jeudi 20 août 2009

LA LUTTE CONTRE LE SIDA DANS UNE MAURITANIE CONSERVATRICE

Source: IPS

11/08/2009 09:03
Les militants de la lutte contre le VIH/SIDA en Mauritanie sont confrontés à une tâche difficile pour faire passer leurs messages, notamment ceux qui traitent de rapports sexuels plus protégés et de l’utilisation du préservatif. Les activistes doivent prendre des raccourcis pour éviter d’irriter les puissants chefs religieux du pays. Par Ebrima Sillah


NOUAKCHOTT, 5 août
"Avec une population majoritairement musulmane qui recherche l’orientation du Coran, tout plaidoyer en dehors des principaux paramètres de la religion est le plus souvent désapprouvé, tourné en ridicule et rejeté", déclare John Sadeed, directeur de NADOA, une ONG de plaidoyer en Mauritanie, qui fait la promotion des changements d’attitude et d’une vie positive pour les personnes vivant avec le VIH.
Les dernières statistiques officielles du Programme commun des Nations Unies sur le SIDA (ONUSIDA) indiquent que le taux de prévalence du VIH chez les adultes est 0,8 pour cent; environ 14.000 personnes vivent avec le VIH/SIDA sur une population de 3,2 millions d’habitants.

Mais selon Sadeed, ces chiffres sont peu susceptibles de refléter toute la situation. "Les Mauritaniens vont à peine pour le dépistage volontaire. Les statistiques du VIH sur le pays sont essentiellement des chiffres fractionnaires obtenus à partir des registres des hôpitaux".

Alors que le taux réel d’infection en Mauritanie est susceptible d’être sensiblement plus élevé que ne l’indiquent les chiffres officiels, il est considéré comme relativement faible par rapport à d’autres pays en Afrique de l’ouest.
Le maintenir ainsi pourrait être un défi
Corea Mint Sidi a rencontré des difficultés dans son travail avec les femmes vivant avec le VIH. "Lorsque j’ai commencé ce plaidoyer communautaire et ce programme de sensibilisation, les hommes dans ma communauté disaient à leurs femmes de n’avoir rien affaire avec moi parce que je faisais la promotion de la promiscuité... J’étais également l’objet d’injures en communauté non seulement de la part des homme, mais même aussi de mes parents femmes", a-t-elle souligné.
"Certains chefs religieux se réfèrent toujours à nous comme des infidèles ou des non-croyants qui sont en train d’être utilisés par l’Occident pour combattre l’islam. Maintenant, en pays musulman comme la Mauritanie, ceci est une allégation très sérieuse pour vivre avec".

Des activistes disent que des tabous contre la discussion sur le sexe sont profondément ancrés dans le tissu social. "Une manière simpliste d’expliquer les problèmes sociaux en Mauritanie comme le VIH/SIDA a été de pointer un doigt accusateur sur les étrangers et les accuser de chaque tranche de malheur social et d’immoralité", a confié Sadeed à IPS.

Au cours des récentes années, la Mauritanie a connu un afflux de migrants d’Afrique de l’ouest, essentiellement noirs, dans les grandes villes côtières, désireux d’atteindre l’Europe occidentale à travers une migration illégale utilisant de petits bateaux de pêches. Les migrants sont fréquemment accusés d’être impliqués dans le trafic de drogues et la prostitution, et leurs maisons sont souvent l’objet de descentes de la police.

Kwame Adaye, un migrant venu du Ghana, a déclaré à IPS : "Les tabous sociaux contre les relations sexuelles en dehors du mariage, en Mauritanie, signifient que les préservatifs ne peuvent pas être vendus ouvertement dans les boutiques et pharmacies. Ils sont cependant secrètement distribués par des activistes et vous devez être dans ce pays pendant au moins quelques mois pour savoir à qui parler de préservatifs.

"Cela force parfois des gens dans des comportements à risque comme des rapports sexuels non protégés. Et à cause de cela, les migrants, notamment les Africains noirs, sont vus par les gens du pays comme ceux qui propagent le VIH en Mauritanie".
Un entretien avec Sheikh Abdoullah Ould Abdoullah, un chef religieux à Nouakchott, la capitale, était une rencontre révélatrice pour jauger l’opinion des religieux sur le VIH/SIDA.

"Les chefs musulmans en Mauritanie continueront par être méfiants des motifs des militants anti-SIDA, soutenus par l’Occident, notamment lorsqu’ils font la promotion des rapports sexuels protégés et de l’utilisation du préservatif", a indiqué le Sheikh. "Notre religion interdit cela. S’ils sont préoccupés par le VIH/SIDA, qu’ils disent aux gens de cesser de faire les choses qui leur donnent le virus".
La puissance et le prestige des religieux en Mauritanie signifient que les activistes ne peuvent pas simplement ignorer leur résistance si le message doit être bien reçu par la population. "Les militants luttant contre le VIH/SIDA sont pris entre leur conviction pour redresser ces injustices et une crainte voilée de ne pas offenser les sensibilités religieuses et sociales qui pourraient aliéner les vraies personnes que nous cherchons à aider à travers les informations appropriées", a expliqué Sadeed à IPS.

Les personnes vivant avec le VIH en Mauritanie affirment que leur statut porte un stigmate social lourd qui fait qu’il est difficile de déclarer ouvertement votre statut.

Une personne, qui a requis l’anonymat, a déclaré à IPS : "A part l’assistant social de Terra Vivante et les docteurs en médecine qui me soignent, personne n’est informé de mon statut sérologique, même pas mes parents.... Parce qu’aussitôt qu’ils le savent, tout le monde me fuira et je serai accusé de la cause de ma propre maladie. Si vous avez le VIH, les gens voient que c’est une punition pour le fait d’être non-croyant".

Malayaine Mohammed, directeur de l’ONG de développement Terra Vivante, dit que les militants se limitent souvent à travailler dans les contraintes que leur société impose.

"En parlant ouvertement de l’utilisation du préservatif ou des rapports sexuels protégés, vous allez probablement générer des réactions négatives, même de la part des groupes modérés. Alors, ce que nous faisons ici, c’est de parler de ces questions comme l’abstinence et la loyauté dans les relations conjugales comme faisant partie de nos efforts de sensibilisation afin de gagner l’appui des chefs religieux".

L’avenir dira si cela est suffisant pour empêcher la propagation du SIDA en Mauritanie. Un message d’abstinence et de fidélité conjugale est une protection peu solide contre les facteurs alimentent la propagation du VIH à travers l’Afrique : des partenaires multiples concomitants, l’inégalité de genre empêchant les femmes de refuser des rapports sexuels avec des partenaires socialement puissants ou de prendre en charge leur propre protection, ainsi qu’une énorme ignorance fondamentale de la nature du virus et la façon de se protéger.

La Mauritanie est en train de prendre un risque épouvantable.


maatala