ministre, Monsieur Yahya Ould Ahmed El Waghf, Président du parti ADIL, a été nommé en avril 2008 et qu’un Gouvernement comprenant des représentants de plusieurs partis a été formé.

J’étais particulièrement satisfait du fait que deux partis, appartenant jusque-là à l’opposition, ont accepté d’entrer dans le Gouvernement. Je souhaitais, en effet que le Gouvernement bénéficie du soutien de la majorité la plus large possible pour la mise en œuvre du programme pour lequel j’ai été élu.

Je considère que la formation de cette coalition politique regroupant certains partis de l’ancienne majorité et trois partis importants de l’ancienne opposition (APP, Tewassoul et UFP) constitue un tournant politique majeur pour l’exercice du pouvoir en Mauritanie.

Paradoxalement, la formation du Gouvernement Yahya Ould Ahmed El Waghf a été très mal accueillie par les deux Généraux, Mohamed Ould Abdelaziz et Mohamed Ould Ghazouani.

Pour la première fois, je les ai vus sortir de leur réserve par rapport à la conduite de la politique générale du pays. Ils se sont investis pour faire tomber le Gouvernement et par la suite mettre en œuvre leur coup d’Etat contre le Président de la République.

2- Les étapes du processus qui a conduit au coup d’Etat du 6 août 2008

Peu de temps après la formation du Gouvernement de Yahya Ould Ahmed El Waghf, j’ai reçu ces deux officiers qui m’ont fait part de leur souhait de me voir changer le Gouvernement auquel ils faisaient les deux reproches suivants :

• La présence de ministres appartenant à deux partis qui étaient dans l’opposition, partis dont ils désapprouvaient l’entrée au Gouvernement

• La présence de certaines personnalités symbolisant à leurs yeux le régime de l’ancien président Maaouya Ould Taya pour le renversement duquel ils ont risqué leur vie. Ces personnalités étaient, selon eux, perçues comment étant des symboles de la gabegie qui a caractérisé la gestion du régime qu’ils ont servi.

Je voudrais ici apporter un démenti catégorique à tous ceux qui n’ont cessé de dire, depuis mon élection, que je ne faisais qu’exécuter les ordres des militaires.
Cette démarche était leur première intervention, à mon niveau, dans le champ politique. Nos rapports, que j’ai toujours vécus comme des rapports confiants, se sont limités jusqu’alors au domaine de la défense et de la sécurité. S’ils avaient eu pendant cette période des réserves sur la marche de l’Etat, ils se sont bien gardés de m’en faire part.

J’ai donc pris bonne note de leur démarche. Quelques temps après, combien fut grande ma surprise quand j’appris, qu’ils commencèrent à recevoir des parlementaires pour les engager dans un projet de dépôt d’une motion de censure du Gouvernement.

Dans les semaines qui ont suivi, je les ai reçus à plusieurs reprises, chaque fois pour mettre fin à leur entreprise qui devenait de plus en plus visible et qui commençait à créer l’inquiétude et le doute au sein de la classe politique et d’une bonne partie de l’opinion publique. A la fin de chacune de ces rencontres, ils me donnaient l’impression d’être convaincus. Mais aussitôt après, leurs agissements prouvaient le contraire.

Deux de ces rencontres méritent d’être signalées. La première a eu lieu à la veille de mon départ en Egypte en juillet 2008 pour prendre part au dernier sommet de l’Union Africaine. Au terme de cette rencontre, mes interlocuteurs se sont engagés à mettre fin à leurs activités politiques. Cet engagement ne fut pas suivi d’effets.

La deuxième rencontre eut lieu trois jours après mon retour d’Egypte et après mon adresse à la Nation. Dans cette adresse, j’ai exprimé le souhait de voir les auteurs de la motion de censure retirer celle-ci.

J’ai fait valoir que le Premier Ministre n’avait pas encore présenté sa déclaration de politique générale et que le Gouvernement n’avait pas encore eu le temps de faire ses preuves. J’ai dit que si l’évolution de la situation me convainquait que je n’avais plus de majorité parlementaire, je pourrais envisager la dissolution du Parlement.

Mais, désireux de trouver une solution qui mette fin à la situation tendue que je ne voulais pas voir empirer, j’ai décidé de demander au Premier Ministre de présenter la démission de son Gouvernement.

Le nouveau Gouvernement a commencé à travailler, et j’ai reçu des députés représentant le groupe appelé «les frondeurs» pour leur demander de travailler désormais à assurer la cohésion de la majorité, en s’attelant à résoudre les problèmes qui se posent en son sein.

Il m’est apparu, peu de temps après, que la solution trouvée n’allait pas tenir. J’ai, en effet, acquis la conviction que l’objectif réel pour les Généraux était de me faire partir et que les solutions successives que je trouvais avec eux n’étaient que manœuvres destinées à gagner le temps nécessaire à l’exécution de leur coup de force.

En vérité, je subodorais cela depuis quelques temps, mais j’avais décidé de n’épargner aucun effort pour éviter au pays une crise aux conséquences imprévisibles. J’ai, pendant cette période, reçu plusieurs personnalités d’horizons divers dont les avis convergeaient dans le même sens.

Le Général Mohamed Ould Abdelaziz a mis à profit la visite officielle que j’ai effectuée en Espagne pour engager un certain nombre d’élus du parti ADIL à en démissionner en vue, sans doute, de former un autre parti.

A mon retour, j’ai tenu une réunion avec les deux Généraux et je leur ai fait des observations sur leur comportement, en les engageant à le changer.

Ils ont d’abord nié toute implication dans la dernière agitation politique, par la suite, le Général Mohamed Ould Abdelaziz a bien fini par reconnaître qu’il a effectivement reçu plusieurs élus dans son bureau durant mon séjour en Espagne.

Lorsque, de surcroît, j’appris que des ministres très proches des Généraux étaient incités à démissionner et que le projet d’organisation de «manifestations populaires» destiné à me pousser à la démission, était en cours de préparation avancée, j’ai décidé de prendre les mesures ultimes consistant à les démettre de leurs fonctions.

J’ai eu une dernière rencontre avec le Général Mohamed Ould Abdelaziz le jour du coup d’Etat lorsque les hommes de la sécurité présidentielle, qui m’escortaient habituellement, sont venus, cette fois, me conduire au Bataillon de la Sécurité Présidentielle (BASEP).

Là, il m’a demandé de téléphoner au Colonel Abderrahmane Ould Boubacar, nouveau Chef d’Etat Major des Armées Nationales pour lui signifier l’annulation du décret le nommant. Le général destitué m’a dit qu’il était prêt à s’opposer à son limogeage, quitte à faire couler le sang.

3. Des justificatifs donnés par l’auteur du coup d’Etat

Ces justificatifs se rapportent au domaine institutionnel, économique, sécuritaire, militaire, à la démocratie, à la corruption, au népotisme et au favoritisme.

Le but poursuivi est de donner du Président de la République l’image d’un antidémocrate qui ne respecte pas la séparation des pouvoirs, qui a bloqué le fonctionnement des institutions, qui est un pilleur des deniers publics.

Et comme si tout cela ne suffisait pas pour justifier son renversement, il fallait le présenter aussi comme un homme faible, inapte pour diriger le pays. Un irresponsable qui n’a pas hésité à faire courir à l’armée le risque d’un bain de sang et un islamiste qui encourage le terrorisme.

Il s’agit, pour l’auteur du coup d’Etat, de convaincre le plus de monde possible, à l’intérieur du pays comme à l’extérieur, que ce qui s’est passé le 6 août dernier n’est pas un putsch mais une opération de «rectification salutaire», devenue absolument nécessaire.

Il a disposé pour cela d’un noyau dur constitué d’un groupe réduit de parlementaires qui sont totalement acquis à lui et qui ont joué un rôle important dans l’opération de déstabilisation entreprise dès la formation du premier Gouvernement de Yahya Ould Ahmed El Waghf.

Il dispose également d’un nombre plus important d’élus parlementaires et locaux qui l’ont rejoint dès que le coup d’Etat a été consommé. Il dispose aussi de l’Administration, de Radio-Mauritanie et de la Télévision pour organiser et assurer la couverture des activités condamnant le Président et soutenant le Général Mohamed Ould Abdelaziz.

Il dispose également de ce personnel politique enthousiaste pour le servir, comme il l’a été pour le Président qu’il a renversé, et comme il le sera pour toute autre personne qui arrive à s’installer au pouvoir.

Il dispose enfin, malheureusement, de la connivence du RFD, qui entrevoit une occasion pouvant conduire à des élections présidentielles anticipées.

Mais, a contrario, il a contre lui le fait que le coup d’Etat est anticonstitutionnel et que la prise du pouvoir par les militaires ne peut plus se justifier. Il a contre lui le changement d’époque où les coups d’Etat ne sont plus de mode.

Il a contre lui une classe politique et une opinion publique soucieuses de défendre l’acquis démocratique réalisé après une période de transition couronnée par des avancées dans tous les domaines de la vie politique du pays.

Il a contre lui une communauté internationale qui ne tolère plus les changements de régime par des coups de force. Il a enfin contre lui le fait que les justificatifs présentés à l’opinion ne résistent pas à l’analyse et comportent de grossières contre vérités.

A. Le blocage des institutions.

Comment peut-on prétendre qu’il y a eu blocage des institutions au cours des derniers mois? Il ne suffit pas de le proclamer. Il faut le démontrer, ce qui est moins évident.

Il convient tout d’abord de dire que c’est le Gouvernement mis en place en mai 2007 qui a soumis au Parlement des projets de lois nécessaires à la mise sur pied de la Haute Cour de Justice et du Conseil Economique et Social (CES) prévus par la Constitution.

Pour ce qui est du CES, toutes les dispositions relevant du Gouvernement ont été prises, y compris la désignation du Président de l’Institution. Tous les membres ont été désignés. Pour ce qui est de la Haute Cour de Justice (HCJ), il restait la désignation de ses membres qui relevait des deux chambres du Parlement.

Le projet de créer des commissions parlementaires d’enquête était principalement destiné à saper le moral du Président de la République et à ternir son image aux yeux de l’opinion intérieure et extérieure.

Il s’agit de la Fondation présidée par mon épouse. L’affaire commence par une déclaration faite par un sénateur entouré de quelques autres, devant la presse nationale et internationale, pour dire que le Sénat allait créer une commission d’enquête sur cette Fondation, qu’ils soupçonnent d’avoir bénéficié illégalement des fonds publics.

Comment des parlementaires peuvent-ils porter et médiatiser avec autant de désinvolture, de mépris pour la dignité des gens, de mépris pour la loi, de telles accusations?

Seule une forte volonté de nuire au Président de la République peut expliquer que l’accusation a été faite d’abord et que, par la suite, les sénateurs fidèles au Général Aziz se sont mis à chercher des preuves.

Pourquoi ne pas avoir attendu, pour la communication qui a été faite à la presse, que l’institution habilitée à créer une commission d’enquête, le fasse sur la base de preuves réelles?

Pourquoi ne s’est-on pas posé la question de savoir si la Commission peut convoquer une Fondation, et même en utilisant la contrainte, surtout si elle n’est pas déclarée d’utilité publique?

Sur quels textes les commissions d’enquête parlementaires s’appuient-elles pour la détermination de leurs rapports avec les particuliers? Il aurait été plus judicieux de contrôler les dépenses publiques et leur destination finale pour s’assurer que ladite Fondation en a profité.

Ces observations ayant été faites, j’affirme que toutes nos institutions ont fonctionné normalement, y compris l’Assemblée Nationale et le Sénat. La Présidence de la République n’est intervenue en aucun moment dans le fonctionnement du Parlement.

La session ordinaire du milieu de l’année a été ouverte et clôturée dans les délais prévus par la loi. La loi portant sur l’accord de pêche conclu avec l’Union Européenne a été adoptée par les deux chambres, juste avant la clôture de la session.

Qu’est-ce que le Président de la République a bloqué? En quoi n’a-t-il pas respecté la séparation des pouvoirs?

Au mois de juillet, après la clôture de la session parlementaire, un groupe de députés a demandé l’ouverture d’une session extraordinaire. Le Gouvernement a estimé que la demande des députés ne lui a pas été transmise conformément aux textes en vigueur. Il l’a fait savoir.

Ceci a provoqué un grand tollé au niveau du groupe de la majorité appelé alors «frondeurs». Pourquoi ce tollé? Parce que ce qui était recherché était moins l’examen de questions importantes et urgentes en session extraordinaire que l’alimentation d’un conflit avec l’exécutif. Pourquoi les députés n’ont-ils pas renvoyé leur demande en respectant les textes en vigueur?

Malgré le fait que notre Constitution donne au Président de la République la prérogative de refuser une session extraordinaire demandée par la majorité des députés – tout constitutionaliste consulté l’aurait affirmé- je n’ai pas envisagé de refuser cette session.

J’ai même informé le Président de l’Assemblée, qui était à l’intérieur du pays, que le gouvernement voulait inscrire d’autres points en plus de ceux retenus par les députés à l’ordre du jour de cette session extraordinaire.

Où est donc, encore une fois, le blocage des institutions opéré par le Président de la République, et qui était en passe de conduire le pays au chaos?

B. L’Economie.

Le Général Aziz et le groupe de parlementaires qui l’a soutenu font état d’une situation économique catastrophique dont ils rendent le Président de la République responsable. Ils se servent de cela pour justifier le coup d’Etat du 6 août 2008.

Mais peut-on parler d’analyse? Je voudrais faire observer que dans tout ce qui a été dit, dans toutes les critiques formulées, personne n’a parlé «chiffres». Cela n’est ni vrai ni responsable. Je pense en particulier aux députés de la majorité, anciens frondeurs ou nouvellement acquis au putsch.

N’ont-ils pas voté les différents budgets? Quelle politique économique ou financière leur a été imposée? Quelles propositions portant sur l’amélioration de la situation économique et financière ont-ils faites et que le gouvernement a rejetées?

A-t-on jamais, dans notre pays, voté et ratifié en quinze mois, autant de conventions de financement qu’entre 2007 et 2008? Quel projet chiffré permettant d’atteindre un taux de croissance économique plus élevé que celui qui a été réalisé, a été proposé par eux ou par l’opposition?

Toutes les données que nous possédons nous amènent à dire, et tous les observateurs et analystes avec nous, que les perspectives et les opportunités de développement économiques n’ont jamais été aussi prometteuses pour le pays.

Le plus grand des désastres causé par le coup d’Etat du 6 Août est précisément d’avoir brise cet élan et annihilé ce potentiel. Une fois l’ordre constitutionnel rétabli, il faudra du temps et de l’effort pour le reconstituer.

Concernant la gestion des deniers publics, des progrès importants ont été accomplis entre mai 2007 et début août 2008. La corruption est un fléau qui s’est bien installé et développé dans notre société durant les trente dernières années.

Il est bien loin le temps – c’était en 1976 - où un haut responsable politique d’un pays ami me dit : «Nous disons à nos hommes d’affaires que s’ils ne veulent pas que leurs projets en Mauritanie échouent, ils doivent se garder de tenter de corrompre un responsable de ce pays».

Il est illusoire de penser qu’on peut éradiquer la corruption par un coup de baguette magique. Mais on doit la combattre de façon déterminée et énergique, aussi bien au niveau de l’administration que de la société.

Je dois reconnaître que si des progrès réels ont été faits au niveau de l’administration, très peu d’actions ont été menées au sein de la société, qui continue à tolérer et même à encourager ce phénomène.

Dans les meetings, les conférences, les réunions de salons, tout le monde est farouchement révolté par l’existence de la corruption. Mais, généralement, quand on peut en tirer profit, on ferme les yeux et on l’encourage même.
J’ai demandé à plusieurs reprises à des hommes politiques d’engager leurs partis dans la lutte pour la transformation des mentalités par rapport à cette question et à bien d’autres.

Le Gouvernement, pour ce qui le concerne, a pris des textes et des mesures favorisant la transparence dans la gestion, instituant la déclaration de patrimoine pour un grand nombre de hauts responsables.

J’ai demandé tantôt à des responsables de l’opposition, tantôt à d’autres, de m’informer de cas de corruption ou de détournement de fonds publics qui auraient été portés à leur connaissance. J’ai même demandé à l’ancien Directeur Général de la Sûreté Nationale d’engager ses services à débusquer des cas de détournement ou de corruption.

Pour ce qui me concerne, je n’ai jamais personnellement, ou par l’intermédiaire de mes collaborateurs, saisi des responsables de sociétés d’Etat ou de projets pour intervenir en faveur d’une personne ou d’une entreprise.

Je n’intervenais pas non plus au niveau du privé et il n’y a pas une société privée à laquelle j’ai demandé le moindre service depuis que j’ai été élu. Il n’y a pas un contrôle, soit de la Cour des Comptes soit de l’Inspection Générale d’Etat, que j’ai bloqué.

A ma connaissance, les principaux circuits de corruption et de malversation ont cessé de fonctionner durant les périodes des gouvernements de Zeine Ould Zeidane et de Yahya Ould Mohamed El Waghf. La gestion des finances publiques se faisait dans une grande transparence saluée par en particulier par les différentes missions du FMI.

Les nouvelles procédures de passation de marchés publics ont fonctionné à la satisfaction des différents opérateurs. La pratique opaque des marchés de gré à gré a été proscrite.

C. La Sécurité.

Comme justificatif du coup d’Etat, il a été dit que j’ai fait libérer les auteurs de la tuerie d’Aleg et d’autres terroristes et que je ne me souciais pas de la sécurité du pays.

On a aussi laissé entendre que j’ai des accointances avec les terroristes, puisque le Parti TAWASSOUL me soutient et que ce parti est impliqué dans le terrorisme international.

Il est vrai que quand j’ai pris le pouvoir, j’ai demandé que les prisonniers, sous mandat de dépôt depuis plus de deux ans, soient jugés. Un pouvoir démocratique ne pouvait accepter que cette situation perdure.

Mais les deux Généraux et le Gouvernement de l’époque savent que le verdict qui a été rendu m’a peiné pour certains des cas sur lesquels nous avions des informations indiquant qu’ils pouvaient constituer un danger pour la sécurité.

J’ai dit en conseil des ministres que quelle que soit la peine que nous ressentons, nous ne pouvons que nous plier à l’exigence d’indépendance de la justice. La seule possibilité qui s’offrait était de faire appel et cela a été fait.

On m’a dit en ce moment là que le dossier n’a pas été bien fait, particulièrement pour ceux qui avaient pris part à l’attaque de Lemghaity, l’armée ayant pris le parti de ne pas collaborer avec la justice. J’ai demandé que dans le cadre de l’appel, l’armée collabore désormais avec la justice, ce qui aurait dû être fait.

En tout état de cause, le dossier relatif à la sécurité et à la lutte contre le terrorisme était confié, durant toute cette période aux deux Généraux.

D. L’Armée.

Je suis accusé d’avoir voulu décapiter l’armée et de lui avoir fait courir le risque d’affrontements sanglants en son sein. Je fais observer qu’il s’est agit de démettre de leur poste quatre officiers supérieurs comme notre Constitution m’en donne la prérogative. J’ai nommé de nouveaux responsables à leur place exactement comme je les avais nommés eux-mêmes et fais partir des officiers comme je les faisais partir.

Le Général Mohamed Ould Abdelaziz aurait mieux fait de ne pas dire à ce sujet ce qu’il a dit. En effet, la signification de ce qu’il a dit est qu’il n’aurait jamais accepté d’être démis de ses fonctions, même si cela devait le conduire à faire couler le sang de soldats mauritaniens.

E. La Démocratie.

Notre pays vient de vivre quinze mois d’une démocratie réelle ou toutes les libertés d’expression, d’entreprise, de mouvement ont été exercées sans entraves. L’indépendance des pouvoirs législatif et judiciaire a été scrupuleusement respectée par l’exécutif. Une culture démocratique a commencé à se développer.

Le droit à la libre expression des opinions est devenu plus effectif. On le voit bien maintenant avec de nombreux citoyens qui, sous un régime militaire prompt à la répression, osent manifester haut et fort contre l’illégalité.

Un coup d’Etat pour sauver la démocratie en Mauritanie – opéré moins d’une demi-heure après le limogeage de son auteur- voilà ce que Mohamed Ould Abdelaziz s’emploie à vouloir vendre à tout le monde, à l’intérieur, comme à l’extérieur, même à de vrais démocrates.

Le 15 Octobre 2008
source cridem