dimanche 28 novembre 2010

L’après cinquantenaire

A cinquante ans, on est normalement un homme mûr et en dernière phase de l’évolution qui doit conditionner définitivement le reste de notre existence! Ceci est-il vrai quand nous nous transposons à l’échelle historique des états ? Ceux qui s’attendent, par la suite, à une réponse à cette question seront déçus ; le seront également ceux qui s’attendent à une réflexion sociopolitique sur les parcours historiques qui nous ont conduit à ce que nous sommes aujourd’hui ; et le seront d’autant plus ceux qui espèrent trouver une analyse rétrospective du processus de développement du pays.

Ce travail a pour modeste ambition, simplement, d’engager un débat franc, à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance de notre pays, sur les voies et moyens de rectifier sa trajectoire dont rien ne présage avec exactitude à quel port le mène-t-elle.
D'emblée saisissons les termes de ce débat afin de circonscrire notre champ d'analyse et de limiter nos ambitions conceptuelles. Nous dégagerons donc, sans s’adonner à la fixion, les axes futurs qui, selon nous, permettront à notre pays de se positionner sur une nouvelle orbite - celle du développement. Pour se faire, nous nous baseront sur les enseignements que nous pouvons tirés des enjeux de son passé moderne en sondant les grandes lignes de son évolution politique et institutionnelle.

Il est important de préciser qu’il s’agit là d’une opinion et donc d’une prise de position, parfois très révolutionnaire, sur des sujets tels que le régime constitutionnel que nous nous sommes choisi ou le mode de notre gouvernance ou la fiabilité de nos institutions ou encore sur des questions comme celles de la citoyenneté ou des droits de l’Homme.

Nous nous proposons en définitive, de dégager quelques aspects d’une vision future dont les lignes directrices dessineront les contours de ce que nous appellerons par la suite «La reconstruction d’une Mauritanie Nouvelle».

Certes, il nous incombe d’opérer une rupture historique avec un certain passé qui conditionne déjà notre devenir. Certes, il nous importe d’envisager la révision de certains dogmes qui stigmatisent notre culture politique et notre sens de la citoyenneté. Certes, il nous convient de voir dans quelle mesure certains rendez-vous aient été manqués et d’évaluer l’importance et l’opportunité de certains choix parfois difficiles et de lourdes conséquences sur le destin de notre nation.
Certes, il nous appartient, en fin, de rêver d’un changement radical et profond à travers des réformes concertées, participatives, efficaces et durables, prônant la culture de la démocratie, du dialogue et de l’égalité des chances.

La démarche portera, tout d’abord, à démontrer qu’après avoir été pendant longtemps en face de défis non relevés et d’espérances déçues, notre société doit s’inventer les moyens d’opérer un tournant décisif dans sa démarche historique. Les modalités de ce positionnement méritent d’être analysées en opérant une véritable halte sur ces cinq décennies de prise en main de notre destinée.

Non pas pour regretter notre passé - ne soyons pas nihilistes - ou pour égrener les échecs de tous ordres qui ont jalonné notre parcours, mais plutôt pour en tirer des leçons utiles pour l'avenir. Il s’agirait, en fait, de questionner notre présent avec pertinence et de dessiner notre lendemain avec plus de lucidité, de réalisme et d’objectivité. Ce serait l’objet de la première partie de ce travail.

Dans une deuxième partie, il sera explicité l’importance et la profondeur de la transformation de notre Etat et de notre Société. Nous tenterons de décliner les axes majeurs de « La reconstruction d’une Mauritanie Nouvelle» en refondant les leviers de l’évolution d'un certain nombre de paramètres et d'agrégats qui impacteront l’avenir de chacun. Il s’agit, en somme, de mettre l’accent sur les facteurs de notre vision et sur ses objectifs qui se résument, en fait, en un seul: le changement. Nous déclinerons une approche globale pour une nouvelle république, avec des institutions paramétrées, des pouvoirs équilibrés et des méthodes concertées.

I - L’état des lieux.

Cinquante années d’événements souvent difficilement vécus, parfois violement, laissant généralement des souvenirs douloureusement marquants, font la grande partie de l’histoire de notre pays. Je veux citer les événements de 1966, la guerre du Sahara, les dérives totalitaires de 1989 à 1991 et les récurrentes incursions terroristes sanglantes de ces dernières années sur notre sol national.

Des transformations significatives du paysage politique et de la physionomie socioculturelle et économique de notre pays sont entrain de modifier profondément sa consistance. Cet état « musulman, arabe et africain » dont la structure définitive n’est que fraichement ancrée dans les esprits, s’est construit, au grès des circonstances, durant ce demi siècle d’indépendance, sur de sérieuses menaces de tensions culturelles et religieuses et de clivages raciaux, ethniques, sociopolitiques et géostratégiques importants.

Contexte religieux et socioculturel.

La Mauritanie est un pays d’essence, fondamentalement, islamique. Il est d’obédience Sunnite et rituellement Malékite tout en renfermant de minuscules pochettes telles que les Tablighiyin et les Salafistes jihadistes récemment effervescents à cause des appuis de la nébuleuse El Qaïda. Bien que toutes les lois aient pour source le droit musulman, la Charia n’est pas - ou n’est plus - appliquée. La justice est rendue par un attouchement, sans choc, entre les lois islamiques et les règles de droit positif. La Mauritanie échappe ainsi d’être dans l’œil du cyclone de l’occident en demeurant dans la grâce du Seigneur.
La simplification des contradictions majeures, aussi bien sociales qu’économiques, au sein de notre peuple, cachent la fragilité de la cohésion de la nation. Les slogans, maintes fois répétés par la sphère politique – au pouvoir ou non- mettent l’accent sur ce qui unit : la religion et la communauté de destin. Celles-ci ont toujours servi, il est vrai, d’ingrédients à une coexistence pacifique séculaire entre les différentes communautés, mais en sera-t-il toujours ainsi ?

Contrairement aux premières années d’indépendance, l’ère des régimes militaires est venue à bout des idéologies prêchant la construction des grands ensembles régionaux. Ce fut donc le recul des discours unificateurs du panafricanisme et du panarabisme. L’avant-garde politique prône désormais la primauté de la famille, de la tribu et de l’ethnie en mettant en exergue, par tous les moyens, l’importance du rôle de ces acteurs traditionnels dans l’unité nationale, le développement économique et la sécurité sociale.

Si les politiques continuaient d’inscrire leur militantisme dans des mouvements idéologiques (nasséristes, baasistes, islamistes, nationalistes négro-africains ou haratines) c’est seulement dans l’optique d’élargir et de mieux organiser leurs clans. Clanisme, qui donna lieu, d’ailleurs, à des affrontements, parfois sans merci, pour s’assurer le contrôle de l’appareil d’état.

Rappelons, à cet effet, les répressions récurrentes des années 80 contre les mouvements idéologiques où les forces coercitives de l’Etat ont été le plus souvent manipulées par un adversaire politique contre un autre. C’est ainsi qu’un mur de silence s’était dressé entre les Mauritaniens durant toute la période des régimes d’exception de 1978 à 1990 et pendant ce que nous pouvons appeler la deuxième république de 1991 à 2005.

Une rupture profonde, exacerbée par les chauvinismes des uns et des autres, s’est installée progressivement entre les différentes composantes de notre société. Elle ne fut pas seulement d’ordre racial, ethnique, ou religieux, mais elle était aussi une rupture au sein des classes sociales, entre les générations et entre l’état et le citoyen. Elle était encore d’ordre culturel et linguistique ; entre la langue Arabe qui tire sa prépotence du coran et le Français qui symbolise l’unique legs du colonialisme.

Dans ces conditions, il n’est guère étonnant de constater que tous les événements qui apparaissaient, au fil du temps, divisaient, sans l’avouer, le peuple Mauritanien. L’exemple du retrait de la CEDEAO était le plus éloquent. Cette décision a été considérée par certains, en son temps, comme une volonté des autorités de s’ouvrir d’avantage sur le monde Arabe au détriment de l’Afrique noire! Par la même occasion, il s’est posé aussi le problème de l'équilibre ethnique – prédominance du maure sur le négro-africain ! - et celui des clivages linguistiques - primauté de l’arabe sur le français.

C’est ainsi qu’un sentiment « d’oppression culturelle et de marginalisation» fût ressentit par la communauté négro-africaine. Ce sentiment renaitra plus tard aussi avec les discours du premier ministre et de la ministre de la culture en mars dernier sur la question de l’arabisation.

Contexte géopolitique et stratégique.

La politique de voisinage adoptée, parfois difficilement, par les autorités durant les premières années de notre indépendance, se singularisait par le fait d’avoir toujours un pied en Afrique de l'Ouest et un autre au Maghreb. Le père de la nation aimait d’ailleurs à dire : "La Mauritanie est un trait d'union entre le monde arabe et l'Afrique noire ». Il s’activa durant tout son pouvoir à la construction du Maghreb arabe tout en conservant une présence dynamique et engagée au sein de l’Unité Africaine.
Cette politique d’équilibre n’enchantait pas ses prédécesseurs à en juger par la nature - tantôt froide, tantôt conflictuelle - des différents moments qui ont marqué nos relations avec nos voisins. Jusqu’au jour où l’on tourna le dos à celui qui, pourtant, nous était le plus proche et avec qui nous entretenions de véritables échanges: la CEDEAO.
D’un autre côté, l’héritage de la guerre du Sahara a été difficile à gérer et confrontait nos autorités, le plus souvent, à des situations géopolitiques confuses. Après avoir été partie prenante au conflit, la Mauritanie adopte désormais une position de neutralité depuis la signature des Accords d’Août 1979 avec le Polisario.

Il faut justement rappeler à ce titre qu’une solution de ce dossier sans la Mauritanie aura de graves conséquences sur l’équilibre interne de notre pays et compromettra l’efficacité de notre action dans la construction du Maghreb arabe. Le premier coup d’état dans le pays, qui consacra définitivement l’entrée des militaires dans le jeu politique national, n’avait pas prévu la conduite géostratégique que nous devons adopter vis-à-vis de l’évolution de ce dossier.

La lutte contre le terrorisme de l’AQMI nous incombe, elle aussi, de maintenir un équilibre des rapports politiques - autre défi géostratégique majeur- avec nos voisins, surtout le Mali et l’Algérie. Car, toute tension avec l’un ou l’autre mettrait en péril toute action sécuritaire efficace et de nature à apporter des résultats tangibles.


Risques contemporains.
C’est bien sur notre territoire qu’ont été commis des attentats terroristes inédits dans cette région d’Afrique. Aujourd’hui encore, dans un état qui réunit à la fois les facteurs et les instruments de la menace avec un niveau précaire de contrôle et de sécurité, le risque demeure élevé d’une nouvelle atteinte à des citoyens, des intérêts ou des symboles occidentaux.

La guerre au Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC), né en Algérie et transformé en Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) et les efforts d’éloigner ses activités (trafic de drogue et d’armes, kidnappings, etc.) de notre territoire est un devoir national face auquel la formation d’un front intérieur est vitale pour le salut de notre nation.

Il ne faut, ce pendant pas, agir en solitaire car ce phénomène tend ses tentacules dans tous les états de la sous région et par conséquent tous nos voisins sont concernés et doivent contribuer à son éradication.
Au-delà de la menace terroriste, la déportation des grands circuits de trafic de drogue, chassés de l’Amérique du sud vers les pays sahéliens dont le notre, est préoccupante.

A cela s’ajoute les risques induits de l’émigration qui menassent la sécurité dans nos villes et la fiabilité de notre état civil.
Risques sanitaires ensuite, dans un contexte d’ouverture et de déplacements à grandes échelles avec la recrudescence de maladies contagieuses et transmissibles comme la tuberculose, le choléra et le Sida.

Risques environnementaux, en fin, qu’illustrent déjà l’avancé du désert, la menace de submersion de notre capitale, l’ensablement progressif du fleuve Sénégal, les stress hydriques un peu partout dans le pays, l’engorgement incontrôlée des zones urbaines, la déforestation criminelle et l’extension de la pollution à notre faune marine et à nos espaces naturels, désormais, vastes réservoirs pour les déchets toxiques liés aux industries extractives de compagnies installées chez nous et peu enclins aux rigueurs de leur métier.

Enjeux structurels.
La Mauritanie connait une sécheresse accrue affectant sa croissance, une mal gouvernance gangrenant son administration - malgré les énormes efforts entrepris pour lutter contre-, un privé archaïque et informel et un laissé aller asphyxiant et paralysant toutes les initiatives de développement. L’économie Mauritanienne reste insuffisamment diversifiée avec un tissu d’entreprises encore peu intégré et des performances à l’exportation qu’il convient d’améliorer.

Ces risques et ces handicaps structurels, qui sont des recules, doivent constituer, dès lors, autant de priorités à cibler pour les partenaires du pays et surtout pour son gouvernement. Le renforcement de la sécurité, le développement des infrastructures et des systèmes financiers, l’intégration régionale, le renforcement des capacités de l’état, la promotion du partenariat avec le secteur privé, la redynamisation des échanges commerciaux et l’encouragement de l’initiative et de la créativité sont autant de défis qu’il est nécessaire de relever avec urgence et pertinence.

Ce pendant, la bonne gouvernance politique et économique reste la clef d’un développement durable dans notre pays. Car, en réalité, dans le contexte mondialisé du siècle qui commence, la rupture n’est plus seulement entre richesse et pauvreté. Elle est désormais celle qui s’installe entre des pouvoirs immobiles ou incompétents, peu transparents ou corrompus et une population souvent laissée à son propre destin et animée d’une volonté parfois violente de changement.

Elle correspond dans le fond à l’émergence d’un conflit entre l’état et le citoyen. Le vrai risque est dès lors celui qui consisterait à alimenter, ou maintenir, la contradiction entre la stabilité du premier (le pouvoir) et les aspirations du second (la population). Désormais, la pérennité d’un pouvoir dépend bien, de façon étroite et immédiate, de la durabilité du développement et de la stabilisation de ceux là même qui, grâce aux quels, il est en place.

Pour quelle gouvernance ?
Dans un contexte d’absence de contenu et de continuité dans les programmes d’un gouvernement, quel sens peut-on donner à la gouvernance ? Pour répondre à cette question, ne faut –il pas en poser d’autres : Qui doit gérer l’état ? Pour quelle fin et au bénéfice de qui ?
Le gouvernement est rarement la seule source du pouvoir dans notre pays ; c’est toute une sphère politique qui en est le détenteur. Par ailleurs, c’est souvent cette sphère politique -et pas exclusivement le gouvernement- qui est l’auteur de la mal gouvernance.

Or, si la sphère politique englobe, au delà de l’administration, des acteurs en dehors des circuits officiels, dans quelle mesure peut-il exister une bonne gouvernance et de quelle façon l’autorité publique, au sein de l’appareil de l’état uniquement, la gère-t-elle? Quand les fonctionnaires font si abusivement usage de mesures et de décisions arbitraires et qu’ils se révèlent incapables de faire appliquer les lois ou quand ils agissent sous les ordres de personnes se trouvant en dehors des circuits administratifs classiques, cette situation n’est-elle pas révélatrice de la faiblesse de l’état ?

Dans ce contexte, généralement, le problème de gouvernance s’exprime à travers des crises de légitimité et, parallèlement, la volonté des détenteurs du pouvoir de maîtriser à leur avantage les recompositions sociopolitiques. La gouvernance politique tient, dans ces cas, beaucoup plus du nationalisme de mauvais aloi ou du retour aux forces traditionnelles qui cachent mal une volonté de contourner la démocratie.

Mieux, derrière le paravent des institutions formelles et des adhésions verbales aux principes de multipartisme, des droits de l’Homme et de la démocratie, on constate souvent un maintien plus ou moins déguisé de la censure, de l’intimidation, du harcèlement ou de la déstabilisation des partis d’opposition (soit par la désignation de leurs dirigeants ou achats des consciences, soit par la brimade et la répression) et du monopole des médias publics.

La priorité des dirigeants n’est plus la recherche du développement politique et démocratique, mais la création d’un statuquo qui se réduit au maintien de l’ordre et à la survie. L’essentiel est de durer et de se maintenir au pouvoir. Si stabilité il y a, il s’agit d’une stabilité plus personnelle qu’institutionnelle puisqu’elle repose avant tout sur le sens politique du leader et sur sa capacité à créer et à gérer une coalition autour de sa personne.

La nature de l’Etat relèverait ainsi du néopatrimonialisme qui englobe non seulement le clientélisme, mais aussi le népotisme, le tribalisme et la corruption, qui sont des éléments constitutifs de l’Etat sous-développé. Une profonde confusion s’installe et fait disparaître toute distinction pratique entre la conduite des affaires publiques proprement dites (gouvernance) et l’usage institutionnel de la force pour, simplement, se maintenir au pouvoir. Dans ces conditions, le sous-développement menace de devenir une condition permanente plus qu’un stade transitoire.

En Mauritanie, l’aspiration à la bonne gouvernance coïncide avec la fin de la deuxième moitié de cette décennie, moment où il y eut eu un certain élan de libéralisation politique et économique. En effet, une certaine idée de la bonne gouvernance, celle qui questionne les capacités de réaction et de responsabilité de l’Etat et de ses agents, commence à émerger dans notre pays. Elle est encore timide et rencontre d’énormes difficultés, car, paradoxalement, l’état chez nous consolide son pouvoir au delà de la sphère publique.
Cela favoriserait obligatoirement l’émergence de pôles d’intérêt et de lobbies au dessus des lois. Ces intouchables canalisent généralement les circuits d’accès aux services publics et à la décision et s’interposent entre le citoyen et l’état, affaiblissant ce dernier et relativisant son action.
Or, un état faible doit affronter simultanément une multitude de difficultés : infrastructure sociale qui se dégrade, affaiblissement du jeu politique, déclin des relations entre les communautés, élargissement du fossé entre l’état et la société et entre celui qui gouverne et celui qui s’oppose et la lenteur ou absence de la décision.

Dans de tels cas, la gouvernance traite moins de la gestion administrative – actions spontanées et coûteuses pour l’état, entreprises publiques trop encombrées d’un personnel pléthorique, laisser-aller, clientélisme, népotisme et absence ou désorientation du contrôle d’état - que de la gestion politique.

Plus conséquent encore, l’implication de la corruption dans le secteur public est l'un des symptômes d'une gouvernance déficiente et déphasée par rapport aux exigences économiques de notre pays. Si, en fait, la notion de gouvernance n'est que le reflet des méthodes à travers lesquelles le pays est administré, le processus par lequel ses agents sont cooptés ou les voies par lesquelles ils sont surveillés et contrôlés et l’aptitude du gouvernement d'élaborer et d’appliquer des plans d’action efficaces, nous sommes toujours du mauvais coté de la plaque.

Processus de décision.
Le premier pouvoir de l’indépendance de 1960 à 1978, avec un parti unique et une assemblée nationale orientés vers un conformisme d’état, se donnait la lourde tâche de la construction, du développement et de la modernisation du pays tout en régulant simultanément son fonctionnement politique, économique et administratif. Cet état-administration paternaliste ne jugeait pas nécessaire de porter la concertation au-delà des sphères publique et politique qui se télescopent et se confondent quant à la gestion des affaires de l’Etat et à l’élaboration du processus de décision.

Durant la période des régimes militaires de 1978 à 1991, le pays a connu l’hégémonie de la Présidence et les pouvoirs absolus du Chef de l'Etat. Il est seul maître à bord, il nomme et révoque le Gouvernement dont les membres sont responsables uniquement devant lui et dispose, seul, du pouvoir de nomination et de destitution aux emplois civils et militaires. Il a aussi le dernier mot sur toutes les transactions économiques, financières et bien entendu politiques, ralentissant ainsi le processus de décision et créant par la même occasion des intermédiaires véreux et des circuits opaques entre l’administration et le citoyen.

La période dite démocratique qui s’achevait en 2005 et qui n’est, grosso modo, qu’une continuité de la précédente, connût l'émergence de pôles de pression politico-¬ administratifs. La démocratie de façade en réponse au discours de la Baule de Juin 1990 qui nous arrimait parmi "ceux qui franchiront le pas avec courage", introduit des formes de clientélisme électoral. La politique de « qui n’est pas avec moi est mon ennemi» ou plus encore celle de «celui qui n’est pas l’ennemi de mon ennemi est mon ennemi» plongea l’espace public dans la servitude d’un cercle limité.

Certains ensembles régionaux, ethniques ou tribaux, supposés favorables à l’adversaire politique du moment, seraient entièrement écartés des avantages et des services de l’état. La prévarication au sommet est justifiée par la perpétuelle stratégie d’anéantir l’adversaire politique et de limiter son cercle de sympathie, même s’il fallait pour cela priver une partie du territoire national du strict minimum de développement.

La révision de la constitution, après le coup d’état de 2005, ne toucha pas aux pouvoirs du président de la république, pourtant jugés trop importants et accusés d’être à l’origine de toutes les dérives totalitaires. Les mêmes difficultés pratiques, liées à la déconcentration du processus de décision et à la décentralisation en général, persistent, malgré le vœu du peuple mauritanien et de sa classe politique de voir cela changer.

L'opacité de fonctionnement, la manipulation des règles et la personnalisation des relations administratives sont restées les maîtres mots du jeu politico administratif dans notre pays.

Le changement, la reconstruction et le renouveau ne sont pas encore au rendez vous et les méthodes ont guère ou peu changé. Pourtant, s’il n’advienne pas un processus profond et complexe de transformation des habitudes et des mentalités, la « Mauritanie Nouvelle » tant chantée, demeurera dans les faits, l’apanage d’une ambition irréaliste ou, pire encore, un slogan populiste de campagne ou un thème à la mode dans les discutions de salons et autres types de rencontres d’oisifs.


Rendez vous manqués.
Le parcours de notre pays est jalonné de rendez vous manqués, de rêves irréalisés et d’ambitions refoulées. L’un d’eux retient particulièrement notre attention : la révision de la constitution de 1991 en 2006. Le " consensus " national obtenu au lendemain des journées de concertation sur les termes de référence de la reforme constitutionnelle ne proposait pas une modification substantielle du régime constitutionnel qui était en vigueur dans le pays.

La réforme abroge et remplace certains articles considérés comme étant à la base du monolithisme de l'ancien régime et de l'impossibilité d'une quelconque alternance. L'essentiel a porté sur le Président de la République : son âge, la limitation de son mandat et l’exclusivité de sa fonction.

Or, les forces démocratiques et citoyennes du pays aspirent à plus ; le but recherché était d’adapter nos institutions à la soif de démocratisation des populations. La révision profonde de notre régime présidentiel, pour rompre avec le spectacle récurrent des coups d’état qui semblent avoir pour cause essentielle le despotisme du Président de la République dont les pouvoirs que lui confère la constitution sont énormes, était fortement souhaitée. Mais, encore une fois, une main « invisible » s’est dressée vivement devant nous pour tordre le cou à nos espoirs !

Le vote en faveur du «oui» l’emporta, non seulement à cause des réformes proposées, qui représentaient certes une revendication indéniable, mais surtout parce que si le « non »l’emportait cela signifierait la prolongation de la transition et, en conséquence, le maintien du régime militaire avec, bien sûr, le risque de s’installer confortablement dans la durée. La classe politique ne voulait pas prendre ce risque et contribua fortement au succès du scrutin, comme d’ailleurs, elle ferma les yeux sur les candidatures indépendantes qui, pourtant, vont à contre-sens de l’histoire et à contre-pied de la culture démocratique.

La crise qui surviendra, un peu plus d’un an après l’élection présidentielle, n’était que prévisible car le régime politique porte en son sein le germe de l’instabilité. Une fois encore, le coup de force du 06 Aout 2008 ou « mouvement rectificatif » venait stopper l’élan des pouvoirs démesurés du Président de la République et son implication dans le fonctionnement des autres institutions constitutionnelles !

L’élection présidentielle de juillet 2009, suite aux accords de Dakar, qui mettait fin à la crise institutionnelle, devrait être le point de départ pour de nouvelles perspectives afin d’assainir la scène politique du pays, poser les fondements de sa reconstruction nationale et revoir quel régime et quelles institutions pour une nouvelle république démocratique et stable.

Le dialogue inclusif qui devrait se poursuivre entre les différents protagonistes et qui est l’unique espoir de voir cette Mauritanie en marche, est-il entrain de naître des antagonismes, parfois virulents, entre les différents acteurs politiques nationaux, ou ne sera-t-il qu’un autre rendez vous manqué ?


II- « La Reconstruction d’une Mauritanie Nouvelle ».

Pour bon nombre de ceux que j’ai côtoyé, même brièvement, ce pays leur semble à l’écart du reste du monde. Hypnotisés par des images encore fraiches dans les mémoires, de coups d’états, de révolutions de palais, de sous développement, de mal gouvernance ou de pratiques peu enclin au minimum de bon sens et de civisme, ils en conservent une représentation à mi chemin entre fatalisme et indifférence.

La Mauritanie est-elle un pays condamné au perpétuel sous développement ? Sera-t- elle toujours soumise aux mêmes exigences sociopolitiques d’une autre époque ? Notre état est-il encore très jeune et en très fragile construction, ou sommes-nous, au contraire, sur la voie d’un état contemporain qui va de l’avant ? Sommes-nous stables et à l’abri des alternances musclées, ou entendrons-nous, une fois encore, le bruit des bottes retentir sur le marbre du palais ocre ? Qu’avons-nous fait pour empêcher cela ? Institutionnellement ?

Durablement ? Aurons-nous la stabilité dans la quelle couvent et éclosent, nécessairement, les dynamiques du progrès social et du développement économique, ou seront-nous éternellement à l’écart du mouvement du monde ? Qu’il s’agisse de responsables politiques ou d’hommes de la rue, l’approche générale qui en est faite du pays, reste majoritairement définie par la consternation, le désespoir et l’amertume.

Pourtant, alors même que nous nous voilons d’un pessimisme croissant, la volonté et le dynamisme des chefs du moment imposent une autre lecture de la situation et des perspectives de ce pays, dont ses richesses, sa jeunesse et sa croissance, en constante augmentation, laissent supposer un avenir plus prometteur.

Certes, l’avancée est encore hésitante puisque tout est à refaire, à paramétrer et à refonder et on ne sait par où commencer. Car, oser la reconstruction nationale pour « une Mauritanie Nouvelle » suppose d’abord une rupture totale, profonde et parfois brutale avec un certain passé politique et social. En suite, elle suggère un changement de mentalité, une modification des habitudes et une ouverture des perspectives encore ignorées. Elle impose, en fin, une concertation à large spectre entre les forces politiques et citoyennes du pays de manière sincère et responsable.

A ce moment là, nous pouvons nous autoriser de décliner les axes majeurs de la reconstruction nationale à travers un ensemble de paramètres dont le socle est la réforme multidimensionnelle de l’état et de la société. La reforme politique

La réforme politique commence, en effet, par la loi fondamentale. Certes, les amendements de la constitution opérés en 2006 constituaient une forte revendication populaire mais ils ne marquent pas, pour autant, une rupture avec le passé et ne constituent donc pas une quelconque amélioration de la gouvernance politique. De fait, la crise politique survenue au cours de la parenthèse Sidi Mohamed O/Cheikh Abdallahi, soulève à la fois les failles institutionnelles, l’insuffisance des amendements apportés à la constitution et l’urgence de rompre avec le système que nous nous sommes imposé.

Il est vrai que le CMJD avait, sans concertation ni débat d’ailleurs, engagé des réformes qui ont permis, quelque part, d’assainir l’environnement politique, tels que les amendements constitutionnels portant essentiellement sur le Président de la République, la réforme du mode de scrutin, le statut de l’opposition, la fiabilité du fichier électoral, la création d’une commission électorale indépendante provisoire et le nouveau cadre légal exigeant la présence des femmes sur les listes électorales à un niveau leur permettant d’accéder aux assemblées représentatives. Mais l’essentiel n’était-il pas ailleurs ?

" Le régime présidentiel fait des petits rois dans les Républiques africaines" dira le Pr. Mamadou Coulibaly en préconisant la rupture avec le régime présidentiel adopté par la plupart des Etats africains au lendemain des indépendances. Faut-il, pour notre cas, souhaiter un changement de cadre institutionnel ou « oser une nouvelle voie » à l’instar d’autres pays africains? Le modèle démocratique tel qu'il nous a été parachuté n'est pas adapté à nos réalités sociopolitiques.

En effet, le régime présidentiel se caractérise, théoriquement, par la séparation stricte des organes et leur confinement dans leurs fonctions reparties par la Constitution. Or, c’est dans la répartition de ces compétences que « le diable se cache » et que l’on pourrait déceler les faiblesses de ce régime. Pour des pays africains comme le nôtre où la culture démocratique n’est pas encore intériorisée, les failles du système sont entretenues par les hommes politiques qui sont chargés d’animer les institutions.

Le régime présidentiel tel que nous le pratiquons peut tendre, ou mieux encore, a toujours tendu vers une sorte de dictature parce qu’on a tendance à donner beaucoup de pouvoir- tous les pouvoirs d’ailleurs - au chef de l’État. Cette aptitude du Président de la République à être le seul maître à bord de l’exécutif a été responsable de bien de dérives dont nous payons encore les pots cassés.

Les solutions souvent improvisées- les coups d’état militaires - se sont avéré de lourdes conséquences pour notre stabilité, notre image de marque, notre développement et même notre cohésion nationale. Ne faut-il pas préconiser des méthodes concertées qui auront l’avantage d’avoir des contre-pouvoirs et de mettre en place des institutions qui peuvent constituer des freins en fragmentant le pouvoir et en le répartissant entre plusieurs mains et ainsi institutionnaliser des mécanismes équilibrés dans les rapports entre ces différents pouvoirs ?

Toutefois, nous ne faisons l’éloge ni du régime parlementaire (moniste ou dualiste) ni du régime semi-présidentiel et nous considérons qu’il n’ya pas de préférence particulière pour tel ou tel type de régime comme il n’y a pas de régime angélique. Il existe des régimes politiques et c’est le respect des règles qui conduit à leur stabilité. C’est pourquoi il est préférable de nous interroger sur les conditions de production des textes juridiques et d’associer le peuple, au préalable, à leur élaboration en engageant des débats de grande étendue avant de les proposer au référendum.

La reforme sociale.

Au-delà de la célébration annuelle de la journée dite de réconciliation nationale, l’Etat doit s’intéresser d’avantage aux communautés discriminées socialement, culturellement, économiquement et donc politiquement. Il doit s’ériger contre toutes les pratiques qui ont conduit aux fractures encore béantes entre les composantes de notre peuple et entre elles et l’Etat. Je veux rappeler toutes les formes de servitude, d’exclusion, de violation, de marginalisation et d’esclavage.

Instaurer la confiance perdue entre l’Etat et la société passe nécessairement par la réparation de tous les torts causés, durant ce demi-siècle d’indépendance, par une administration souvent inexpérimentée et très peu préparée à l’exercice de ses fonctions. La révision immédiate de certains pouvoirs qui lui sont confiés et leur attribution définitive aux conseils municipaux issus du peuple doit être imminente; vingt cinq années d’existence est un temps largement suffisant pour donner à nos communes la latitude de s’occuper des problèmes administratifs de leurs localités.

Le retour organisé des réfugiés est un pas important sur la voie de la réparation des dommages du passif humanitaire, mais ce sont seulement des mesures fortes et concertées qui permettront de résoudre durablement les crises nées de cet état de fait.

La multiplication des gestes symboliques est nécessaire pour enraciner la culture d’un vouloir vivre ensemble codifié sur de nouvelles bases où les rôles impartis aux institutions de l’Etat et aux citoyens sont délimités afin d’asseoir une nation moderne, responsable, démocratique et libre. Le caractère, aujourd’hui, trop institutionnel des rapports entre l’Etat et les populations se caractérisant par un déficit de concertation et d’implication, ne permet pas que l’administration soit plus attentive aux pulsions d’une société en profonde mutation.

Nos acquis, tant sur le plan de l’unité nationale que sur celui de nos réalisations démocratiques, restent vulnérables et il convient de s’armer de courage et de lucidité pour reconnaitre l’insuffisance criante et prévoir bâtir un consensus fort autour de certaines questions nationales importantes pour assainir les bases de « La Reconstruction d’une Mauritanie Nouvelle ».


La reforme citoyenne.

La citoyenneté reste à construire en Mauritanie. Le modèle d’un citoyen jaloux de ses prérogatives et prêt à se battre pour conserver sa liberté et recouvrer ses droits est un stade de citoyenneté que nous n’avons malheureusement pas encore atteint. La démocratie dans son entendement social fait du citoyen une personne souveraine et respectée et les grandes démocraties se sont construites à travers des batailles d’idées centrées sur des projets de société reposant essentiellement sur la citoyenneté.

Dans notre pays, force est de constater que la redéfinition du contrat social se pose de plus en plus en raison d’une réelle crise de légitimité des institutions due au caractère obsolète du « contrat de confiance » entre l’Etat et le citoyen censé structurer tout fonctionnement démocratique. En effet, le dysfonctionnement des pratiques démocratiques, la permanence de certaines plaies encore ouvertes, le vouloir frauder, transgresser l’ordre et contourner la loi à tout prix et le sectarisme ambiant - qu’il soit ethnique, religieux ou culturel- freinent l’émergence d’une véritable citoyenneté et contribuent à la décomposition du ciment fédérateur national.

Ainsi, dans notre pays, le modernisme, le développement des communications et des infrastructures et le progrès de l’urbanisation n’ont pas encore permis d’ébaucher une société détribalisée, citoyenne et nationaliste.

Néanmoins, saluons le dynamisme de notre société civile au sein de la quelle les femmes ont trouvé d’ailleurs une scène d’expression et d’organisation. L’organisation de la société civile constitue donc un espoir là où les régimes conservent une capacité de redéploiement de leur pouvoir de coercition.

Sur un plan économique, la gouvernance dans notre pays doit être revue non plus à l’aune des institutions mais de la citoyenneté. Il faudrait donc placer le développement de la citoyenneté et des contrôles citoyens au centre des processus de la bonne gouvernance car la question de la citoyenneté doit être le critère pour vérifier que cette gouvernance fonctionne. Il ne faut pas, cependant, oublier que gouvernance n’est pas démocratie- le standard des règles peut varier d’un pays à un autre- et que l’Etat de droit est l’application du droit de cet état tel qu’il se l’est donné.

Or le contrôle du standard du niveau de démocratie d’un pays dépend bien du degré d’exigence de ses citoyens vis-à-vis de leurs institutions. Est-il possible, dès lors, de parvenir à un renforcement ou à l’émergence d’une citoyenneté participative ? C’est cet aspect là qu’il faut cultiver à l’avenir.

Sur un plan politique, le pacte de confiance entre l’Etat et la société doit donner naissance à un compromis entre celui qui gouverne et celui qui s’oppose à travers, tout d’abord, une concertation permanente sur les questions d’intérêt national et ensuite par la création d’un nouveau cadre légal exigeant un quota des nominations des opposants dans les emplois de la fonction publique et des sociétés d’Etat à un niveau permettant leur accession aux plus hautes sphères de la décision.

C’est de cette manière seulement que nous serons capable, non seulement, de rationnaliser notre administration mais de moraliser nos pratiques politiques et ainsi instaurer une nouvelle culture citoyenne. Les démocraties occidentales, dans un souci d’implication et de participation de toutes les forces politiques dans l’élaboration de la décision, ont inventé des processus où les minorités politiques sont présentes dans l’exercice du pouvoir. Le cabinet fantôme ou shadow cabinet en Angleterre est un exemple édifiant.

Pour notre cas, une démocratie avec une majorité qui gouverne et une opposition qui s’oppose n’est-elle pas une autre faiblesse de notre régime constitutionnel?

La réforme administrative.

En plus de l’adoption de la déclaration sur la décentralisation et le développement local, ainsi qu’un code des collectivités qui prévoit l’érection de la région au rang de collectivité locale, l’Etat doit favoriser la mise en œuvre d’une grande politique de réaménagement du territoire soucieuse de revoir de façon plus équitable le découpage administratif et régional. A cet égard, nous préconisons un redécoupage inspiré des spécifications socioéconomiques du pays et qui tienne compte des réalités culturelles des entités ainsi décentralisées.

Notre projection pour « La Reconstruction d’une Mauritanie Nouvelle» prévoit trois grandes régions résumant, en somme, la partition administrative du pays : une région à vocation industrielle au nord du pays (comprenant Nouadhibou, Tiris Zemour, l’Adrar et l’Inchiri), une autre à vocation agricole au sud (comprenant le Trarza, le Brakna, le Gorgol et leGuidimagha) et une troisième à vocation pastorale à l’est (comprenant, le Tagant, l’Assabaet les deux Hods).
Nouakchott demeurant une agglomération où résident les affaires politiques et administratives centralisées du pays. Une telle option mérite d’être approfondie et développée dans un processus politique prévoyant l’élection de conseils régionaux disposant de pouvoirs décentralisés pour la gestion des affaires courantes de la région.

La réforme institutionnelle.

Nos institutions sont-elles adaptées et capables de contribuer à la modernisation de notre société ? Sont-elles efficaces, utiles, suffisantes et pertinentes ? Nous estimons que les institutions dont nous nous sommes doté sont d’inspiration coloniale du XIX siècle - Etat jacobin avec les idéologies du centralisme administratif républicain - et par conséquent inadéquates quant aux exigences et aux aspirations de notre société.

S’agissant de l’exécutif, nous l’avons dit, la concentration de tous les pouvoirs en une seule main est source de dérives et de despotisme. Des réaménagements sont donc nécessaires tant sur le plan des responsabilités que sur celui des compétences. Le premier ministre, par exemple, qui est responsable aussi bien devant le Président de la République - qui le nomme - que devant le Parlement - qui vote sa politique - doit disposer de pouvoirs propres qu’il exercera suivant un programme économique et social et, en conséquence, il doit choisir la composition de son propre gouvernement qu’il soumet au vote du parlement.

S’agissant du législatif, le Sénat est un organe qui surcharge le pouvoir législatif aussi bien sur le plan de la représentativité (les sénateurs représentent les mêmes circonscriptions administratives que les députés) que sur celui du processus du vote (les lois sont votés dans les mêmes termes). Notre vision pour «La Reconstruction d’une Mauritanie Nouvelle »propose sa suppression, car le bicaméralisme est un luxe dont nous n’avons pas les moyens de se payer.

La mise en vacances du parlement deux tiers de l’année pose aussi le problème de la rationalisation de ces institutions qui apparaissent plus comme un ornement de la République que comme moyens de contrôle et de surveillance de l’action du gouvernement.

Une réforme du pouvoir judiciaire est aussi impérative dans un contexte d’ouverture et de partenariat avec le monde car l’insécurité juridique des affaires freine la croissance et altère les processus de développement économique. Un pouvoir judicaire indépendant est aussi un gage de l’épanouissement de nos libertés et de nos rêves.

S’agissant des autres institutions - constitutionnelles ou non -, « La Reconstruction d’une Mauritanie Nouvelle » suggère certains aménagements qui sont de nature à les rendre plus fonctionnelles et donc plus utiles :

• Le Conseil Economique et Social est une institution qui doit être convertie en un Conseil régional élu par les populations locales (suivant la logique du découpage administratif prévoyant trois grandes régions) et qui doit être une sorte de parlement régional acteur dans le développement local ;

• Le Haut Conseil Islamique doit faire ses preuves et donc prouver son utilité ou être dissous ;

• Le médiateur de la République est une institution importante qui a été vidée de sa consistance. Elle doit être dirigée par un conseil dont la composition doit revenir au Sénat, à l’Assemblée Nationale et à l’Institution de l’opposition pour répondre sans équivoque à sa véritable vocation;

• La CENI, dont l’organisation doit s’inspirer de la composition de la scène politique, est un instrument de la transparence électorale. Son rôle doit être élargit à l’organisation, la supervision et le contrôle des élections. Elle doit avoir un caractère permanent et non pas attendre que des consultations électorales soient convoquées pour être mise en place ;

• La HAPA, doit être le symbole du pouvoir qu’elle représente, celui de l’information. Elle doit être capable de garantir la liberté des médias et conduire le pays vers la libéralisation immédiate des ondes. Nous sommes le seul pays de la région ou peut être du monde à n’avoir qu’une seule radio et une seule chaîne de télévision et bientôt l’unique à avoir une agence d’information nationale et un titre apparaissant à son nom. La composition de la HAPA doit comprendre un représentant de l’institution de l’opposition démocratique pour garantir l’accès de l’opposition aux médias publics et permettre des débats contradictoires.

• L’Armée Nationale en fin, dont la présence sur la scène politique -tantôt acteur, tantôt instrument- a conditionné la trajectoire du pays pendant plus de trente ans, doit s’interdire constitutionnellement le jeu politique qui est du ressort des civils dans un état démocratique et se consacrer, une fois pour toutes, aux nobles missions qui lui sont assignées et ainsi définir le rôle qui doit lui être réservé dans les hautes sphères d’un pouvoir dont la légitimité revient désormais au peuple.

Notre vision de « La Reconstruction d’une Mauritanie Nouvelle» propose, au bout de ces constats divers, une réforme constitutionnelle majeure touchant toutes les facettes de la vie politique nationale. Elle passe bien sûr par le dialogue politique entre les différents acteurs. Dialogue, qui ne doit pas être seulement une revendication de l’opposition, mais au-delà, une nouvelle culture politique et citoyenne et une forme de civilité.

En effet l’évidente insuffisance de la communication politique, la carence du dialogue et de la concertation entre les formations politiques nationales, en leurs seins et entre elles et l’Etat, aussi bien dans la majorité qu’à l’opposition, et l’étouffement des nouvelles opinions pour ne pas dire le conformisme de la classe politique en général, sont de sérieux freins pour la mise en place de solides fondements d’une future reconstruction nationale.

Au-delà des thèmes développés plus haut, la réforme doit s’étendre sur des sujets comme le code électoral (associer les partis politiques et la société civile dans son élaboration), la proportionnelle (en limitant la diversité politique des conseils municipaux) et les conditions d’éligibilité (minimum d’instruction pour les maires, députés et sénateurs). Elle doit aussi toucher la question des candidatures indépendantes et des « changements de vestes » des élus politiques qui vont à l’encontre des nobles enseignements de la culture démocratique.

Aussi sur un plan social, la montée fulgurante des inégalités, l’urbanisation galopante et incontrôlée et l’émergence de nouvelles dynamiques sociales révolutionnant notre société, posent le problème de notre cohésion nationale et suggèrent la mise en place de mécanismes concertés pour la consolider et la renforcer.

En fin, le dernier constat de cette série, réside dans l’intégration nationale, sans la quelle, le développement se heurtera à de terribles difficultés et, en tout cas, se trouvera retardé. En effet, sans une véritable intégration économique, le sous développement, au lieu d’être un stade transitoire, risque d’être définitif.

L’unité nationale se déploie nécessairement dans la diversité au sein de laquelle nous devons trouver les fondements d’une intégration viable et durable. L’étouffement des élans de notre diversité engendre au sein de la société une profonde crise d’identité affaiblissant l’État et vouant à l’échec tout effort d’intégration économique ou politique.

Le grand défi de cette intégration est alors de trouver des formules permettant aux communautés de fleurir sans pour autant s’opposer à l’État, car, même faible, il reste une réalité incontournable.

Notre volonté pour « La Reconstruction d’une Mauritanie Nouvelle», consciente du rôle actif que l’Etat peut jouer dans l’intégration nationale, propose que soit attribuée aux trois grandes régions (suivant le redécoupage administratif préconisé plus haut) une souveraineté dans la gestion de leurs affaires économiques et sociales à travers une sorte de pouvoir régional. Alors seulement l’État pourrait-il s’engager efficacement dans la voie de l’intégration, dont les conditions passent obligatoirement par la promotion du local qui repose sur une conception plus communautaire que nationale de la souveraineté.


par Deddahi El Ghailani
28-11-2010

dimanche 21 novembre 2010

Dialogue majorité-opposition : éviter l'uniformisation politique

Toute opposition est par définition et forcément l'incarnation d'une certaine forme de la volonté populaire et partant d'une force morale aussi .A ce titre, Mrs Messaoud, Daddah, Mouloud, Sarr etc, entre autres dirigeants politiques de l'opposition, ont une responsabilité déterminante, quasiment une dette contractée auprès de leur électorat.

Base populaire qui, on ne le rappellera jamais assez, réverbère aussi les opinions de près de la moitié du peuple à quelques petits pourcentages près comme il est de mise dans toute démocratie saine et viable. Loin de moi l'intention de jeter les bases de quelque prétentieux « manuel du parfait opposant », toutefois certaines mises au point voire mises en garde s'imposeraient pour exiger de l'opposition l'exercice de la plénitude de ses droits et devoirs à la contradiction constructive positive. Contradiction constructive et positive qui ne pourrait avoir de portée significative que dans le cadre d'une opposition s'inscrivant résolument dans la durée et la constance dans les fondamentaux .Le fameux dialogue inclusif ne devrait pas être prétexte à uniformisation du binôme contrasté « majorité-opposition ».En effet, l'opposition n'a de cesse de réclamer voire d'exiger de la majorité présidentielle l'ouverture et cela conformément au dialogue inclusif prévu par une clause de l'Accord de Dakar .Clause devenue normalement rédhibitoire, passé le règlement de la crise .Cette exigence aurait, à mon sens, carrément les relents d'un appel en règle au monolithisme politique en vue du partage d'on ne saurait trop plus quel gâteau. .C'en serait vraiment à se demander à ce point, s'il y aurait encore de la place pour des hommes et des structures d'opposition crédibles dans notre jeune démocratie prématurément menacée par l'ennui fatal de la monotonie nivellatrice ?
Et cela rien que par la faute des automatismes récurrents quasi pavloviens de redéploiement autour et toujours en faveur des maîtres du pays du moment .Qu'on se le tienne bien pour dit, l'opposition n'est pas un vain mot et les partis d'opposition ne sont pas que du fourrage politique bradable et bazardable à volonté .Par conséquent, l'opposition doit s'opposer et la majorité doit gouverner et bien.Sans militer pour l'instauration de barrières infranchissables genre « Ligne Maginot fortifiée politique», il semblerait bien que l'avenir de toute démocratie plurielle impliquerait de fait une nette différenciation entre le camp de la majorité au pouvoir et celui de la minorité dans l'opposition .Toutefois cela n'exclurait pas la mise en place d'une sorte de pont-levis politique qui s 'ouvrirait et se fermerait au gré des avancées ou régressions du dialogue « majorité-opposition ».Logique .

Cela dit, il faudrait bien que les dirigeants politiques dits de l'opposition se fassent à l'idée que s'opposer ne se réduirait pas à des bouderies ou des fâcheries ponctuelles et conjoncturelles .Le rôle ou plutôt le métier d'opposant est une vocation voire une occupation à temps plein qui demanderait de la suite dans les idées, une bonne dose de cohérence et surtout de la constance. Il n'est de réelle démocratie plurielle sans opposition persévérante, constante et pugnace même dans l'adversité .En l'espèce, il serait permis de tout reprocher à Ould Daddah et à « son parti » sauf l'inconstance et le manque de fidélité dans les fondamentaux, heureusement du reste .En effet, à défaut de vraiment pécher par excès de suite dans les idées, Mr Daddah aurait comme des idées...fixes, ceci expliquant cela sans doute .Mais une autre paire de manches vraiment que les ressorts qui mouvraient Daddah et «son RFD» puisqu'il semblerait qu'il en aurait bien un, à lui tout seul, qui lui est toujours resté fidèle et dévoué malgré les intempéries et turbulences politiques de tous ordres .A la vie, à la mort. Normal.

En revanche et tout curieusement, les éléphants de la Tayie s'avèrent être les plus obstinés, résolus et bien empressés .Leur insistance à s'incruster dans la nouvelle majorité revient invariablement en leit motiv obsessif comme le ressac régulier d'une mer agitée dégorgeant toutes sortes de rebuts inqualifiables .Cette engeance blanchie sous le harnais de la concussion serait avant tout soucieuse de tirer les marrons du feu en toutes circonstances sous les dehors de l'exigence d'ouverture politique .De principes et de constance, elle semblerait n'en avoir cure .D'où les typiques atonie et mollesse voire l'alignement de leur discours contradictoire de pseudo opposants .C'est le cas d'Adil, Wiam, Tawassoul et de bien d'autres partis et partillons de la nébuleuse de l'opposition etc... En fait ils se comporteraient comme autant de lests plombants et naufrageants pour la démocratie .La COD s'effiloche sous l'effet du mimétisme de la ruée vers les verts pâturages de la majorité présidentielle .Les tentations sont grandes .

L'opposition doit s'opposer et la majorité doit gouverner c'est la règle en démocratie .Sarkozy ne s'y est pas trompé en s'en tenant stricto sensu aux caciques de l'UMP pour la formation de son nouveau gouvernement Fillon-bis .Exit, sans ménagements excessifs, l'ouverture, Kouchner, Borloo, Morin, Amara and co dans l'ultime ligne droite de son mandat .A ce titre l'on ne saurait donc faire grief au président Ould Abdel Aziz de se reposer d'abord sur son propre camp pour réaliser son programme .Ce faisant il ne fermerait pas forcément la porte du dialogue comme de soutenu par une certaine opposition qui confondrait dialogue et conversion automatique .

Il y aurait bien des moyens de dialoguer positivement tout en cantonnant chaque partie sur ses propres terres .L'un n'exclue pas l'autre, c'est cela l'essence même de tout échange constructif .Il en va de la démocratie comme de la science ou presque qui progresse en se remettant inlassablement en cause .Or sans opposition active et tranchée il n'y a pas de contradiction possible et partant pas de pluralité démocratique, l'une ne va pas sans l'autre .Une classe politique normalisée et standardisée à coups de ralliements et de retournements divers serait tout banalement l'antichambre de la dictature qui ne fait jamais de place à la diversité .Et ce n'est pas cela l'objectif recherché en démocratie .

En conclusion il serait bien possible de jeter des ponts et des passerelles entre la majorité au pouvoir et la minorité dans l'opposition sans tomber pour autant dans la tentation facile et confortable de l'uniformisme politique .Cela ne serait ni dans l'intérêt de la majorité ni dans celui de la crédibilité de l'opposition et partant encore moins dans celui de notre démocratie plurielle émergente .Donc, pour éviter d'en arriver à l'extrémité de l'homogénéité fade, sans saveur et fatale, il serait à souhaiter que ceux des hommes politiques talonnés par le poids des années égrenées par le sablier de la vie qui passe ou par l'appétit frénétique transmettent enfin le témoin à d'autres plus jeunes, frais et à l'haleine suffisamment longue pour mener à terme le combat d'une opposition crédible s'inscrivant vraiment dans la durée et la constance dans les fondamentaux, pour de vrai .A l'impossible nul n'est tenu ./.

Publié par Khalil Balla Gueye



samedi 20 novembre 2010

Les jeunes dirigeants remettent en cause les traditions en Mauritanie

Les membres de ce qu'il convient d'appeler la "Génération Facebook" doivent lutter contre la notion traditionnelle selon laquelle c'est l'âge qui détermine les aptitudes. Les jeunes de Mauritanie sont prêts à prendre les commandes. Ils prennent de plus en plus de responsabilités, défiant l'opinion traditionnelle selon laquelle "les anciens ont toujours de meilleures capacités que les jeunes", quelles que soient leurs compétences.

Aujourd'hui, de nombreux Mauritaniens âgés d'une vingtaine d'années sont professeurs à l'université, médecins, ingénieurs, responsables militaires, journalistes et même chefs de partis politiques face à des responsables politiques plus âgés. Certains analystes voient ce phénomène comme "un signe fort du besoin de revoir l'héritage culturel local".

Jiddou Ould Ahmed, président de l'Union des jeunes démocrates (UJD), a expliqué à Magharebia que son parti cherche à supprimer "toutes les coutumes et les attitudes qui marginalisent les jeunes, notamment l'idée selon laquelle les jeunes ne sont pas qualifiés pour diriger du fait de leur âge, et que les leaders plus âgés seront toujours meilleurs".



"La majorité des jeunes dans la Mauritanie d'aujourd'hui sont diplômés des universités et d'instituts nationaux et internationaux, tandis que l'ancienne génération ne dispose pas des mêmes qualifications et que ses membres n'ont, pour la plupart, reçu aucun enseignement universitaire", a expliqué Ould Ahmed.

"La nouvelle génération est prête à traiter avec l'ancienne avec tout le respect et l'appréciation nécessaires, au-delà des idées préconçues", a expliqué le président de l'UJD. "Nous leur apportons de l'énergie et ils nous apportent leur expérience."

Ould Ahmed a expliqué chercher à "renouveler la classe politique dans le pays et à ce que les jeunes soient plus présents au parlement et au gouvernement, ainsi qu'à plusieurs postes de décision". "Nous savons que certains jeunes peuvent considérer la voie de l'extrémisme par suite de leur marginalisation par l'ancienne génération, et c'est la raison pour laquelle nous cherchons à construire une couche sociale de jeunes aux idées libérales", a-t-il expliqué à Magharebia.

Mais tous les membres de l'ancienne génération ne sont pas pour autant disposés à confier aux jeunes les clés du pouvoir. "La responsabilité est une chose importante, qui demande une maturité qu'une personne ne peut avoir avant l'âge de 40 ans", a déclaré l'administrateur Dah Ould Mohamed, âgé de 58 ans. "Les jeunes se caractérisent par leur témérité, leur caractère impulsif, leur passion et leur amour de l'aventure, qui ne sont pas des choses désirables en matière de leadership et peuvent avoir des conséquences catastrophiques."

"L'ancienne génération est sage et possède une riche expérience qui la rend plus sensible aux diverses dimensions de la prise de décision et de l'adoption de positions en situation d'urgence", a-t-il ajouté. "Le fait que les jeunes aient un bon niveau d'éducation, qui soit de qualité, ne leur permet pas de prendre le statut de l'ancienne génération qui a porté et porte encore la nation mauritanienne."

Lemrabott Ould Lemine, étudiant en sociologie, a expliqué à Magharebia qu'il est normal qu'existe une sorte de conflit entre les deux générations, parce que la génération de l'Indépendance est celle qui tient les rênes des diverses institutions en Mauritanie, créant un sentiment d'injustice parmi les jeunes qui sont impatients de diriger.

"Par essence, la culture mauritanienne a tendance à glorifier les anciens et à dénigrer les jeunes et leurs rêves, et il est probable que de nombreux adages populaires témoignent encore de cette mentalité, a-t-il expliqué. "Par exemple, un proverbe affirme : "Une personne âgée courbée peut voir des choses qu'une personne jeune bien droite ne peut voir", voulant dire que la bonne vision des choses revient aux anciens, et non l'inverse", a-t-il ajouté.

Mariam Mint Elbou, une historienne, explique cette question d'un point de vue historique, en affirmant que cette différence est due aux modifications des conditions de vie., "Le problème est que la communauté a été déplacée du désert vers les villes, et que le style de vie a changé, mais pas les mentalités. Dans l'inconscient collectif, les anciens restent la pierre angulaire de toute mobilité sociale, économique et même du développement, et l'image des jeunes reste celle qu'ils avaient dans le désert il y a des décennies."

"Le chômage en Mauritanie frappe toujours dans les rangs des jeunes, et non des anciens, un phénomène qu'il convient d'étudier comme moyen de contenir certaines mentalités qui n'ont pas leur place dans le développement économique et social de l'Etat mauritanien", a-t-elle ajouté.

Par Mohamed Yahya Ould Abdel Wedoud pour Magharebia à Nouakchott

mardi 9 novembre 2010

Interview de Brahim ould Bilal ould Abeid

1) A.H.M.E.: Bonjour Brahim Ould Bilal Ould Abeid. Les lecteurs de notre site www.haratine.com ne vous connaissent peut-être pas assez. Si ce n'est à travers vos articles déjà publiés. On sait que vous êtes professeur de Philosophie et vice président de l’Association SOS-discriminés. Présentez vous à nos lecteurs ?


Brahim Ould Bilal Ould Abeid : Je suis professeur de philosophie depuis 1987. Comme preuve palpable de l’injustice que nous vivons, je tiens toujours la craie, alors que mes élèves Maures, ou, du moins le peu qui en restent encore dans ce secteur, viennent sans gêne m’inspecter dans mes salles de classe! J’appartiens à El Hor, mais je ne suis pas à APP, malgré les bonnes relations que j’entretienne avec ses différents cadres. Je précise, à l’occasion que El Hor n’a jamais été une organisation ni une formation mais, une mouvance ou plus exactement une conscience. J’avais commencé à approcher mes semblables dans cette mouvance depuis les années 80.
J’ai servi le mouvement à Rosso, Aleg, Boghé Noukchott et bien entendu à Boutilimit, ma ville natale. J’ai assisté activement à la création de AC (Action pour le Changement) qui était pour moi la première consécration de cette conscience devenue le cadre idéal dans lequel les Hratines de tous bords pouvaient y voir leur image et trouver leurs comptes. Je me disais, à l’époque désormais, personne ne pouvait rien imposer aux Haratines, ni les exclure. Hélas très vite je suis tombé des nues. Ce que je croyais impossible est devenu vrai. Et ironie du sort, C’est moi-même qui l’ai subi. On m’a exclu purement et simplement par mes aînés lesquels me reprochaient de porter la contradiction, sur des sujets d’ordre organisationnel et stratégique. J’étais surpris. C’est normal, car pour la première fois je me rendais à l’évidence que nos dirigeants sont allergiques aux critiques et réfractaires au débat intellectuel et politique que requière l’implication de l’intelligentsia, en général, et des cadres, en particulier. Ainsi peu à peu, les intellectuels furent bannis les uns après les autres, à la suite de plusieurs campagnes de chasse à la sorcière dont la plus illustre était celle de 1998 consacrée par la ferme décision de renvoyer tous les récalcitrants, notamment, le groupe de cadres auquel j’appartenais. Ainsi avons-nous été expulsés de AC par la simple volonté du boss, parait-il. C’était - dit-on - pour faire plaisir à un de ses plus fidèles lieutenant et ce, face l’impuissance des autres membres de la « qiyada).

C’est parce que nous avions la ferme volonté de rester à l’opposition que nous avions rejoint l’UFD/EN qui deviendra, peu après notre arrivée, le RFD. Par cette décision courageuse, nous constitutions le premier groupe de cadres, dans l’histoire de la très jeune démocratie mauritanienne qui quitte un parti de l’opposition pour aller vers un autre de l’opposition. Ce parti constitue aujourd’hui le cadre auquel mon groupe politique et moi appartenons et nous y représentons El Hor !







2) A.H.M.E. : Vous êtes membre fondateur de SOS-Discrimés. Parlez-nous de ses buts et de ses activités.

B. O.B.A. : La naissance de SOS DISCRIMINES dont l’objectif est de créer des références pour la jeunesse mauritanienne se justifie essentiellement par deux raisons :


Une forte volonté de dépolitiser la Société Civile mauritanienne. Car il faudrait absolument couper le cordon ombilical avec les partis politiques. D’où notre cadre strictement apolitique qui a permis de fédérer plusieurs bonnes volontés de différents horizons autour de cet ambitieux projet.


la nécessité de mener des actions concrètes en faveur de ceux qui sont victimes de discriminations. Ainsi, des centaines d’élèves en classe de terminale seront-ils entièrement pris en charge pour lutter contre l’échec scolaire. D’autres actions sont également entreprises, notamment, le renforcement des capacités des ONG absentes dans les medias malgré leur travail énorme auprès des victimes (formations, mise en place de sites Internet, médiatisation de leurs activités, etc.). Un prix est décerné, chaque année, à l’homme ou à la femme qui se serait illustré(e) dans le domaine de la lutte contre les discriminations. Cette initiative contribuera sans nul doute à faire sortir de l’anonymat ces milliers de bénévoles, complètement méconnus du grand public

Je remarque, au passage, que nos activités programmées pour l’année 2010 n’on pu être exécutées pour des raisons internes, et indépendantes de notre volonté. Nous envisageons de les reprendre d’ici peu et peut-être sous une nouvelle formule !



3) A.H.M.E. : Les Abid (sclaves) et les Haratine (Affranchis) étaient et demeurent toujours exclus de l'enseignement traditionnel et dans une large mesure de l'enseignement moderne. Certains Adwaba (Villages haratine) sont plus peuplés que des grandes et des moyennes villes de Mauritanie. Et pourtant, souvent ces villages sont dépourvus d'écoles, de collèges et de lycées.

Décrivez-nous la situation de l'enseignement dans les milieux haratine qu'il s'agisse des Adwaba, des quartiers ou villes à prédominance haratine ou les Kebba (bidonvilles), etc. ?

B. O.B.A.: L’enseignement dans ces zones est un véritable laisser-aller et laisser-faire. Rien ne motive les enseignants à vivre dans cette misère, lot quotidien des Haratines des Adwabas et autres bidonvilles des banlieues où le niveau de déperdition atteint son apogée. Certaines écoles sont sabotées par l’administration Beydane sous les auspices du système dominant parce que ces nègres marron n’acceptent plus de suivre les maîtres. Pour la petite histoire, en 2001, le village de Daghveg (Boghé) a obtenu l’appui d’un volontaire du corps de la paix américain pour la construction de leur école. Le Hakem de Boghé dont dépend le village ne s’est pas gêné d’affecter l’enseignant, l’envoyant chez-lui à Male. Pourtant cet abus de pouvoir est resté impuni !

Les problèmes qui affectent l’enseignement tout comme la propriété terrienne et beaucoup d’autres domaines encore persisteront parce que les commis d’Etat sont recrutés parmi les esclavagistes. Ce sont les maîtres d’esclaves qui sont aujourd’hui promus walis, Hakem, chef d’arrondissement, Cadi. Donc auprès de qui faut-il vraiment porter plainte ? Un maître qui est à la fois juge et parti ? Où réside alors le salut !



4) A.H.M.E. : A partir du régime de Ould Taya, la thèse de tous les pouvoirs réside dans la négation de l'esclavage et la reconnaissance des séquelles de celui-ci. Quel jugement portez-vous sur cette attitude ?


B. O.B.A.: C’est une fuite en avant qui ne convainc personne. Et pourtant on revient toujours pour abolir de nouveau l’esclavage. Un mythe de Sisyphe aussi usant qu’absurde et qui se révèle d’autant plus risible que baroque. Comptez avec moi : Tout d’abord, la constitution de 1961qui avait timidement reconnu l’égalité des hommes devant la loi, Puis l’ordonnance de 1981 abolissant l’esclavage suite au fameux procès de Rosso ; ensuite, l’interdiction de la vente des personnes en 1998 ; enfin, la loi criminalisant toute pratique esclavagiste en 2007. Tout cela et on continue à dire, contre vents et marées, qu’il n’y en a que des séquelles ! Quelle contradiction ? Mais, on n’a pas honte !!! Non ! chez nous le ridicule ne tue pas. Demain encore, il y aura une autre loi. Dieu sait comment ils la baptiseront !

Les cas d’esclavage avérés présentés aujourd’hui (Oum el kheyr de Yaghref et son affaire avec Colonel Viyyah, Mohamed de Bassiknou et ses dix enfants pris en otages par des maîtres toujours en cavale, mais aussi le cas le plus récent (Octobre 2010), en l’occurrence, celui de Aichetou et sa famille, esclaves de Ould El Veyjeh (Rosso)) sont tout à fait frappants. S’il n’y a qu’un seul esclave, l’esclavage existe encore. Qu’en est-il, cependant, quand il ne se passe deux à trois mois sans qu’un nouveau cas d’esclavage avéré ne soit présenté à l’opinion. Il y a, hélas, des centaines de milliers d’esclaves qui sont reclus, assujettis, à travers la Mauritanie. Les esclaves existent partout : à l’intérieur du pays, dans la Mauritanie profonde, à Nouakchott, notamment dans les luxueux palais des Ministres, des hauts fonctionnaires de la République, des Maures. Quand vous visitez n’importe quelle maison à Tevragh Zeina (quartier chic de Nouakchott), la petite personne noire qui vous ouvrira la porte est une esclave amenée par la femme. Le boy est un esclave asservi sous une autre forme. C’est le cas du chauffeur, du cuisinier même les plantons qui sont aux bureaux ! Gare à celui qui quitte ses anciens maîtres. On lui notifie que plus rien ne sera comme avant, qu’il ne jouira plus de droits, que plus jamais on ne lui réglera un problème, qu’il ne sera plus à l’abri de bavures policières ou autres. On lui dit qu’esclave marron, il n’a plus le droit aux soins ni au travail, ni encore à un lopin de terre. On lui crie dans le nez que ses enfants n’auront plus droit au cas où ils auront décroché leurs baccalauréats une bourse en Libye ou en Syrie, les seuls pays disponibles pour les bacheliers Haratines ; car les bacheliers Maures n’en veulent pas.

Voila ce que j’appelle, moi, séquelles de l’esclavage. Quand tous les gouverneurs sont des esclavagistes ainsi que les Hakems et les Cadis, quand toutes les faveurs sont entre les mains des esclavagistes on peut parler de séquelles. Et pour longtemps encore ! C’est normal parce qu’en réalité l’Etat Mauritanien signifie un legs d’infamie qui a pour nom des séquelles tarabiscotées sur fond d’esclavage.



5) A.H.M.E. : Le régime de Ould Abdel Aziz se singularise par le fait d'ignorer la communauté haratine dans ses discours et dans les programmes politiques. Percevez-vous cette singularité et que vous inspire-t-elle ?


B. O.B.A. : Pour moi, le régime actuel est le simple clonage du système de Taya, particulièrement en ce qui concerne la question des Haratines. Voila comment ces derniers se présentent sur l’échiquier de la hiérarchie administrative : 3 Ministres / 30, 1 wali / 13, 1Hakem sur 54, 1 et j’ai honte de continuer la longue liste d’énumération insultante qui n’épargne aucun domaine socioprofessionnelle, paramilitaire et même militaire. La nomination de mon condisciple et camarade de promotion comme ambassadeur à Genève nous rappelle exactement O. Taya qui avait nommé un Haratin à Washington pour desservir la cause des esclaves et anciens. Ainsi, à chaque fois que Biram arrivera à Genève il sera accueilli par la voix rouée de Zahav qui se plait dans son rôle de cache sexe. Bref, Aziz est un vrai élève de Taya lequel a longtemps essayé de tromper les Mauritaniens naïfs. Il ne daignera guère éradiquer l’esclavage parce qu’il est investi de la mission de sauver le système dominant dont il se sert. C’est son réservoir de grands électeurs accrochés à leurs privilèges indus et ataviques lesquels tirent leur raison d’être de l’entretien et la pérennisation des pratiques esclavagistes. En effet, sans un tel environnement, Kaba ne sera plus notable disposant des clefs de Kankoussa, peuplée à 90% d’esclaves. Idem pour Barkéole, Moudjeria, Rkiz, Tidjigja, Amourj et la liste est très longue ! Cette vieille nouvelle démarche prouve que Ould Abdel Aziz est, jusqu’à la preuve du contraire, insensible à la question Haratine.





6) A.H.M.E. : L’Assemblée Nationale a voté une loi en 2007 incriminant les pratiques esclavagistes sur l’ensemble du territoire national. Cette loi est-elle appliquée par les Autorités mauritaniennes ? Et quelles sont les causes de son inapplication ?
B. O.B.A. : Cette loi n’est pas du tout appliquée et ne le sera jamais tant que ceux qui sont choisis pour la mettre en œuvre sont, eux-mêmes, des esclavagistes distingués. Comme je l’ai dit haut, et je ne le dirai jamais assez , aussi longtemps que les hakems, les walis et les cadis resteront exclusivement des maures comme maintenant, donc juges et parties, il y a rien à espérer. La loi restera lettre morte.

Il n’y a aucune volonté de changement. Le racisme d’Etat tel que nous le vivons aujourd’hui est de toute évidence incompatible avec une quelconque reforme. L’Etat Mauritanien est un état esclavagiste et la place qu’occupent les esclaves est la même qu’ils ont toujours occupé dans la tribu et les fractions tribales. Et l’esclave-Zoulou, le résigné qui dénonce les esclaves marron profite de la largesse de ses maîtres et l’histoire le retient comme quelqu’un de «bon». Voila les rôles joués par les grandes familles historiques, Chioukh edebaye, c’est-à-dire les secrétaires des chefs des tribus. Ce sont ces outils auxquels s’identifie Bodiel Ould Houmeïtt en parlant de Haratine n’ayant jamais vécu l’esclavage. Mais ce qu’il oublie est que les Haratines de Tendgha étaient tous esclaves. Ils n’eurent leur liberté qu’à la suite d’une scission où ils ont vaincu leurs maîtres avant de s’en aller et peupler la côte maritime. Quant à Dina dont les fesses ne sont sorties de l’eau qu’après avoir cassé la grève de 1990, contre le juteux poste de SG de l’UTM. Son statut d’être libre et son rang de notable sont tributaires de faits historiques que nous connaissons. Rien ne peut dire qu’il n’a jamais connu les affres de l’esclavage. C’est le cas aussi d’Ehel Sbaghou et, surtout, Ehel Hommoddy que Monsieur Boïdiel cite comme étant les prototypes de Haratine jamais soumis à l’esclavage. Boïdiel ignore l’histoire des tribus et celle de l’esclavage. Ni sa richesse ni le mariage de ses sœurs à des Beydhanes ne pourront faire oublier son passé. Cela est d’autant plus que ces ex-maîtres existent. Il y en a même qui le lui ont rappelé un jour lors d’une des bouillantes campagnes d’implantation du PRDS. Il y a une minorité de Haratine qu’on appelle Khadhara qui n’ont jamais été soumis, mais Boïdiel et ceux-là qu’il a cités n’en font partie. Ces Khadhara ne représentent pas 1 % des Haratines. C’est l’exception qui confirme la règle.

Aujourd’hui, les Haratines qui refusent le statu quo se retrouvent sous embargo parfois même, du fait de leurs semblables voire leurs cousins.





7) A.H.M.E. : Les pouvoirs en Mauritanie, la Féodalité, les tendances nationalistes maures, les partis politiques... défendent l'arabité des Haratine. Quel est votre point de vue sur ce sujet ? L'arabité des Haratine peut-elle contribuer à leur affranchissement et à leur émancipation ?
B. O.B.A.: Je ne peux pas concevoir le fait que les Haratines soient toujours considérés des sujets, des mineurs pour qui on doit décider. Les maures avaient œuvré à nous réduire à l’esclavage et quant ils se sont rendus compte que nous n’acceptons plus l’exploitation, ils s’orientent maintenant vers d’autres méthodes visant notre instrumentalisation. Ils s’évertuent à décider à notre place ce que nous sommes. Ce sont eux et pas nous qui décidons de notre arabité. C’est à eux de dire que nous ne sommes pas nègre ni même mulâtre. Ils rejettent en bloc nos choix, nos différences, nos particularités. Notre identité, ce sont eux, toujours comme hier, qui doivent en décider. Mais, au nom de quoi ? Oublient-ils que nous ne sommes plus les moutons de panurge que nous fûmes ? Arabes pour justifier leur entreprise hégémoniste. Jamais ! Parce que cette arabité (li haajetin vi nefsi ya’quba) est le fruit de manœuvres politiciennes visant notre phagocytose et la minorisation des Négro-africains ! La vérité est que nous ne sommes ni arabes ni négro-africains. Nous sommes Haratines, c'est-à-dire, un trait d’union entre les arabes et les Negro mauritaniens. Un produit inédit. Nous sommes historiquement Négro-africains, noirs de race et culturellement négro- arabo-berbère. Nous nous assumons sans complexe aucun. Le Haratine n’est pas un affranchi tel que la mémoire collective des maîtres tient à nous définir. C’est des hommes qui, à travers le temps, ont su se distinguer par l’apprivoisement de la terre, par la culture. Les Haratines sont partout, dans tous les pays voisins de la Mauritanie : le Sénégal, le Mali, le Maroc, l’Algérie et le Niger... Nous avons des parentés avec les Darfouri. Je lance un appel à tous les haratines de la zone, ainsi qu’à tous les anciens esclaves dans les milieux négro-africains de s’unir et créer le Sahel des Haratines.

Nous sommes un résultat historique de la jahiliya, je veux dire, la période antéislamique, celle qui a duré des siècles de domination anarchique et vandalle des arabo-berbères de la Mauritanie... Pourquoi ceux qui tiennent à tout prix à nous coller l’étiquette d’arabité ne se rappellent-ils pas qu’ils sont en quête de cette arabité et (vaqidu ishshey ‘i la yu’tihi), celui qui n’a pas la chose ne peut pas la donner.





8) A.H.M.E. : Les Haratine sont partagés entre les tribus maures. Le système tribal assure leur isolement et empêche leur solidarité. Peut-on arriver à la libération des Haratine sans déconstruire le système tribal qui secrète leur asservissement ?
B. O.B.A. : Il faut impérativement déconstruire le système tribal que les maîtres veulent utiliser en guise d’instrumentalisation. Une nouvelle forme d’esclavage est en train de s’instaurer. Elle réside dans les tentatives velléitaires des maîtres de jouer le rôle d’intermédiaire entre les Haratines et l’Etat. Voila ce que nous appelons le racisme d’Etat. Les Haratines n’ont pas droit à la propriété terrienne. Du fait que celle-ci appartient à la tribu, seuls les nobles en disposent. Pire, le foncier s’utilise comme moyen de chantage sur les Haratines pour les maintenir dans la soumission. Nous, Haratines, nous n’avons pas besoin de tribu mais d’un Etat républicain. Or cela demande une refonte générale de la société et une reconstruction sur de nouvelles bases. Car l’Etat Mauritanien est fondé sur l’esclavage, c’est un Etat esclavagiste !





9) A.H.M.E. : Les Oulémas sont très remontés contre les abolitionnistes. Il y a eu des prêches assez virulents à l'endroit des militants de l'IRA- Mauritanie. Quel est le but de cette offensive des Imams ?

B. O.B.A. : Les Oulémas sont des intouchables. Ils portent l’habit de la religion. Mais, l’état des lieux montre qu’ils sont responsables de cet esclavage. Ce sont, en fait, eux qui l’on légiféré, légitimé et perpétué des siècles durant par une jurisprudence issue de falsification des textes. Plus grave encore, ils persévèrent. Nuls remords. C’est dire qu’ils sont loin d’être prêts à rectifier le tir. Puisque tel est le cas je me demande qu’est ce qu’ils peuvent attendre de nous. Le clergé est le premier responsable de notre situation. Biram a parfaitement raison de toucher cette fibre ! Je partage entièrement son point de vue ! Et j’appelle les haratines à étudier la religion pour montrer les âneries de ces Oulemas et leur hypocrisie, à l’exception du très vénéré Mohamed Ould Sidiya Yahya.



10) A.H.M.E. : A l'adresse des Haratine, le pouvoir en Mauritanie est double. Il y a l'Etat et la Féodalité maure. Une solidarité ethnique et politique existe entre ces deux pôles. Quelle stratégie adopter pour aboutir à l'abolition de l'esclavage et du racisme ?

B. O.B.A.: Vous avez tout dit, c’est une solidarité ethnique et politique entre l’Etat et la féodalité maure qui existe. L’un et l’autre sont deux faces pour une monnaie. Tous deux oeuvrent pour le maintien du statu quo. Voila comment l’Etat mauritanien fut fondé. La stratégie à adopter pour abolir l’esclavage passe par une lutte sans merci afin d’ébranler les fondements de cette solidarité. Il faut remettre en cause la place de ces Oulémas faux dévots, dénoncer le partage inégal des richesses de ce pays, combattre cette solidarité et la détruire définitivement. Je pense qu’il y a des cadres Hartines qui ont pris leur destin en main et ils sont déterminés à combattre ce système anachronique. Je lance un vibrant appel à la jeunesse Haratine pour s’assumer et prendre le taureau par les cornes : “Dieu ne changera pas le destin des gens tant qu’ils ne changent eux même ce qui est dans leurs propres âmes” !



11) A.H.M.E. : L'Etat mauritanien, la féodalité maure, les nationalistes arabo-berbére jouent beaucoup sur la comparaison entre l'esclavage négro-mauritanien et le leur pour conforter leur inertie face à l'abolition.
D'abord, donnez-nous votre lecture de l'esclavage négro-mauritanien ? Ensuite est-il comparable avec l'esclavage maure ?

B. O.B.A. : L’esclavage est un crime contre l’humanité et il existe sous toutes les formes et dans tous les milieux y compris celui des Négro- africains mauritaniens. Présentement, il y a une affaire d’esclavage à Diaguily où une coopérative d’anciens esclaves s’est vue refuser la réception d’un financement qui lui était destinée. La raison est que les maîtres réclamaient la possession de la terre bien que c’étaient les esclaves qui la mettaient en valeur. L’esclavage tel qu’il est pratiqué chez les Négro-africains est certes archaïque et abject. Mais il ne saurait aucunement cacher l’ampleur de l’esclavage chez les maures. Ne serait-ce qu’à cause du poids démographique des haratines (esclaves de fait et de naissance) qui font à eux seuls plus de 50% de la population nationale ; alors que les Négro-africains mauritaniens, toutes castes confondues, en font 25%, à peu près, a égalité inconfortable avec les maures, et je pèse mes mots !



12) A.H.M.E. : Le fait que plusieurs ONG, Associations, Forces syndicales, Mouvements et Partis politiques s'occupent de l'abolition de l'esclavage maure, constitue, de notre point de vue, un progrès important. La tâche est immense et les ennemis de notre cause sont nombreux et puissants (Etat, Féodalité, Partis et Mouvements nationalistes arabo-berbéres ...)
La seule condition objective est de ne pas être une création et une manipulation des ennemis de l'abolition effective. Dites-nous votre approche sur ce sujet

B. O.B.A. : Cet ensemble divers et multiples que vous évoquez qui prend à bras le corps nos problèmes, c’est la somme des résultats palpables de notre lutte, à nous tous ! Même ceux qui sont contre nous, nous les servons. Ils en sont tous conscients. Notre lutte a toujours été une occasion pour des Haratines résignés de profiter. On peut en citer le combat de Messoud, Boubacar et les autres camarades contre l’esclavage et l’exclusion qui a entraîné la promotion des noms tels que Sghair, Med Ould Haymer, Boïdiel, Ould Merzoug, Ould Zahaf et bien d’autres. Aujourd’hui, notre combat profite à une nouvelle génération de cadres Haratine, caisse de résonance de la féodalité maure (les directeurs de l’habitat, de la fonction publique…). Nous en sommes conscients. Mais, le chien aboie la caravane passe !

On dit souvent que les cadres Haratines font de l’esclavage un fond de commerce. Ce qui est totalement faux. La réalité est que c’est l’Etat mauritanien qui fait de l’esclavage un fonds de commerce et, ce par la distribution des postes et le simulacre de lutte contre la pauvreté et l’ignorance exploitées auprès des bailleurs pour obtenir des subventions et des financements au préjudice des haratines éternellement maintenus dans l’exclusion et l’indigence !



13) A.H.M.E. : D'aucuns estiment que la discrimination positive dans le cadre d'une abolition réelle de l'esclavage est une solution à l'adresse des Esclaves et des Haratine. Que pensez-vous de cette idée ?

B. O.B.A. : Pour éradiquer complètement l’esclavage et traiter conséquemment ses séquelles il faut de mon point de vue trois choses essentielles :

1- Une demande d’excuses présentée publiquement par le Président de la République au nom de tout le peuple mauritanien pour l’ensemble des crimes liés à l’esclavage perpétré en Mauritanie. Cela doit être au cours d’une cérémonie officielle à laquelle assistent les faqihs, imams et autres théologiens membres du clergé ayant, des siècles durant et pendant cinq décennies d’indépendance, entretenu les pratiques de l’esclavage et leurs corollaires, à travers la légalisation de cette barbarie séculaire loin de toute condamnation éventuelle, ne serait-ce que des bouts des lèvres ;

2- Conception et mise en œuvre d’une politique claire basée sur la discrimination positive dans tous les domaines socioéconomiques et professionnels, à l’instar de l’éducation, la santé, la fonction publique, le secteur informel (agriculture, petite et moyenne entreprise). Ouvrir grandement la porte à cette couche sociale et assurer rapidement son intégration dont le gage de bonne volonté réside dans la révision systématique des critères de nomination souscrits encore aux lois de l’hégémonie maure et dont les cadres Haratines sont les seuls à en faire les frais.

3- Réparation des esclaves et anciens esclaves contre plusieurs siècles d’exploitation inique, somme toute, responsable de leur misère économique et leur retard intellectuel. Ce qui ne saurait se faire sans la distribution d’enveloppes financières mais également, et surtout, l’attribution à titre individuel des titres fonciers.



14) A.H.M.E. : La Constitution mauritanienne ignore la communauté haratine. Cependant, elle évoque les Arabes et les Négro-mauritaniens. Les Berbères se considèrent comme des Arabes. Les Haratine, groupe prédominant au plan démographique et ayant ses spécificités historiques, peuvent-il se libérer de l'esclavage et du racisme sans être pris en compte dans la loi Suprême de la Nation, à savoir la Constitution ?

B. O.B.A. : Notre lutte a pour fin de consacrer notre existence dont la condition sine qua non est la reconnaissance officielle de notre identité. Tôt ou tard la constitution reconnaîtra les Haratines comme étant une communauté qui a ses spécificités propres. Pour cela il faudrait que nous, intellectuels, sachions que notre combat n’est pas uniquement sur le plan politique ou des droits de l’homme, mais aussi sur le front culturel. Voilà le devoir qui incombe à notre intelligentsia : Professeurs, chercheurs, sociologues, linguistes… Pour cela nous nous devons de transférer, comme vous l’avez exactement compris, le combat sur le terrain médiatique et nous intéresser à la presse pour diffuser notre discours et faire entendre nos exigences.

La loi dont vous parlez est taillée sur mesure par ceux qui l’ont élaborée. Ils se considèrent arabes. C’est leur choix. Il est de notre devoir de le respecter. En revanche il est de leur devoir de respecter le notre. En effet, vouloir imposer nous leur propre volonté, c’est inadmissible. C’est une absurdité monstrueuse que nous combattons. Car il n’y a que nous-mêmes qui devions décider ce que nous sommes.

Pour le moment les efforts sont concentrés sur l’éradication totale et conséquente de l’esclavage ; sur la lutte contre le racisme d’Etat qui menace aujourd’hui l’unité ; sur la répartition juste et équitable des richesses nationales dont une seule communauté en détient de façons indues le monopole. C’est dire, qu’en dépit de notre impatience, force est d’être méthodique et organisé. Nous avons une vision globale, mais pour plus d’efficacité et de pragmatisme il va falloir souscrire à notre agenda et laisser de côté l’improvisation.

Les mauritaniens se rappellent tous des conditions dans lesquelles cette constitution a été préparée et votée. En effet, en 1991 le pays pataugeait dans les méandres des conflits sur fonds de guerre de leadership entre arabo-berbères et négro-africains. Tout le monde se rappelle, qu’à l’époque, nous avions exigé que la constitution comporte un passage qui reconnaît explicitement les Haratines comme une composante à part entière. Cette revendication se pose aujourd’hui encore, avec plus d’acuité. La réalisation de cette exigence est obligatoire et irréversible. Car on ne peut pas continuer indéfiniment à ignorer le droit à la différence de plus de 50 % de la population nationale ; surtout, parce temps où ils sont plus que jamais déterminés à aller jusqu’au bout de leur combat. Toutes les forces vives haratines ne cachent pas leur détermination quant à chercher de nouvelles formes et outils de lutte.



15) A.H.M.E. : Que pensez-vous des activités de l’Association des Haratine de Mauritanie en Europe ?

B. O.B.A. : Je félicite tous les camarades membres de l’association qui ne se sont jamais lassés de consacrer tout leur temps et leurs efforts à ce grand et long combat dont les résultats commencent à se faire sentir. En effet, le niveau considérable de prise de conscience des cadres et intellectuels Haratines, de la jeunesse des centres urbains tout comme celle des grandes localités rurales, tout cela est significatif. Vous y êtes pour beaucoup.

Chapeau à Monsieur Mohamed Yahya Ould Ciré et à Monsieur Diko Hennoune pour l’efficacité de leur travail. Nous vous exhortons à initier une version arabe. Car le site intéresse tout le monde, notamment, la jeune génération Haratine. Malheureusement, ces derniers sont en général formés en arabe. Ils sont le fruit de l’éducation sectaire et néo-fasciste ayant donné deux types citoyens mauritaniens qui ne communiquent plus, ou, presque. Alors faut-il que vos activités puissent toucher le pays sur le plan politique, social et économique. Et pour cela il va falloir avoir une affiche à l’intérieur.

Nous vous prions de ne point verser dans les querelles intestines qui nous desservent. Tous ceux qui s’opposent au système, peu importe les divergences qui peuvent les opposer, servent de près ou de loin notre cause. Les différences d’appréciations existeront toujours entre intellectuels. Elles sont formelles mais point essentielles car elles n’affectent pas le fond du combat, je veux dire son essence. A l’intérieur comme à l’extérieur, nous nous devons de rester mobilisés, vigilants, et unis.



16) A.H.M.E. : Votre dernier mot à nos lecteurs ?

B. O.B.A. : Que tout le monde sache que nous sommes plus que jamais déterminés à aller jusqu’au bout dans notre lutte contre ce fléau qu’est l’esclavage et l’esclavagisme. Les pratiques d’esclavage existent bel et bien en Mauritanie. Elles persistent malheureusement parce qu’il y a une volonté claire de les ignorer et de combattre ceux qui les dénoncent. C’est l’une des manifestations vives du racisme d’Etat bien entretenu par le système dominant. Nous sommes victimes d’un embargo qui vise à nous appauvrir davantage, nous imposant le silence et la mort en douce ! Il faut que les haratines de la diaspora s’organisent pour aider les Adwabas et les bidonvilles par la création d’infrastructure de base, surtout, en matière de santé et d’éducation. Il faut trouver des bourses pour les jeunes haratines afin qu’ils se forment dans de bonnes écoles ! J’appelle nos frères Négro-africains de Mauritanie, à plus de coopération ! Je lance un pareil appel fraternel à nos frères Maures. Car il y a parmi eux aussi d’honnêtes gens. La porte leur reste ouverte. Largement ! Je voudrais qu’ils profitent de cette occasion pour oeuvrer en faveur de l’unité qui passe par le bannissement des pratiques odieuses de l’esclavage. Je tiens à ce qu’ils sachent que les Haratines ne portent aucune rancune, mais ne tolèrent plus qu’ils soient traités comme de petites gens, sous les auspices des forces occultent parrainées par le racisme d’Etat.

Avec eux ou sans eux, le changement est fatal. Il vaut mieux alors de contribuer à cette entreprise et être au rendez-vous avec l’histoire. Je félicite au passage l’engagement et les sacrifices consentis par Jemal O.Yessaa et Pr. Ely Mustapha, Mr. Ahmedou Ould wadiaa, Cheikh Tidjane Bathily…Il sont nombreux qui ont opté pour le même choix… Nos excuses de ne pouvoir citer tous les noms. Nous sommes sensibles à leurs actions. Nous les remercions sans exceptions.


A.H.M.E. : Merci Brahim Ould Bilal Ould ABEID d’avoir répondu à nos questions


Octobre 2010

vendredi 5 novembre 2010

L’I.G.E ni sainte ni touche : Ould dadde en rêvait, le calame l’a fait !

Thiam diombar, l’inspecteur général d’Etat, doit sérieusement s’inquiéter suite aux dernières lumières apportées soi-disant par les journalistes du calame. L’I.G.E tout entière se voit sérieusement dépouillée de son auréole de compétence quand le calame nous apprend, entre autres preuves à l’appui, que l’inspecteur qui s’occupa du dossier Ould dadde ne sait pas compter ! Qui a écrit ce papier du calame non signé en paraissant sur cridem ?

On connaît toutes les plumes du calame, de la place, du net et du papier, aucun journaliste mauritanien ne peut servir à ses lecteurs un tel papier ! Cet article, si mesuré, a été entièrement caviardé par un avocat, maître, s’il en est, du mot qu’il faut à la place qu’il faut, n’épargnant ni l’humour glacial des palais avertis ni la distance des corbeaux requise quand tout n’est pas si achevé…

Le titre «… victime ou coupable ? » est du journal ; d’ailleurs pourquoi se permettre un tel doute quand on écrit un article où l’on démonte un à un quasiment tous les fils qui peuvent justifier de jeter Ould Dadde en prison ? A la lumière de ce que nous avons lu, il eût mieux fallu appeler l’article « Preuves irréfutables de la légèreté criminelle de l’I.G.E au sujet de l’affaire Dadde »

Pourquoi n’avoir pas osé ? Pourquoi n’avoir pas signé ? Tout simplement parce qu’au-delà des terribles lumières qu’apporte « la plume du calame » à la décharge de Ould Dadde, reste qu’il n’en sort pas toujours si net, sans parler des autres coupables aux aguets…

Cependant, cela ne retire rien au fait que si ce que déclare « la plume du calame » est vrai alors plus personne ne peut nier que l’I.G.E a fait montre d’un zèle douteux prouvant que quelqu’un de puissant voulait injustement la peau de Ould Dadde de la façon la plus terrible qui soit : briser sa carrière et salir définitivement sa conscience intacte jusque-là.

L’I.G.E doit répondre au calame sinon il ne nous restera plus qu’à mettre cette sortie « du calame » sur le même piédestal que les sorties d’autres « accusés » par l’I.G.E dont les réponses furent tout aussi tsunamiques.

Reste Aziz dans cette affaire ! La façon dont il a sacrifié Ould Dadde prouve qu’il a, sans doute, été intoxiqué sinon sa réaction eût été tout autre, plus mesurée. On attend vivement de l’I.G.E de répondre aux éléments de réponse apportés par « le calame » dans une affaire obscure où tout, sans être ni blanc ni noir, n’en est pas non plus au gris absolu !

Rappelons ce que dit le « calame » :

1- Au sujet de la haute cour de justice : la plume du calame rappelle que « Le seul élément de réponse fourni, à ce jour, en dépit de l’insistance de la défense, a été une déclaration, au micro de l’AFP, du procureur qui a, tout simplement, soutenu que, ne siégeant pas au Conseil des ministres, le commissaire ne peut se prévaloir de la qualité de ministre.

Pour la défense, cet argument d’opinion ne peut, évidemment pas, faire opposition au caractère organique de la définition, particulièrement précise et dépourvue de toute ambiguïté, de la fonction du commissaire aux droits de l’Homme, telle que définie par le décret 247/2008. »

2- Deuxième coup de massue : « Sur le fond des accusations, l’IGE parle, tout d’abord, de surfacturation, de collusions, de faux et d’usage de faux, en ne s’intéressant qu’à une seule personne.

Or, en matière de surfacturation, la première personne à répondre et à s’expliquer sur une telle question ne peut être, et en premier lieu, que celle qui a établi la facture. Mais ceux qui les ont établies n’ont jamais été interrogés ou recherchés. Pour soutenir l’existence de surfacturations et les imputer à Ould Dadde, il va, donc, falloir prouver qu’il a, lui-même, établi les factures et encaissé les fonds.

Or, aucun indice de quelque nature qu’elle soit n’a été et ne peut être, bien évidemment, administré que le commissaire ait eu une relation quelconque avec l’établissement des factures et/ou l’encaissement des fonds ou s’est enrichi, à titre personnel et à quelque niveau que ce soit.

En outre, il y a lieu d’ajouter que l’inspection ne formule point de tels reproches à Mohamed Lemine Ould Dadde. »

3- Troisième lumière qui laisse le décor de l’accusation suspect : « Plus grave: l’IGE parle de collusions et de pratiques collusoires et ne s’intéresse qu’à celui-ci. Mais comment seulement imaginer qu’il y ait eu collusions ou pratiques collusoires n’impliquant qu’une seule personne? »

4- Sans commentaire : « il est, enfin, question, de «dépenses fictives, pour un montant de 40.929.634 UM». Ici encore, une telle précision serait admirable, si elle n’était pas le fruit de manifestes erreurs de calcul. En effet, une simple vérification de l’addition des chiffres retenus aboutit au total de 34.490.722 UM. De telles erreurs permettent de soutenir, déjà, qu’un inspecteur incapable d’additionner correctement des chiffres n’est pas digne d’une mission d’inspection. »

5- Pourquoi tant de précipitation ? « C’est, aussi, le signe de la précipitation qui a caractérisé le traitement du dossier qui n’a fait, non plus, l’objet d’une (re)lecture – procédé régulièrement appliqué et exécuté, au niveau de tout rapport d’inspection – avant qu’il ne prenne sa forme définitive. »

6- Au sujet des prétendues dépenses fictives : « …Le document de la défense énumère, alors, une longue liste des réalisations du commissariat, au cours de la courte période où Mohamed Lemine Ould Dadde a dirigé celui-ci. Il suffit, note le document, de mener un minimum d’investigations auprès des bénéficiaires, notamment dans les départements de Monguel, de Barkéol mais aussi la commune de Mâle, pour ne citer que ceux-ci, particulièrement notables en ce qu’ils sont situés dans la zone dite «triangle de la misère».

Les maires, députés et sénateurs de ces zones peuvent témoigner de l’ampleur des transformations qui s’y sont déroulées. On saisira mieux, alors, l’inconsistance du dossier de l’accusation, seulement monté pour casser un homme dont le mérite est d’avoir réussi dans sa tâche.

7- « Sur les «avantages indus sans bases règlementaires pour la somme de 1.191.000 UM», le rapport de l’inspection ne précise pas la décomposition et l’attribution de ce montant, qu’il prétend correspondre à des avantages indus, pour pouvoir fournir les éléments de réponse, comme s’il suffisait de le présenter et le faire signer par l’inspecteur général d’Etat, Thiam Diombar qui est – soulignons-le – membre de l’instance dirigeante du parti au pouvoir, l’UPR. »

8- Et enfin : « Les «dépenses privées indûment prises en charge», évaluées à 5.929.634 UM – une prouesse de précision comptable – concernent des fournitures installées au domicile de fonction du commissaire où il est, statutairement, entièrement pris en charge. Aucune de ces installations n’est sa propriété et ne constitue, en aucune manière, des dépenses privées.

Elles relèvent de l’équipement nécessaire d’un lieu susceptible de recevoir des hôtes protocolaires et demeurent la propriété du commissariat, tout comme la voiture et autre élément de confort mis à sa disposition, dans le cadre du traitement qui lui dû, durant son mandat.

Toutes les installations que l’IGE considère comme dépenses privées indûment prises en charge sont répertoriées dans le registre du patrimoine du commissariat. Il se comprend, alors, que ce volet d’accusations est, également, inopérant. »

9- La conclusion qui va de soi : « Que conclure de tout cela, assène, enfin, la défense, sinon l’évidence d’un acharnement partisan, infondé, tant en sa forme qu’en son fond, et d’autant plus douteux, en son esprit, que plane l’ombre de l’arbitraire, instrumentalisant une IGE au garde-à-vous, à l’image de son premier responsable, Thiam Diombar, membre du directoire du parti au pouvoir, l’UPR?

La question est posée. Dans un système réellement démocratique, l’indépendance de la justice suffirait à y porter une réponse convaincante. Est-ce le cas, en Mauritanie? On attend encore, hélas, la réponse… »

Quant à nous, citoyens lambdas électeurs, intoxiqués de part et d’autres, on se doit qu’exiger de l’I.G.E des réponses à ces questions. Le silence méprisant comme les accusations infondées ne servirait qu’à discréditer à jamais l’I.G.E et réduire à néant le bénéfice du doute qui faisait jusque-là le beau jeu de l’I.G.E et des intentions du pouvoir.

Pour ma part, la célérité avec laquelle Aziz a sacrifié cet inespéré compagnon de la rectification prouve qu’Aziz a été sans doute intoxiqué. Qu’il en tire les conséquences même si on le sait, comme tout mauritanien, incapable de reconnaître ses erreurs, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle certains ministres le sont toujours car ils doivent leur place à un homme qui ne se trompe jamais…

Aziz dit n’avoir pas d’amis ni de cousins ; il l’a dit et prouvé. Toutefois à l’U.P.R, on a des amis et des cousins. Combien de temps tiendra l’homme sans amis ? Le temps que les amitiés qui l’entourent se fassent…

Si Aziz est de bonne foi, ce que je veux bien toujours croire pour l’instant, la liberté d’expression est sa plus fidèle alliée dans la construction d’une hypothétique Mauritanie nouvelle. Tout le funeste système, cultivé sous Taya et toujours actif dans les esprits et les cœurs, veut la perte de cette liberté d’expression afin que commence le véritable règne de l’enfumage dont Aziz sera la seconde victime immédiate juste après la Mauritanie à peine sortie de trente ans de malheurs.
Publié par vlane A.O.S.A à l'adresse 16:30