Bôjör
Il est OOH46, je viens de finir un chef-d’œuvre absolu. Au bout de 1H31 exactement, j’ai failli éteindre mon ordi tellement ce film est fort. Jamais, je crois, un tel sujet n’a été traité avec un tel talent, une telle justesse, une telle pudeur, une telle vérité. C’est fantastique. Il n’y a pas de mot pour décrire un chef-d’œuvre pareil. C’est un film espagnol qui s’appelle « ne dis rien ».
J’en reviens pas tellement je suis heureux pour l’équipe qui a réussi un tel chef-d’œuvre. Le sujet ne pouvait être traité autrement. Avec un budget supérieur, très certainement que le film eût été moins chiant par endroit et plus digne des oreilles et des yeux qui sont habitués à ce cinéma spectacle : cinéma qui va vite , cinéma où de partout on vous met ici et là des musiques et du son pour tout : pour vous dire « ayez peur », pour vous dire « suspens », pour vous dire « soyez heureux » et enfin pour toujours vous guider comme des enfants aveugles et sourds.
Avec plus de moyens ce film n’allait pas être celui-ci : une pure merveille où la vie est partout présente dans toutes ses facettes : de l’ennui à l’émotion en passant par le rêve et même un instant de solitude qui, sans le savoir, en appelle à Dieu, quand on a en face le diable tout puissant dans un être sans défense. Je vous le conseille ardemment.
Ce film est la preuve que le cinéma africain n’a pas besoin de budget pour faire de grands films. C’est des histoires : on peut faire des chefs-d’œuvre sans avoir besoin de crier « on a fait ce qu’on a pu » comme pour justifier un manque de talent par un manque d’argent. Une pensée au cinéma mauritanien qui lui n’a pas de petit budget mais juste pas de budget du tout car il faut tout de même un minimum sans lequel, en effet, ce cinéma-là, comme tous les autres arts de notre pays, peut dire « on a vraiment fait ce qu’on a pu ».
Ailleurs en Afrique, l’excuse des moyens n’a aucun sens car il est des pays où le cinéma est presque une fierté continentale et pourtant, il n’y a pas de quoi pavoiser. L’art africain en général est envahi par les imposteurs et les médiocres. A les entendre, on dirait qu’ils représentent le génie africain alors qu’ils ne représentent qu’eux-mêmes : habiles aventuriers qui savent que la culture permet bien des choses même avec peu de talent ; il suffit de se poster dans un domaine où il n’y a personne et justifier le génie par l’audace d’une démarche qui n’a pour seul mérite que celui d’exister .
Cela est certes admirable, mais j’invite nos amis à faire preuve de plus d’imagination et moins de satisfaction et surtout plus d’audace. On en a assez de vos nullités. On en a assez de vous voir recevoir le prix de votre « africanité ». Apprenez, chers amis, qu’une œuvre puissante crée toujours plus d’ennemis que d’amis, plus de solitude que de paillettes, c’est toujours mieux que de se voir féliciter quand, de vous à vous-mêmes, vous savez que vous méritez surtout d’être encouragés.
C’est un vaste sujet. Je ne sais qu’une chose : c’est que tous les pays du tiers-monde sont un véritable réservoir de génies car le génie ne naît jamais dans le bien-être sinon il pourrit et devient satisfait, ce qui est le pire poison de la créativité : « frappe ton cœur, c’est là qu’est le génie » disait l’autre pendant qu’un Hugo n’a jamais écrit un seul roman qui puisse atteindre la perfection parfaite et totale cad le roman absolu du genre « les illusions perdues » d’un Balzac ; Hugo n’a même jamais pu écrire des vers mieux que seulement bien écrits et pourtant, il en a écrit des tartines mais qu’en reste-t-il ? Pour comprendre d’où lui vient ce manque de grâce qui fit un Lamartine ou ce feu sacré qui fit un Baudelaire , il faut juste se rappeler que ce grand bonhomme tenait, à ses heures perdues, un petit carnet où il notait, selon un barème de proxénète, toutes celles qui lui passaient sous le pied de la dame à la soubrette.
Hugo comme camus qui annonçaient la fin du génie français font partie de ces auteurs certes talentueux mais surfaits, ils arrivent après les très grands et ne pouvant encaisser le génie qui les précéda en se rêvant les égaler, les voilà qui se faufilèrent jusqu’à squatter la place de la cerise sur le gâteau ; la seule dont il reste encore un bout car tout a été dit depuis longtemps.
Depuis, on déconstruit, on reconstruit sans rien reconstruire de mieux, on casse tout comme des éléphanteaux jetés dans un magasin où l’héritage des anciens est en cristal et on ergote pour donner à lire et à voir à ceux qui ont lu et vu le meilleur et qui s’ennuient de voir la relève si peu assurée. On enterre et on embaume les grands et on célèbre les petits. On s’étonne ensuite que tout finit par se déliter jusqu’à la pure société de consommation où même la culture se doit d’être consommée dans l’art de l’époque : goûter et jeter en attendant la prochaine fournée ni cuite ni mûre mais bonne à faire passer l’ennui, seul invincible ennemi des temps modernes.
Non ! le génie a besoin d’absorber la vie et embrasser le monde, les avaler comme des couleuvres, les consumer dans un feu de joie, que ça lui brûle les entrailles puis qu’il encaisse et en fasse quelque chose qui puisse rivaliser avec les meilleurs de son domaine en ce bas monde. Si vous n’avez pas la prétention d’être à la hauteur de vos idoles, laissez tomber tous les arts.
L’Afrique n’a pas besoin de projecteurs sur la médiocrité, l’Afrique a besoin de mécènes avertis, de véritables amis de tous les arts qui s’y intéressent de près, critiquent sans complaisance de sorte à permettre au génie africain de rejoindre, sans fausse modestie ni vrais complexes, sa place comme les autres au vaste royaume de ce qui se fait de grand, de fort, de haut et d’immortel ; tout le reste n’est que poussière, vanité et surtout funeste imposture qui permet aux nains de fabriquer un chemin que jamais ne pourront pratiquer plus grands qu’eux condamnés alors à rester seuls avec leur génie qui finirait à terme par se retourner contre eux. C’est l’autolyse dont notre ami KGB fait l’hasardeuse et périlleuse expérience. Courage.
Là n’est pas le sujet, le sujet est que je vous conseille de voir et de faire voir ce film « ne dis rien ». C’est aussi une merveilleuse première approche de l’art. Pour ceux qui ne s’intéressent pas aux arts plastiques en particulier, vous pourrez au moins voir ce que cela fait à ceux qui ne peuvent s’en passer. Cela vous donnera une idée de ce que c’est que de vivre sans. Que de merveilles loin de nous.
Le sujet est simple mais après ce film, plus jamais mais alors là vraiment plus jamais de jamais de jamais, jamais de grand très grand jamais vous ne regarderez les femmes battues de la même manière ni d’ailleurs leurs bourreaux. Croyez-moi : ce film est génial. C’est un film nécessaire, c’est le seul compliment que je puisse retenir si je devais retirer tous les autres mais je les garde aussi car il n’y a jamais assez de compliments pour un film pareil.
Hélas, pour le voir, il faut prendre le temps de le regarder (sic), il faut d’abord le voir seul dans le silence complet, éteindre portable et autres connexions avec le monde extérieur et attendre un de ces soirs d’un ennui mortel sinon on passe à côté du film. Un sujet pareil traité ainsi ne peut être vu en pensant à ce qu’on fera tout à l’heure ou à ce qu’on vient de faire ni à rien , il faut pouvoir faire abstraction de tout comme quand on lit un de ces bons livres bien rares dont on n’aimerait jamais apercevoir la dernière page.
Avant ce film, comme chacun, je croyais connaître le sujet et les chiffres : en France, pays du french lover, du french kiss : tous les 3 jours une femme meurt sous les coups de son mari, soit près de 120 femmes par an. C’est un véritable fléau mondial qui n’a rien à voir avec la classe sociale.
Après ce film, me sont revenues à l’esprit toutes celles qui nous lisent peut-être dont on sait que le mari les cogne de temps en temps et même si tout le monde sait et murmure en cachette « c’est elle, c’est lui » personne ne bouge car « après tout, c’est sa femme ». Souvent bloquées dans l’enfer familial, la fierté brisée ou trop fière pour être brisée mais toujours assez fière pour supporter en silence car la honte rend impossible de parler quand ne reste que la cruelle nécessité de tenir qui vous dit comme le film : « ne dis rien »
Passez ce film autour de vous et vous-mêmes si vous êtes de ceux-là qui frappent ainsi, regardez bien ce film. Voilà c tout.
Pour finir, j’aimerais aussi avoir une pensée pour ces hommes « battus » car cela existe. Bien sûr, ils ne sont pas frappés quoique cela doit bien exister, ceux-là méritent leur sort car si la femme les frappe c’est peut-être pour leur dire « sois un homme ». Je pense plutôt à ces autres, ces hommes qui ont eu le malheur de croiser l’équivalent féminin des autres salauds : les hommes cogneurs.
Ces femmes-là souffrent de la même maladie du cœur et de l’esprit que leurs alter-égos hommes sauf qu’étant des femmes, elles n’ont pas la force physique de frapper, aussi frappent-elles avec une autre arme tout aussi redoutable qui peut vous briser des rocs à petit feu si ces derniers ne se réveillent pas à temps.
Leurs armes, c’est de se servir de la culpabilité; elles se servent de l’amour qu’elles ne méritent pas pour en rire intérieurement et jouer avec le malheureux sentimental jusqu’à ce qu’il croit lui-même que le monstre, c’est peut-être lui. Cela existe. Il suffit pour cela d’une confiance absolue mise entre les mains d’une garce.
Pour ces pauvres diables, il n’y a rien à faire, ils ne peuvent comprendre dans quel enfer ils sont tombés et c’est souvent ceux-là qui se réveillant tout d’un coup assassinent leur femme et se suicident après.
Je crois que le fameux chanteur de noir désir qui a sauvagement assassiné sa copine devait être de ceux-là. Quand on lit les descriptions que nous donnent les proches du couple, on comprend, sans jamais rien justifier, comment ce vaurien a pu en arriver à ça. Elle a dû le mettre dans un tel état d’amour fou et lui a ensuite ri au nez, ensuite on entre dans le règne de la crise de folie, c’est la raison pour laquelle partout le crime passionnel n’écope jamais de la même peine que le crime absolu.
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Une pensée à Haveni s’il est toujours enfermé et une pensée aussi à taqadoumy qui semble n’avoir aucune pensée pour lui en attaquant le général au sujet de sa maladie présumée. On sent dans cette attaque de taqadoumy une atteinte infâme à que ce que certains peuples ont d’admirable : ne jamais rire de la maladie de quelqu’un. Mais taqadoumy nous a habitués à tout et bientôt, je ne sais trop si on osera dire qu’on y passe, c’est vraiment dommage.
Aziz ne doit rien craindre. S’il est actuellement fatigué, c’est toujours tout à son mérite car ne voilà-t-il pas un homme et son équipe qui se battent contre ce que ce pays compte de plus fourbe, ne reculant devant rien pour assouvir leur rage pas même les attaques au sujet de la santé. On sent une manière de se battre de ceux qui n’ont que la langue, rien de très viril ni dans la méthode ni dans l’initiative surtout que lorsque que l’on connaît quelques uns de ces enragés, on n’est pas surpris de tant de leçon de morale.
Mais comme il n’y a pas de fumée sans feu, Aziz doit certes commencer à subir les effets d’un stress permanent quand on met sa peau en jeu et qu’on porte tant d’espoirs sur le cœur. Un caractère comme le sien, bien trempé, est le meilleur client de la somatisation. C’est émouvant de voir que peut-être que son corps commence à lui dire « tu n’es pas surhumain ».
Il ne faut pas être taqadoumy pour se hasarder à pronostiquer la possibilité éventuelle d’un effet collatéral d’un esprit bien trempé jeté dans les affres d’un combat sans merci. Courage, ça ira. Après la victoire, inch’allah, ces petits signes d’un dur combat rejoindront les souvenirs de la bataille.
Une pensée à cet étranger assassiné chez nous. Je lance d’ailleurs un appel à tous les étrangers du pays : qu’ils fassent attention et « restent » chez eux le temps de la campagne. Rien ne sert de sombrer dans la psychose, mais les gigantesques intérêts des uns et des autres font que le geste regrettable du premier venu peut prendre des ampleurs inqualifiables et incalculables or il y a des criminels partout dans tous les pays, sans compter les illuminés qui rêveraient de profiter de la situation, sans compter que tous les étrangers ne sont pas des saints, la nature humaine est partout la même. Ainsi dans cette terrible affaire gardons-nous bien de spéculer, l’heure est à la vigilance et aux condoléances.
Vivement que cette affaire nationale trouve une issue et que dieu apaise tous ces esprits diaboliques qui ne reculeraient devant rien pour faire le criminel jeu de leur ambition. Quand il s’agit de sécurité , je crois qu’il nous faut tous faire preuve de beaucoup de sens des responsabilités car, A- ou pas, nous ne sommes que des ignorants et des aveugles qui, des fois, voient juste ce qui ne doit pas nous empêcher de la fermer car en l’occurrence l’instabilité est telle qu’il vaut mieux que chacun parle en restant à sa place, celle de la Mauritanie sereine
Salut
Vlane