vendredi 31 décembre 2010

AU PAYS DE L’ESCLAVAGE……OU RADIOSCOPIE D’UN RACISME D’ETAT

Le contexte juridique :

La République Islamique de Mauritanie est un pays africain multinational, pluriculturel et biracial où vivent des nationalités Hratin, Peulh, Soninke, Wolof et Bambara d’origine négro africaine et des nationalités Arabes et Berbères.

Le principe, inscrit dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, selon lequel, « tous les hommes naissent libres et égaux » est vidé de toute sa substance, dans la traduction pratique, au quotidien, de la constitution de la République Islamique de Mauritanie du 20/07/1991 modifiée.

En effet, la République Islamique de Mauritanie est partie à tous les outils juridiques internationaux en matière de protection des Droits humains, notamment la Déclaration universelle des Droits de l’Homme du 10 décembre 1948, la Convention des Nations Unies contre toute forme de racisme et d’exclusion, la Convention africaine des Droits de l’Homme et des Peuples.

Ainsi, l’engagement de l’Etat mauritanien, à travers les textes juridiques nationaux et ceux le liant à la communauté internationale (Organisation des Nations Unies et Union Africaine) est formulé de façon claire et sans ambigüité.

La Mauritanie de l’esclavage, du racisme d’Etat et de l’exclusion :
En passant en revue la gestion des affaires publiques du pays, on se rend compte que l’essentiel des pouvoirs politique, économique, administratif, militaire et sécuritaire sont accaparés et contrôlées par la seule communauté arabo-berbère, minoritaire, au grand dam des communautés noires majoritaires (Hratin, Peulh, Soninke, Wolof et Bambara).

A la lecture de ce qui précède, on arrive, aisément, à la conclusion qu’un racisme d’Etat sévit en Mauritanie. Ce racisme, savamment tissé au sommet de l’Etat, a eu comme résultat : l’absence du partage du pouvoir et des richesses du pays, la poursuite de l’esclavage éhonté dans un pays islamique, le génocide et la déportation perpétrés sur les négro-africains de 1989 à 1992, l’expropriation des terres de culture au profit des arabo-berbères, une politique d’assimilation et d’aliénation sociolinguistique et culturelle, et leurs corollaires. Cet Etat qui devait sécuriser et garantir le droit du citoyen, s’est investi par contre, à faire des citoyens noirs de Mauritanie des citoyens de seconde zone, en entretenant la domination raciale qui s’appuie sur des groupes féodaux arabo-berbères. Ces groupes sont organisés en corporations de chefs religieux, d’hommes d’affaires, de chefs de tribus autour de l’appareil sécuritaire et de défense.

En effet, le racisme d’Etat et l’exclusion des communautés Noires se trouvent aggravés par la pratique de l’esclavage qui continue malgré la promulgation de la loi criminalisant cette pratique en Mauritanie. L’impunité dont continuent de bénéficier les auteurs de génocide et de cas d’esclavage avéré, la poursuite des expropriations de terres, les blocages faits par les pouvoirs publics à toute tentative de promouvoir et d’enseigner les langues et cultures des communautés Noires, la quasi fermeture des médias aux langues pulaar, soninke, wolof et bambara sont là des éléments qui montrent la ferme volonté de tous les régimes qui se sont succédés en Mauritanie de faire de notre pays ce que beaucoup se complaisent à appeler « trab’el beydhan » - UN PAYS DONT TOUS LES BIENS NE PROFITENT QU’AUX SEULS ARABO-BERBERES.
En effet, depuis l’accession de la Mauritanie à l’indépendance, les politiques racistes des gouvernants se sont évertuées à faire perpétuer la domination des arabo-berbères sur toutes les autres communautés et dans ceci, aucun secteur n’échappe à la logique d’accaparement :
- Toutes les banques primaires appartiennent à des groupes issus de la communauté arabo-berbère et malgré les nombreuses tentatives, aucun groupe d’hommes d’affaires noires n’a réussi, avec aucun des régimes qui se sont succédé, à obtenir une licence pour la création d’une banque.
- Un savant découpage électoral assure la beydanisation des deux chambres du Parlement national. Aux dernières élections législatives de 2007, s’il a fallu moins de 800 électeurs pour élire le Député de la Moughataa Bir Moghrein, il en a fallu plus de 26.000 pour le vote des trois Députés de Sélibaby (plus de 8.600 électeurs pour un Député). Ces statistiques établissent clairement la dure réalité qu’un électeur de la Moughataa de Bir Moghrein vaut plus de dix (10) fois un électeur de Sélibaby et est alors, d’autant plus mauritanien que celui-ci.
Alors, le ras le bol des victimes d’esclavage, de racisme, et d’exclusion a atteint, aujourd’hui, un niveau où la paix et la stabilité en Mauritanie sont menacées. Il s’y ajoute, l’entêtement et la persistance des dirigeants racistes dans leurs méthodes injustes de gouverner une nation plurielle : le refus du dialogue politique, l’état de siège, qui ne dit pas son nom, dans lequel la partie sud de la Mauritanie est placée, l’intimidation des défenseurs des droits humains notamment ceux qui luttent contre la pratique de l’esclavage, l’absence de volonté politique dans la restauration dans leurs droits des victimes ou ayant droits suite aux évènements des années 89 à 92, les expropriations de terres, les conditions inhumaines de rapatriement des mauritaniens déportés au Sénégal etc.


Quelques chiffres sur la représentation des communautés dans la vie publique en Mauritanie



Gouvernement: total :29 dont 21 beydanes = 72%, négro-haratines:8

Wali : total :13 dont 10 beydanes =77%, négra-haratines:3

Diplomatie : Total :43 dont 38 beydanes = 88%, négro-haratines:5

Education(dR: Total :14 dont 13 beydanes = 93%, négro-haratines:1

Banques : Total :8 dont 8 Beydanes = 100% Nego-haratines :0

Polices: DRS:Total :21 dont 21 Bedanes = 100%, Négro-haratines :0

Commissaires:Totale:65 dont 56 Beydane = 86% , Négro-haratines :9

Gardes Nationale:

Commandants :Total:13 dont 12 Beydanes = 12%, négro-haratines :1

Officiers :Total:100 dont 90 Beydanes = 90% négro-haratines :10

Armée Nat :Commandant régions militaires=

:Total: 7 dont 7 Beydanes = 100% négo-haratines :0

Ps: négro-haratines:(Hratine, peulh, soninké, wolof, bambara)


FRONT DE LUTTE CONTRE L’ESCLAVAGE
LE RACISME ET L’EXCLUSION EN MAURITANIE
(FLERE - MAURITANIE)

mardi 28 décembre 2010

Exclusivité 'La Tribune' : Pour la première fois un Président mauritanien parle à un organe de presse...

Une première dans l’histoire de notre presse indépendante qui existe depuis la deuxième moitié des années 80. Jamais un Président en exercice n’a accepté de donner une interview à un journal du pays.

A chaque fois que j’ai introduit une demande, la réponse fut la même : « On ne peut pas vous donner cette faveur, à vous et laisser les autres ». Au temps de Moawiya Ould Taya, jamais de réponse, ni même de semblant.

Au temps de Eli Ould Mohamed Val et de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, les « cellules de communication » avaient trouvé la parade pour éviter le face à face : à chaque fois elles ont convoqué des conférences de presse restreintes ou ouvertes.



Cette interview – historique parce que sans précédent – a une histoire. Depuis quelques mois nous essayons de l’avoir. A l’occasion du premier anniversaire de l’élection du Président Ould Abdel Aziz. Mais il y avait ce souci de créer un exercice nouveau qui est celui de s’adresser directement au peuple à travers plus de deux heures de retransmission en direct du débat (août 2010). Puis nous relançons à l’occasion du cinquantenaire.

L’idée était de publier la dernière interview que j’avais faite avec feu Mokhtar Ould Daddah, premier président du pays, et la première interview que je fais avec l’actuel (je fus le premier à interviewer feu Mokhtar Ould Daddah en 1995). Un peu le souci de raccorder les deux hommes, les deux visions, les deux ères.

Ould Abdel Aziz ayant décidé la réhabilitation de Ould Daddah au rang de Père de la Nation, ayant surtout en projet de construire une Mauritanie nouvelle réconciliée avec elle-même et avec son environnement et fière d’être.

En juin 2003, j’ai rencontré pour la première fois Mohamed Ould Abdel Aziz, à l’époque colonel commandant le Bataillon de la sécurité présidentielle (BASEP). Il venait de vivre la dure épreuve du putsch du 8 juin. Il fut – je l’avais écrit à l’époque – l’élément moteur de l’échec de ce coup qui a coûté cher au pays (17 morts dont Mohamed Lemine Ould Ndeyane, chef d’Etat Major à l’époque).

Son bureau portait encore les stigmates de la folle entreprise : vitres brisées, murs perforés, impacts de balles partout, , de quoi se dire que le commandant du BASEP avait été un objectif. « Tu sais, si ce type (Ould Taya, ndlr) ne tire pas la leçon de ce qui vient de se passer, le pays risque d’aller à la dérive».

C’est à peu près ce que le colonel Ould Abdel Aziz m’avait dit en me racontant le retour épique de l’équipe à la présidence après plus de 24 heures passées soit en combattant (pour lui) soit en se terrant dans le camp de Garde (pour le Président et sa suite). Ce n’était pas facile pour un officier de l’époque de tenir de tels propos devant un inconnu qui plus est un journaliste.

Le 28 janvier 2006, au Palais des Congrès, le colonel Eli Ould Mohamed Val vient de pérorer sur le vote blanc, le présentant comme une troisième voie pour éviter les candidats civils. La salle est estomaquée. Le colonel Ould Abdel Aziz, toujours commandant du BASEP, se lève. Nos regards se croisent. Je lis la fureur sur son visage. Il ajuste sa tenue et se rend immédiatement à son QG.

Il ordonne le déploiement de ses unités. Il me parlera plus tard d’une tentative de coup sur le processus de la part de son cousin et président du CMJD. « Un officier n’a que sa parole à donner et nous nous sommes engagés à mener un processus qui doit nécessairement aboutir à une élection libre. Ni prolongation de la transition, ni entorse au processus ne seront permises ».
Juin 2008, je suis appelé par Amal Mint Cheikh Abdallahi, la fille du Président Sidi qui dirigeait de fait la cellule de communication. Elle veut discuter de la situation politique du pays, me faire comprendre ce qui se passe.

A l’expression de son visage, je vois que les choses se corsent. Comme je suis à la présidence, je vais voir le Général Mohamed Ould Abdel Aziz – devenu chef du cabinet militaire du Président. « Tu vois comment la cellule de communication instrumentalise la presse contre moi, me dit-il en exposant des articles truffés d’insultes à l’égard de sa personne et de ses alliés. Je peux te dire qu’il n’y aura pas un coup d’Etat, que ce qui sera entrepris respectera la Constitution ». J’en déduis que la crise est profonde. Je vais dans le bureau de Boydiel Ould Hoummoid, fraichement nommé ministre secrétaire général de la présidence.

Je lui donne ma lecture : son prédécesseur, Yahya Ould Waghf, et globalement l’entourage civil de Ould Cheikh Abdallahi, a engagé un bras de fer avec l’aile militaire du pouvoir, une démarche suicidaire et dangereuse pour l’équilibre du pays et pour la démocratie, j’interpellais en lui sa sagesse et son non engagement dans cette querelle pour essayer de recoller ce qui peut l’être.

Suivront les événements que l’on sait : tentative de régler le différent par députés interposés, offensive de l’aile civile du pouvoir, limogeage de tous les chefs militaires en pleine nuit et coup d’Etat du 6 août.

Octobre 2008, je suis convoqué à la présidence. Le Général Ould Abdel Aziz semble serein malgré toutes les menaces qui pèsent sur son pouvoir : refus de la communauté internationale de le reconnaitre, contestations intérieures et essoufflement du pays qui est en instabilité depuis quelques mois. Il parle des Etats généraux de la démocratie. Je lui dis qu’ils ne signifieront rien si l’opposition n’y participe pas.

« Elle va y participer. Nous ne ferons aucune démarche politique qui n’inclut pas tous les acteurs ou en tout cas la majorité d’entre eux. Même s’il y a des élections, ce ne sera qu’avec tout le monde ».

Quatre moments qui résument pour moi cette personnalité : le franc-parler, la fermeté, la témérité et la détermination. Des qualités autrement perçues par ses détracteurs qui voient en lui un homme « introverti », « emporté », « rustre » et « méprisant ». Oubliant que cet homme-là les a menés en bateau jusque-là.

D’abord pendant la première transition en les emmenant, pour la plupart, à voter Ould Cheikh Abdallahi, un candidat sorti d’on ne sait où. Ensuite en 2008, en jouant l’ordre constitutionnel pour dénoncer le retour en force du système décrié de l’avant août 2005. Enfin en les amenant à signer l’Accord de Dakar et à organiser conjointement des élections où il s’est présenté comme le promoteur du changement contre une alliance contre-nature entre soutiens et opposants de l’ancien régime. Dont acte.

La Tribune : Nous fêtons cette année le cinquantième anniversaire de l’indépendance nationale. Qu’est-ce que vous retenez de ces cinquante ans de Mauritanie ?

Réponse : Beaucoup de tristesse pour mon pays. Par rapport à nos possibilités, ce qui a été fait est attristant. En matière de mauvaise gestion de nos ressources, de rendez-vous manqués, d’occasions ratées, sans parler de la pauvreté des populations, leur ignorance, le manque d’infrastructures de base… On peut toujours dire que nous sommes partis de rien et que quelque chose a été fait depuis 1960. Mais il nous reste énormément de choses à faire.

Notre pays brille par ses retards dans beaucoup de domaines, sinon tous. Au moins pour ce qui est des fondements d’un Etat. Nous avons toujours eu des frontières poreuses, peu contrôlées à cause d’un système de défense désuet et, dans certains cas, de la démission des autorités civiles et militaires. Nous pouvons dire que le minimum en la matière n’a pas été assuré toutes ces années-là.

L’Etat civil dont l’importance a été négligée des années durant, n’a rien gagné en fiabilité. Qui est Mauritanien, qui ne l’est pas ? Combien sommes-nous ? Comment vivons-nous ? Rien n’est vraiment cerné de façon précise. C’est peut-être là une critique sévère mais nous devons voir les choses en face pour pouvoir aller de l’avant et corriger ce qui doit l’être.

Savez-vous par exemple que nous ne maîtrisons pas encore les effectifs des fonctionnaires ? Que dire des biens de l’Etat ? Quelques-uns n’hésiteront pas à vous dire qu’il ne sert à rien de savoir combien l’Etat possède d’immeubles, de mobiliers, de matériels…

Chacun a tendance à s’enfermer dans un esprit d’insouciance totale oubliant que le fait de ne pas savoir avec exactitude le patrimoine de l’Etat, occasionne des dépenses parfois énormes. Chaque année, d’importantes dépenses sont faites pour se procurer du matériel de bureau – ordinateurs, bureaux, chaises. A la Présidence par exemple, le matériel qu’on a n’a pas besoin d’être changé pour les quinze ans à venir, ou presque.

C’est triste quand on sait que nous sommes tous responsables de cette situation : de l’analphabète au super-cadre, du planton au haut responsable. Nous avons créé, entretenu, encouragé pour les uns, tandis que les autres n’ont pas décrié, dénoncé s’ils n’ont pas applaudi.

La Tribune : Comment faire pour s’en sortir ?

Réponse : Il faut changer d’attitude et pour cela il faut une prise de conscience globale et effective de cette situation. On ne peut guérir quand on est malade que si on sait de quoi on souffre. Notre pays est vaste mais il est plein de ressources qui auraient dû servir pour son développement.

Finalement tous ces retards sont le fruit de la gabegie, de la corruption et de l’inconscience d’un intérêt national supérieur. Ce n’est pas le fait de la colonisation, ni celui des pays voisins, ni celui des multinationales, ce sont les Mauritaniens qui sont responsables de ce qui leur est arrivé.

Le jour où tous, nous prendrons conscience du prix que nous payons à cause de la mauvaise gestion de nos ressources, de nos atouts, la lutte contre la gabegie sera une exigence sociale. Aujourd’hui nous en faisons un programme parce que nous croyons que c’est le mal du pays. Mais il faut arriver à un moment où ce sont les populations elles-mêmes qui refuseront de souffrir la prévarication.

Il faut voir les usagers des services publics refuser de payer un tribut en contrepartie d’un droit. Les voir se plaindre et manifester ce refus, tout faire pour que cela aille au niveau supérieur.

Il faut voir les gens vilipender les voleurs et les traiter en tant que tels. C’est comme ça que nous pourrons arriver à quelque chose. Ce doit être l’effort de tout un chacun pour le bien de tous.

Je ne demande pas personnellement d’être chanté, je le refuse d’ailleurs. Je veux rompre avec les accueils fastes et célébrant la personne du Président. Pourquoi ? J’estime que cela participait à la culture de l’indignité du citoyen mauritanien. Les pratiques du passé ont ancré la corruption des mœurs et des esprits. Aujourd’hui nous devons libérer le citoyen de ce joug, lui permettre de recouvrer sa dignité.

Je serai heureux le jour où les gens ne viendront pas me voir pour me demander une licence de pêche, un passe-droit, une faveur, mais pour me poser des problèmes d’ordre communautaires, d’ordre nationaux. Je vous dis que le pays est riche mais que son pillage systématique a compromis son développement. Il va falloir tout redresser y compris la personne.

La Tribune : Mais dans ce cas où tout est urgence, quels sont les secteurs prioritaires pour vous?

Réponse : Comme je l’ai dit plus tôt, il y a d’abord la mentalité à changer, à rendre plus rationnelle, plus portée sur l’intérêt général, plus dynamique, plus confiante. Le Mauritanien d’aujourd’hui doit s’assumer. Pour cela il a besoin d’un système éducatif à même de lui offrir ce à quoi il aspire.

Comment se fait-il que cinquante ans après l’indépendance, nous soyons encore dans la situation du demandeur en toutes spécialités ? Nous avons besoin de spécialistes en médecine, d’ingénieurs, de techniciens dans tous les domaines, même dans les petits métiers.

Le seul domaine où l’on semble avoir un semblant d’autosuffisance est celui des porteurs. En fait, le système éducatif ne répond pas aux besoins du pays en matière de développement. Pendant cinquante ans nous avons été prisonniers de polémiques autour de la question des langues, alors que l’enseignement se détériorait dans l’insouciance totale.

On a continué à former dans les filières littéraires qui ne font pas le développement. Combien ? 85% des milliers de diplômés le sont dans les matières littéraires et ne peuvent donc produire.

Nous devons inverser ce rapport dans les années à venir. Avoir 85% de nos diplômés dans les matières scientifiques et techniques surtout que le pays, vu ses richesses minières, est appelé à développer des expertises en la matière pour faire face à la voracité des opérateurs, faire les meilleurs plans de développement et imposer la plus profitable des exploitations de nos richesses.

Au lieu de continuer à se heurter au problème des langues, nous devons nous consacrer à dispenser un enseignement de qualité pour former les hommes de demain.

La Tribune : Pourtant les Etats généraux de l’éducation que vous aviez promis tardent…

Réponse : Nous avons une vision globale de la question. Les Etats généraux seront l’occasion pour toutes les forces vives de la Nation de s’exprimer sur la question. Mais dans l’optique de créer une école à même de répondre aux exigences du monde moderne et aux besoins du pays en matière d’emplois. Il ne faut pas se tromper : si l’éducation marche, tout marchera.

La Tribune : Et après l’éducation, quelles autres priorités ?

Réponse : La priorité est celle-là. Il faut l’accepter. C’est d’ailleurs elle qui déterminera le changement de mentalité que je prônais tantôt.

Nous avons aussi les infrastructures qui sont tout aussi déterminantes dans la formation de l’homme mauritanien nouveau. Les routes, l’électricité, la disponibilisation de l’eau courante, les centres de santé… tout cela offre de meilleures conditions aux populations, aux enseignants qui ne refuseront plus d’aller dans leurs postes d’affectation parce qu’ils ne sentiront plus de différences dans la qualité de vie entre l’intérieur et les grands centres urbains.

Il y a aussi la Justice qui subit aussi les effets de la crise du système éducatif. Encore ce problème de formation et d’adéquation entre les cursus et les besoins dans les tribunaux. Les gens ont tendance à croire que le seul problème de la Justice est la corruption.

Il y a aussi ce besoin pour les Magistrats d’être formés pour pouvoir appréhender toutes les problématiques du monde moderne. Récemment encore un bateau battant pavillon français a été condamné pour avoir transporté une cargaison de riz jusqu’au port de Nouakchott. Ce qui s’est joué autour de ce riz n’est pas de sa responsabilité, ce qui ne l’a pas empêché d’être condamné.

En définitive quand je regarde l’héritage que nous avons eu, je me dis que tout est prioritaire. C’est pourquoi je ne veux pas qu’on perde encore du temps à chercher ce qui dot être fait en premier. Pourquoi ne pas tout engager en même temps, aller finalement se battre sur tous les fronts du sous-développement et de l’arriération ?

La Tribune : Monsieur le Président, actualité oblige, parlons du dernier ralliement de Adil à la Majorité présidentielle. Est-ce pour vous l’ultime aboutissement du dialogue avec l’opposition auquel vous avez appelé récemment ? Et surtout est-ce qu’il y a une gêne de voir revenir ceux qui étaient hier décriés comme des prévaricateurs ?

Réponse : Le dialogue dont j’ai parlé ne signifie pas fatalement la participation comme il ne signifie absolument pas un retour en arrière. Pour ce qui est de Adil, je dirai que tous les Mauritaniens sont égaux devant nous. J’affirme ici qu’il y a un fait sur lequel aucune négociation n’est possible : la volonté de changement. Permettez-moi de revenir en arrière.

En 2005, nous avons décidé de faire le changement pour éviter à la Mauritanie une dérive certaine. Sur le plan politique, nous avions voulu et assuré l’ouverture politique permettant aux acteurs politiques d’entrer sereinement dans le jeu.

Sur le plan économique nous avons réussi à restaurer la confiance des bailleurs de fonds qui se sont finalement engagés aux côtés de la Mauritanie. Sur le plan social, nous avons voulu libérer l’homme mauritanien des pesanteurs et des pressions jusque-là exercées sur lui. Nous avons en partie réussi. Nous l’avions cru quand nous sommes sortis de cette première transition avec des élections libres et transparentes.

Moins d’un an après ces élections, nous avons assisté aux premières tentatives de reprise en main du pouvoir par ceux-là même qui l’ont exercé plus de deux décennies durant et qui ont été responsables des multiples blocages ayant justifié le changement d’août 2005. Nous avons alors encouragé une résistance légale et démocratique. La réponse a été le renforcement du camp qui consacrait le retour en arrière.

Avec les mêmes figures, le même niveau de gabegie, autant dire que le décor était planté y compris au niveau du folklore consacré. Ne manquait que le chef d’orchestre de cet assemblage qui avait pillé le pays 25 ans durant.

Il s’en est suivi fatalement le changement qu’on connait puis la transition qui a permis d’organiser des élections libres et transparentes où le peuple mauritanien a fait son choix en lui octroyant 53% des suffrages exprimés. Fort de cette légitimité, je vous dis ici que je n’ai pris aucun engagement pour un homme politique, un chef de clan ou autre.

Le seul engagement que j’ai, c’est celui que j’ai contracté auprès du peuple mauritanien et qui tourne autour du changement par la lutte contre la corruption, la gabegie, l’ignorance, la pauvreté, l’injustice, la précarité, en définitive pour l’édification d’un Etat moderne au service de ses citoyens et fier d’être lui-même.

Ce ne sont pas les soutiens de première ou de dernière heure qui me feront changer de cap. Mais je vous dis aussi que le projet qui est celui-là est heureux d’être servi par tout mauritanien qui y croit. Tout celui qui veut participer à notre entreprise est le bienvenu.

La Tribune : Mais quand vous appelez au dialogue, n’est-on pas en droit de se demander « dans quel cadre » ?

Réponse : Je l’ai dit et je le répète : nous sommes tous ici dans notre pays. Nous sommes tous concernés par ses problèmes. Nous sommes tous appelés, pouvoir et opposition, à imaginer des solutions à ces problèmes. Mais en définitive c’est au pouvoir de mettre en œuvre ses choix de développement, pas à l’opposition.

Nous acceptons donc de discuter de tous les problèmes mais pas de partager la prise de décision qui revient de droit à celui dont le programme a convaincu la majorité du peuple mauritanien. Discuter ne veut donc pas dire partager. Si l’on accepte cela, il ne restera plus que donner des formes et un cadre au dialogue.

La Tribune : Vous avez toujours parlé de réformes institutionnelles indispensables aux rééquilibrages des pouvoirs. N’est-ce pas là un thème de dialogue ?

Réponse : Je suis prêt à discuter de tous les sujets. Le cadre pourrait être celui d’une ou de plusieurs journées de réflexion qui pourraient se tenir à la demande soit de la Majorité soit de l’Opposition. Et là tout peut être l’objet de discussions.

Mais il y a l’Assemblée nationale qui est aujourd’hui un espace de dialogue permanent. C’est là quand même que les grandes décisions sont prises et c’est important que toutes ces décisions fassent l’objet de critiques et de commentaires de la part des élus. Il faut savoir qu’il y a des députés de la Majorité qui critiquent les décisions. Parfois à l’excès.

Nous voyons parfois des gens s’en prendre à des situations qu’ils ont soutenues par le passé, au moins qu’ils n’ont jamais dénoncées. Mais heureusement que ceux qui écoutent n’ont pas la mémoire courte et ont assez d’intelligence pour discerner le vrai du faux.

La Tribune : On dit dans notre milieu que vous allez à une vitesse que ne peuvent tenir vos collaborateurs. Est-ce que vous le sentez parfois ?

Réponse : Ce n’est pas seulement dans votre milieu qu’on le dit. Même des membres du gouvernement sont venus se plaindre du rythme que je leur impose. Certains disent qu’ils sont surchargés. Mais le pays a besoin de rattraper le temps perdu. Il faut aller vite. Mais il faut surtout se départir de cette tendance de toujours vouloir partir de zéro. Pour cela mettre à profit l’expérience des autres.

Quand nous avons voulu avoir un hôpital oncologique, on nous a dit qu’il vaut mieux avoir le traitement au cobalt, un vieux système que connaissent apparemment les cadres de la santé. Mais j’ai tenu à avoir la dernière technologie. Si les nôtres peuvent travailler immédiatement là-dessus, c’est tant mieux. Sinon nous ferons appel à l’expertise étrangère en attendant de former des spécialistes.

C’est cette option qui a été finalement retenue malgré le manque de confiance des nôtres. Je demande ici : mais pourquoi avouer son échec à l’avance ? Partir sans la foi en la réussite, c’est principalement ce qui nous empêche d’avancer.

L’attente d’avoir ceci ou cela pour faire ce qui doit l’être dans l’urgence, est la pire des attitudes. Combien de fois j’ai entendu les uns dire qu’ils attendaient le concours de tel ou tel bailleurs pour lancer tel ou tel projet vital. Nous faisons désormais ce que nous pouvons par nous-mêmes.

Regardez par exemple, partout où je suis allé on m’a posé le problème de l’eau. Et c’est vrai qu’on est en retard et très en retard. Regardez ce qui a été fait rien que sur le budget de l’Etat, sans concours extérieur. Pour Magta Lahjar la question de l’eau a toujours été posée. On a toujours attendu le concours extérieur pour permettre aux populations de cette grande ville d’avoir une eau potable saine.

Mais j’ai décidé de mettre fin et au plus vite à cette triste situation. Aujourd’hui le Génie militaire a été sollicité pour en faire une priorité. Ce sera fait, Inchaa Allah, dans quelques mois. L’exemple de l’alimentation de quartiers comme Arafat est édifiant en la matière.

La Tribune : Il y a quand même un fait : vos collaborateurs n’incarnent pas forcément les valeurs que vous voulez cultiver. Qu’en pensez-vous, Monsieur le Président ?

Réponse : Ils vont finir par incarner ces valeurs. Nous revenons à la question des mentalités, des attitudes vis-à-vis de la chose publique, de l’éducation… Ce pays a souffert pendant plus de 20 ans durant, une gestion à la base de laquelle se trouve le mensonge. Chacun de nous l’a critiquée en son temps, ne serait-ce que secrètement. Mais il est temps de reconnaitre où nous en sommes et de changer.

Aujourd’hui, il y a des ministres qui travaillent franchement pour pousser les choses, les faire avancer. Ce que je leur répète c’est qu’il y a solution à tout problème. Je reviens à l’exemple de l’eau.

On est surpris quand on fait l’état des sondages et de leurs capacités. Comment les trois millions de mauritaniens ne sont-ils pas suffisamment alimentés ? C’est que chaque petit regroupement familial veut avoir son sondage, son école, son dispensaire. Beaucoup d’irrationalité dans la répartition de toutes ces infrastructures publiques. Avec en plus pour résultat, l’atomisation des efforts de l’Etat, l’éclatement social et l’impossibilité pour les autorités de satisfaire les besoins des citoyens.

Nous avons opté pour la politique des regroupements des populations. Au lieu de suivre et d’accompagner les chefs de tribus ou de cantons, l’Etat prend les choses en main. Il favorise les regroupements en choisissant d’abord un lieu viable puis en construisant les infrastructures qui peuvent assurer les services de base. L’Etat a les moyens de viabiliser des villages mais seulement sur des bases saines.

Dans le temps, cette atomisation a été voulue par les autorités souvent pour des raisons politiques. Moi, je n’ai pas besoin ni envie de diviser les gens pour avoir des voix ou pour contrôler les votes en opposant les uns aux autres. Il faut que les gens comprennent qu’il est de leur intérêt de se regrouper pour permettre à l’Etat de leur assurer un minimum de services pour l’amélioration de leurs conditions de vie.

Autre problème posé par le manque de vision en matière d’urbanisation, celui du développement anarchique des villes. Nos villes d’aujourd’hui se développent tout au long de la route goudronnée. Imaginons que dans cinquante ans, nous aurons une mégalopole allant de Nouakchott à Nbayket Lahwash, mais de boutiques ouvertes de part et d’autre du goudron.

C’est absurde, acceptez-le. Mais en plus absurde et en plus injuste, le fait d’avoir quelques riches hommes d’affaires qui ont des concessions rurales de plus de 20.000 ha à Nouakchott, au moment où les populations souffrent la promiscuité dans des gazras dans l’attente de lots de moins de 200 m2. Et quand ces populations bénéficient d’attributions, les riches viennent leur racheter leurs terrains.

La Tribune : Venons-en à l’actualité liée à la sécurité. Comment évaluez-vous le travail qui a été fait ?

Réponse : Le terrorisme a frappé notre pays qui a manqué de réaction efficace. On peut dire que le pays n’avait pas mobilisé les moyens et donc n’avait pas les capacités de faire face au défi sécuritaire. Tout cela parce que les moyens ont été dilapidés, détournés par des particuliers.

Il est vrai que nous avons un territoire vaste et difficile à contrôler, mais cette contrainte se pose aussi aux éventuels agresseurs. Encore faut-il avoir la volonté de reprendre les choses en main et de faire face. Nous, on est chez nous, c’est l’avantage que nous avons sur les autres. Nous avons décidé de réagir. Aujourd’hui nous estimons que nous avons le strict minimum pour assurer la sécurité du pays et protéger ses frontières.

Nous avons d’abord décidé de reprendre en main tous les postes militaires du pays. Le poste de Ain Bintili n’a pas été occupé depuis février 1976. Celui de Lemreya était au bout du monde, aujourd’hui c’est une base qui a l’eau, l’électricité et où il est désormais envisagé de construire un aéroport international de dégagement.

Il n’y a pas un point dans le désert mauritanien qui ne voit passer un groupement militaire mauritanien plusieurs fois par jour. Entre l’occupation permanente et celle temporaire, il n’y a plus de vide dont peuvent profiter trafiquants et criminels.

Les résultats sont là : depuis l’attaque de septembre 2008, il n’y a pas eu d’attaque frontale, ni d’incursions armées de terroristes ; La restructuration de l’Armée a été réussie. Mais, plus important, les trafiquants de drogue ne se sentent plus en sécurité dans notre territoire. Aussi faut-il dire que dans notre pays il n’existe aucune base de terroristes, aucun camp d’entrainement.

L’approche sécuritaire a réussi grâce aussi à la forte coordination avec les pays frères voisins concernés. La parfaite entente de ces pays est nécessaire pour contrer ce fléau.

Sur le plan interne et pour compléter l’approche sécuritaire, une action a été engagée. Elle vise la sensibilisation de l’opinion publique sur le phénomène. Cette sensibilisation a pour objectif d’immuniser les jeunes générations et d’empêcher le recrutement. On revient toujours à l’éducation. Mais en attendant de travailler là-dessus, il s’agissait de présenter ces groupes sous leur vrai visage qui n’a rien à voir avec l’Islam. Les Mauritaniens condamnent dans leur totalité ce phénomène de l’extrémisme.

Parallèlement, il y a eu ces grâces qui ont permis de libérer des jeunes impliqués à des degrés divers, mais faiblement, dans des actions données. Cette règle du pardon ouvre la porte à la possibilité pour d’autres de revenir sur le droit chemin. Il reste que cette approche est profondément déterminée par le redressement du système éducatif et par la lutte contre la pauvreté.

La Tribune : Toujours en relation avec l’actualité, que vous inspirent les révélations de WikiLeaks sur notre pays ?

Réponse : Je les prends très au sérieux parce qu’il s’agit en fait de copies-conformes des télégrammes envoyés par l’Ambassade des Etats-Unis à Nouakchott à son administration à Washington. J’estime cependant que ce qui est passé est passé. Même si je crois que nos politiques devraient être, désormais, plus prudents quand ils traitent avec l’étranger. Ils doivent aussi assumer ce qu’ils disent dans toutes les circonstances.

Je savais que ma vie était en danger, mais cela n’a jamais rien changé à mon programme. Je sais aussi que les opposants de l’époque avaient le droit de combattre par tous les moyens le changement qu’ils redoutaient parce qu’il ne servait pas leurs intérêts. Je les comprends.

Ceci dit, ceux dont on a parlé ne sont que la face visible de l’iceberg. Les gros caïmans qui sont derrière sont toujours terrés attendant l’occasion de compromettre le changement.

Qu’ils aient cherché à me liquider ou à arrêter le processus de changement, je ne leur en tiens pas rigueur. Je n’ai aucun ressentiment, aucune haine. Je vous dis que je les comprends. En 2003, je me suis opposé personnellement à une tentative de changement parce que j’estimais qu’elle était une aventure qui comportait trop de risques pour le pays. Mal pensée et mal mise en œuvre, j’ai jugé qu’il fallait la combattre par tous les moyens.

La Tribune : Monsieur le Président, on parle beaucoup d’un remaniement ministériel imminent. Qu’en est-il ?

Réponse : Le changement de gouvernement arrivera quand il le faudra. Je ne dirai pas que tous les Mauritaniens se valent, mais je crois qu’il faut donner à ceux qui sont nommés pour des postes de responsabilité l’occasion de faire leurs preuves. Le gouvernement ne changera pas tant qu’il fait ses preuves et qu’il assure le service.

Pour moi tout changement doit être motivé, réfléchi et étudié, sinon nous reviendrons fatalement en arrière. Un ministre qui n’a pas commis un acte avéré décrié, je ne vois pas pourquoi je le démettrai. Ce n’est pas la peine de changer tous les six mois ou tous les ans. Je crois qu’il est plus juste de laisser les ministres s’adapter à la personnalité du Président, à son rythme pour chercher à harmoniser l’action en vue de la réalisation des objectifs prédéfinis.

Merci Monsieur le Président de la République

Propos recueillis par Ould Oumeïr
La Tribune

Loi n° 2007 – 048 du 3 septembre 2007 portant incrimination de l’esclavage et réprimant les pratiques esclavagistes

L’Assemblée Nationale et le Senat ont délibéré et adopté;

Le Président de la République, chef de l’Etat, promulgue la loi dont la teneur suit :


Chapitre premier : Dispositions générales

Article premier : Fort des valeurs de l’islam et de leurs objectifs destinés à libérer l’homme et lui garantir sa dignité, et conformément aux principes constitutionnel prescrits dans la constitution et aux conventions internationales y afférentes et, en vue d’incarner la liberté de
l’homme de sa naissance à sa mort, la présente loi a pour objet de définir, incriminer et réprimer les pratiques esclavagistes.

Article 2 : L’esclavage est l’exercice des pouvoirs de propriété ou certains d’entre eux sur une ou plusieurs personnes.

L’esclave est la personne, homme ou femme, mineur ou majeur, sur laquelle s’exercent les pouvoirs définis à l’alinéa précédant.

Article 3 : Est interdite toute discrimination, sous quelque forme que ce soit, à l’encontre
d’une personne prétendue esclave.



Chapitre deuxième: Du crime et délits d’esclavage

Section première : Du crime d’esclavage

Article 4 : Quiconque réduit autrui en esclavage ou incite à aliéner sa liberté ou sa dignité ou celle d’une personne à sa charge ou sous sa tutelle, pour être réduite en esclave, est puni
d’une peine d’emprisonnement de cinq à dix ans et d’une amende de cinq cent mille ouguiyas (500.000 UM) à un million d’ouguiyas (1 000 000 UM).

Les dispositions de l’article 54 de l’ordonnance n° 2005-015 portant protection pénale de
l’enfant, sont applicable à quiconque enlève un enfant en vu de l’exploiter comme esclave.

La tentative du crime d’esclavage est punie de la moitié de la peine applicable à l’infraction commise.



Section deuxième : Des délits d’esclavage

Article 5 : Quiconque porte atteinte à l’intégrité physique d’une personne prétendue esclave est punie d’un emprisonnement de six mois à trois ans et d’une amende de cinquante mille (50.000 UM) à deux cent mille ouguiyas (200.000 UM).


Article 6 : Quiconque s’approprie les biens, les fruits et les revenus résultant du travail de toute personne prétendue esclave ou extorque ses fonds est puni d’un emprisonnement de six mois à deux ans et d’une amende de cinquante mille (50.000 UM) à deux cent mille ouguiyas (200.000 UM)


Article 7: Toute personne qui prive un enfant prétendu esclave de l’accès à l’éducation est punie d’un emprisonnement de six mois à deux ans et d’une amende de cinquante mille (50.000 UM) à deux cent mille ouguiyas (200.000 UM).

Article 8 : Quiconque prive frauduleusement d’héritage toute personne prétendue esclave est punie d’un emprisonnement de six mois à deux ans et d’une amende de cinquante mille (50.000 UM) à deux cent mille ouguiyas (200.000 UM) ou de l’une de ces deux peines.

Article 9 : Quiconque épouse, fait marier ou empêche de se marier, une femme prétendue esclave contre son gré est puni d’un emprisonnement d’un an à trois ans et d’une amende de cent mille (100.000 UM) à deux cinq cents mille ouguiyas (500.00O UM) ou l’une de ces deux peines.

Si le mariage est consommé, l’épouse a droit à la dot d’usage doublée et peut demander la dissolution du mariage. La filiation des enfants est établie à l’égard du mari.

Les dispositions de l’article 309 du Code Pénal sont applicable à toute personne qui viole une femme prétendue esclave.

Article 10 : L’auteur de production culturelle ou artistique faisant l’apologie de l’esclavage est puni d’un emprisonnement de six mois à deux ans et d’une amende de cinquante mille (50.000 UM) à deux cent mille ouguiyas (200.000 UM) ou de l’une de ces deux peines. La production est confisquée et détruite et l’amende est portée à cinq millions d’ouguiyas (5 000 000 UM) si la production est réalisée ou diffusée par une personne morale.

La reproduction ou la diffusion de ladite production sont sanctionnées par la même peine.

Article 11. - Toute personne physique coupable d’actes discriminatoires envers une personne prétendue esclave est punie d’une amende de cent (100.000 UM) à trois cent milles ouguiyas (300.000 UM).

Toute personne morale coupable d’actes discriminatoires envers une personne prétendue esclave est punie d’une amende de cinq cent milles (500.000 UM) à deux millions d’ouguiyas (2.000.000 UM).

Article 12 : Tout wali, hakem, chef d’arrondissement, officier ou agent de police judiciaire qui ne donne pas suite aux dénonciations de pratiques esclavagistes qui sont portées à sa connaissance est puni d’un emprisonnement de deux à cinq ans et d’une amende de deux cent mille ouguiyas (200.000 UM) à cinq cent mille ouguiyas (500.000 UM).

Article 13 : Quiconque profère en public des propos injurieux envers une personne prétendue esclave est puni d’un emprisonnement de onze jours à un mois et d’une amende de cinq mille (5.000 UM) à cent mille ouguiyas à (100.000 UM) ou de l’une de ces deux peines.



Chapitre troisième : Dispositions communes

Article 14 : La complicité et la récidive des infractions prévues à la présente loi sont punies conformément aux dispositions du code pénal.

Article 15 : Toute association des droits de l’homme légalement reconnue est habilitée à dénoncer les infractions à la présente loi et à assister les victimes de celles-ci.

Dès que l’information est portée à sa connaissance et sous peine d’être pris à partie, tout juge compétant doit prendre d’urgence, sans préjudicier au fond, toutes les mesures conservatoires appropriées à l’encontre des infractions prévues par la présente loi.



Chapitre quatrième : Dispositions finales

Article 16: Les dispositions antérieures contraires avec la présente loi sont abrogées et notamment les dispositions de l’article 2 de l’ordonnance n° 81-234 du 9 novembre 1981.

Article 17 : La présente loi sera publiée suivant la procédure d’urgence et exécutée comme loi de l’Etat.

Nouakchott



Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi Le Premier Ministre Zeine Ould

Zidane

Le Ministre des Affaires Islamique et de l’Enseignement Original

Ministre de la Justice par intérim

Ahmed Vall Ould Saleh

lundi 20 décembre 2010

L'IRA Mauritanie...une bombe à retardement.

Le passage à tabac des militants de l'IRA Mauritanie par les forces de police est un dérapage que l'on pouvait prévoir. En effet Biram Dah Ould Abeid est devenu "l'ennemi public n°1", l'homme à abattre pour la classe dominante mauritanienne.

La dénonciation sans concession qu'il fait de l'esclavage ainsi que la remise en cause de l'appartenance des haratines à la composante arabe ébranlent les fondements de celle-ci et en compromettent l'hégémonie fondée essentiellement sur l'idée de la majorité démographique. La dénonciation virulente des pratiques esclavagistes et leur mise en lumière au grand jour, embarrassent les tenants du discours sur "les séquelles de l'esclavage" en les faisant passer au mieux pour de gentils fumistes et au pire pour des complices avérés. L'analyse que fait l'IRA Mauritanie du système féodal du groupe dominant est d'une grande pertinence. Elle démonte des mécanismes séculaires

d'asservissement et "d'apprivoisement" d'un groupe d'individus d'abord par la force, ensuite par le relais des Idéologies profane (tradition) et religieuse (Islam). Le discours novateur de ses dirigeants irrite le groupe hégémonique car il sape les fondements idéologiques
de sa suprématie.

Les esclaves et anciens esclaves revendiquent l'égalité. Ni plus, ni moins. C'est Spartacus qui défie Rome. Cela fait désordre. Mais le pire est à venir, car non satisfait de faire de" la délation "contre la classe dominante et de réclamer l'égalité entre tous les citoyens de la République, l'IRA ose prôner "le séparatisme" en se démarquant de
l'entité dans laquelle la communauté haratine était jusqu'alors confinée.

Il n'a pas échappé à une certaine partie de l'élite que si une telle chose devait se produire, le fragile équilibre sur lequel repose les fondements idéologiques de l'Etat mauritanien volerait en éclat. Car s'il ya un pays qui est absolument déterminé par sa démographie, c'est bien la Mauritanie. C'est la seule justification de toutes les orientations politiques, idéologiques, culturelles et même de la répartition du pouvoir entre les différentes composantes ethniques qui la constituent. Les haratines devenant de ce fait incontestablement le groupe ethnique majoritaire et le groupe arabe, le moins important du pays en nombre.

Il faut aisément reconnaitre qu'il y a "péril en la demeure". On pensait avoir atteint le summum de l’inimaginable avec l'IRA Mauritanie ; mais non ! La suite ne va pas être triste. Elle a noué des "alliances objectives" avec toutes les organisations noires mauritaniennes au nom de la lutte contre "la domination et le racisme d'Etat "et au nom d'une fraternité africaine. Elle prend ainsi à contre-pied toutes les organisations politiques haratines qui se sont toujours refusées à envisager une telle éventualité et elle donne un second souffle aux revendications des organisations noires mauritaniennes qui commençaient à désespérer. Nous voilà revenus aux années 1980 marquées par les crispations identitaires. Les revendications identitaires vont, encore une fois comme au tout début de notre indépendance nationale, être au centre de la construction nationale. Chercher à occulter celles-ci par des formules
telles que: "il n'y a de maures et de noirs que pour les ethnologues et les sociologues", ou "la Mauritanie est un trait d'union entre le monde arabe et l'Afrique noire", "préserver les acquis de l"arabisation ", ne peut que nous conduire vers une impasse de plus en plus périlleuse. Le nihilisme qui caractérise notre société et la cécité dont fait preuve sa classe dirigeante nous conduiront fatalement au pire.

L'IRA dénonce des crimes dont personne ne se glorifierait et ceux-ci ne sont pas une vue de l'esprit. Traquer et punir sans aucune indulgence ceux qui se livrent encore à de telles pratiques est le devoir de l'Etat mauritanien dont la défaillance en l'espèce n'est plus à démontrer. La violence est l'apanage des forts et faire croire que l'IRA Mauritanie est une organisation qui prône la violence est tout simplement ridicule. Son président Biram l'a toujours définie comme un mouvement non-violent. C'est une raison supplémentaire de condamner les violences policières dont ses militants ont été l'objet et l'incarcération de ce dernier. Les réactions ne se sont pas fait attendre. A l'intérieur du pays (APP, TAWASSOUL et RFD) comme à l'étranger (AMNESTY INTERNATIONAL) n'ont pas manqué de condamner le passage à tabac des militants de l'IRA et l'arrestation de son président. On est frappé par la tournure que prend cette affaire au plan médiatique (photos distribuées par la police témoignant des blessures occasionnées aux policiers...témoignages des deux fillettes sur la chaine Al jazira pour disculper leur maitresse ...). On assiste impuissant à une infamie qui révolterait le quidam le plus insensible. Mais comme on dit "plus la ficelle est grosse, mieux ça passe". La Mauritanie pourrait faire l’économie d’une nouvelle crise en considérant définitivement que les revendications identitaires ne peuvent être gérées sous le seul prisme du poids démographique. Elles ne sont pas objets quantifiables et vouloir y ériger la statistique démographique en critère décisif c’est aller chercher le diable dans les détails

Écrit par ahmadou

jeudi 16 décembre 2010

La lutte contre la Gabegie

Pour commémorer la journée internationale contre la corruption, l’UPR, le plus grand Parti politique de la majorité présidentielle a organisé un débat sur la gabegie et conclu une entente avec les hommes de Adil vilipendés comme les symboles de cette même gabegie. La grande salle du Palais des Congres était archicomble, il y avait la un nombre impressionnant de hauts fonctionnaires et de courtisans, d’hommes d’affaires et de courtiers, et d’activistes et militants. On pouvait voir dans les premiers rangs, le Président de la Haute Cour de Justice, l’Inspecteur General de l’Etat et bien d’autres dont les fonctions devraient normalement les restreindre à un minimum de réserve. Les mentalités n’ont donc pas évolué, le show politique est toujours considéré comme le meilleur moyen de se faire valoir ; la séparation formelle entre les fonctions politiques de leadership et celles techniques managériales de direction et de contrôle n’est apparemment pas encore a l’ordre du jour. Malgré le discours, les slogans et la psychose, la réalité reste sur le fond inchangé. Les ressources de l’Etat et de la Nation sont toujours aux mains de ceux qui sont les plus mal placés pour assurer leur meilleure gestion. La médiocrité continue de ronger le fonctionnement de l’Etat. Aucun changement systémique n’a été introduit dans la manière de gérer les affaires publiques qui nous emmène à croire que l’ère des détournements et du gâchis est irrémédiablement révolue.


Diaw est un diplomate de carrière à la veille de la retraite. Il y a 35 ans, il est devenu fonctionnaire au Ministère des Affaires Etrangères à l’issue d’une formation à l’Ecole Nationale d’Administration (ENA)- un cursus de deux ans destiné à préparer des cadres de haut niveau pour les fonctions diplomatiques et consulaires. L’ENA était une école d’élite selon les standards de l’époque et avait vocation à le demeurer avant qu’elle ne soit rongée par le même virus qui a eu raison de toutes les institutions de l’Etat mises en place au lendemain de l’Indépendance. Diaw a vu plusieurs de ses promotionnaires accéder aux fonctions prestigieuses d’ambassadeur et de consul. Pour lui, cela n’a jamais été possible pour des raisons qui ne lui ont jamais été clairement explicitées. Son expérience et ses qualifications ne lui ont valu que d’être balancé d’une ambassade à une autre selon les caprices des gestionnaires du personnel au Ministère. M. Diaw ne fait pas de politique et ne dispose pas de connections au sein de l’appareil d’Etat.


Mohamed n’a jamais fait de concours pour acceder à la Fonction Publique et n’a jamais suivi une formation en diplomatie. Son cursus universitaire se limite à une maitrise de la Faculté de Nouakchott et une année passée au fameux institut de la ligue en Arabe au Caire dont le diplôme n’est reconnu par aucun pays a l’exception de la Mauritanie. Il se fait recruter au corps très convoité des professeurs de l’enseignement supérieur dont l’accès est au passage interdit a des docteurs d’universités prestigieuses et d’enseignants expérimentés pour des raisons dit on de limite d’âge. Il n’enseignera pas mais utilisera son nouveau statut de fonctionnaire pour se faire nommé premier conseiller diplomatique au Caire ou il restera une quinzaine d’année avant d’être copté comme ministre dans le Gouvernement éphémère de Yahya O El Waghef. Le Président de la République le nommera ambassadeur dans l’un des pays du Golf. Mohamed est le cousin de Bennahi O Ahmed Taleb, l’ancien directeur du Cabinet du Président Ould Taya, et le mari de la sœur de la femme du Général Gazwani.


Ces deux exemples loin d’être uniques illustrent les contradictions du Pouvoir actuel qui tout en fondant sa légitimité sur la lutte contre la gabegie s’engouffre de plus en plus dans la gestion de la routine et ignore volontairement ou par incompétence les actions qu’il faut pour rendre une telle légitimité réelle et clairement irréfutable. L’entente avec Adil n’augure rien de bon et ajoute au discrédit d’un Pouvoir qui a été incapable de se distinguer de ses prédécesseurs dont il a adopté les méthodes avant de copter les hommes.

La gabegie dont la lutte contre est devenu un slogan pour le pouvoir issu du Coup d’Etat du 6 Aout 2008 et a justifiée la déposition du premier Président élu de la Mauritanie est un mal endémique dont le traitement nécessite plus que des mesures superficielles, limitées dans le contenu et la durée et détachées d’une stratégie cohérente et réfléchie visant a changer profondément la manière dont sont gérées les affaires de l’Etat dans notre pays. Elle trouve sa source dans l’injustice et l’irrationalité des processus de sélection pour les emplois publics et l’absence totale de procédures effectives d’évaluation et de contrôle des performances, a commencer par le plus prestigieux et le plus enviée des emplois publics le poste de Président de la République. Depuis que le père de la Nation et les chefs militaires qui lui ont succédé a la tête de l’Etat ont transformé les élections en formalité pour les confirmer dans ce qu’il considère comme leur droit naturel et vidé de toute substance les procédures qui limitent et balancent leur pouvoir, le signal a été donné implicitement a tous ceux qui détiennent une parcelle minime soient elle de l’autorité publique d’agir de la même façon. Le service public tel qu’hérité de l’administration coloniale s’est vite Mauritanisé, non pas dans le sens d’une symbiose entre la modernité et les valeurs de l’Islam tel que l’ont voulu les pères fondateurs de la Mauritanie mais sur un mode tribal très proche de ce qui prévalait avec la colonisation avec un réseau informel d’allégeance et de distributions des avantages très loin de la conception Jacobine ou Wébérienne de l’Etat. Cinquante ans après l’indépendance, pas une institution publique ne se distingue du reste par des règles impersonnelles bien conçues et justement appliquées de gestion de ses ressources qui peut constituer un modèle ou une source d’inspiration à imiter.

Cette échec lamentable des processus de gouvernance qui a débouché sur les formes de gabegie qu’on connait trouve sa source en grande partie dans l’incapacité de l’élite éduquée a s’accorder durablement sur un minimum de principes et de valeurs gouvernant les manières dont sont gérées les affaires de l’Etat. Les domaines et compétences de ce dernier sont, rappelons le, des notions complètement étrangères a la société traditionnelle et méconnues, voire rejetées par ses leaders. Si l’élite éduquée, éclairée par les connaissances et les savoirs accumulées sur une longue durée, est incapable de s’accorder sur des aspirations communes et des procédures pacifiques de règlements des conflits, que dire du reste d’une société marquée par des siècles de vendettas tribales, de violences comme méthode privilégiée de résolution des conflits, d’esclavage et d’animosité sociale.

Cinquante ans après l’Indépendance, l’enchevêtrement des compétences, la dilution des responsabilités et l’ineffectivité des contrôles restent les traits marquants de la gouvernance en Mauritanie. Pire, aucune des formations et leaders politiques qui comptent n’a articulé une vision claire de ce qui doit être fait pour changer cet état des choses. Le dialogue politique ne s’est jamais centré sur ces questions fondamentales, ni aboutit a des propositions partagées de reforme des institutions constitutionnelles dans un sens qui assurent une redistribution plus balancée des pouvoirs et une agrégation des structures pour limiter leur nombre et minimaliser leur cout.

Le Président de la République dont le pouvoir réel n’a pas de limite doit comprendre qu’il est de son intérêt et de celui supérieur de la Nation de volontairement circonscrire son pouvoir à la supervision du travail de son Gouvernement et de son administration. Il n’y a aucun risque que ses prérogatives soient menacées par un Parlement et un appareil judiciaire dont le degré d’autonomie reste très dépendant du bon vouloir de l’Exécutif. Le Chef de l’Etat doit trouver les gestes et les mécanismes pour signifier au juges et au parlementaires qu’ils n’ont de comptes a rendre qu’a leur conscience et au peuple qui les a élus. Il doit se débarrasser de la Primature qui n’a pas de place dans un système qui même si il revêt un faux habit de semi-parlementaire est en réalité un régime présidentiel avec le contrôle parlementaire en moins.

Pour permettre aux juges de dire le droit en toute indépendance, leur nomination doit faire l’objet d’un débat parlementaire pour jeter la lumière sur leur compétence et leur intégrité. Avant d’être confirmé dans son poste et bénéficier de l’inamovibilité que lui confère la loi, un juge nouvellement nommé par le Gouvernement peut passer devant le Parlement pour convaincre les élus du peuple de sa capacité à assumer sa fonction et obtenir ainsi une confirmation de son rôle et de son indépendance vis-à-vis de l’Exécutif.

Le Parlement qui n’a jamais produit une loi ni censuré le plus petit des fonctionnaires doit être limité a une seule chambre. C’est l’avis de la majorité de ceux qui s’intéressent aux affaires publiques en Mauritanie. Le Senat coute cher et sa valeur ajoutée est inexistante. Les modes de désignation des sénateurs sont injustes et favorisent la corruption des élus locaux. Sa suppression permettra de dégager des moyens qui peuvent servir à améliorer le travail de l’Assemblée Nationale. Les députes même si leur traitements sont convenables manquent de moyens logistiques et d’expertise sans lesquelles leur travail reste dépourvu de consistance. Les députes et les commissions parlementaires doivent disposer d’assistants qualifiés et de documentation pour rendre effectif leur pouvoir d’analyse, d’investigation et d’évaluation.

Le dialogue politique réclamé par l’opposition et voulu par le pouvoir n’a de sens que s’il s’intéresse à ces questions fondamentales et cherche à arriver à un compromis réel sur un système de séparation et d’articulation des pouvoirs constitutionnels que les acteurs politiques s’engagent à respecter.

L’efficacité de l’action publique est aussi intrinsèquement liée à la mise en place d’une bureaucratie d’Etat dont l’autorité découle d’une expertise reconnue dans la résolution des problèmes qui se posent à la société. Que ce soient les mandarins chinois, les Enarques français ou ces animateurs de think tanks américains qui se recrutent essentiellement parmi les anciens élèves des grandes Université de la cote Est, il s’agit toujours de placer aux commandes des systèmes de pilotages de la société les plus intelligents et les plus capables. Les chercheurs et professionnels de la gestion des ressources humaines ont conçu des instruments perfectionnés qui permettent d’assurer une adéquation optimale entre les hommes et les taches qui leur sont assignées dans une optique d’un maximum d’efficacité économique et sociale. Ignorer ces aspects a déjà couté très cher à notre pays et risque de lui couter encore plus si rien ne change dans la manière dont sont gérées les affaires de l’Etat.

Le Président de la République a visité le Lycée d’excellence nouvellement créé a Arafat et appelé les élèves a redoubler d’effort et a s’orienter vers les disciplines scientifiques ou la rigueur est de mise. Son Gouvernement promet de multiplier ce genre d’établissements et créer un nouvel campus universitaire avec une plus grande diversification des filières de l’enseignement supérieur. Le but louable est de combler le retard considérable dans la formation des cadres de haut niveau et de bonne qualité. Une orientation opportune qui s’accommode néanmoins très mal avec la persistance d’une gestion des personnels de l’Etat de manière approximative presque entièrement dominée par le népotisme et le clientélisme politique et social. Pire, l’Etat, le plus grand employeur, vers lequel se tourne la majorité des diplômés de l’Enseignement Supérieur n’offre pas de perspective de carrières intéressantes et ses capacités de recrutements sont limitées par la masse déjà présente d’agents non qualifiés, pour la plupart bons a rien, dont il ne peut se séparer pour des raisons dit on politiques.

Ni le Ministère chargé de la Fonction Publique, ni celui de l’Enseignement Supérieur ne disposent de stratégies appropriées pour sortir le Gouvernement de ce pétrin. Ils n’ont ni les compétences, ni les ressources pour mettre en place les mécanismes appropriés pour s’assurer qu’une compétition par le haut prend forme et s’installe dans la durée.

Cinquante ans après l’indépendance et vingt ans après les premières tentatives de reforme de la fonction publique (Projet de développement Institutionnel et de la Reforme mis en place à la fin des années 80 dans le cadre des plans d’ajustement structurel), l’Etat continue à ignorer le nombre exact de ses agents – malgré les recensements successifs de 1990, 2007 (Education Nationale), 2008, 2010 qui ont couté des fortunes. Pire, des milliers de fonctionnaires dont certains occupent les échelons supérieurs de l’administration ont été recrutés suivant des procédures illégales sous la pression de la demande clientéliste, le moteur principal de la croissance des effectifs de la Fonction Publique. Les agents de l’Etat n’ont jamais fait l’objet d’une évaluation sérieuse comme si leur qualité et leur cout n’ont pas d’importance.

Dans tous les pays, il y a des standards pour évaluer les compétences, les niveaux de formation et de qualifications, et les aptitudes. En Mauritanie, le seul standard disponible est l’Université de Nouakchott, l’une des moins performantes sur le continent africain, une honte pour un pays qui a été à un moment une destination pour l’acquisition des savoirs.

Apres trente ans d’existence, la seule Université du pays continue de faillir à sa mission de créer un foyer national d’excellence pour l’acquisition des connaissances et la maitrise des savoir-faire nécessaires pour les techniciens et managers de haut niveau. Les étudiants y vont faute de mieux. Ses professeurs la quittent des que l’opportunité se présente. Ses diplômes peuvent être falsifiés. Ses diplômées grossissent le plus souvent les rangs des chômeurs sans qualifications. Malgré ses carences bien établies depuis sa création, rien de sérieux n’a jamais été fait pour changer cette situation. Pire, elle est devenue par la force des choses, le standard par défaut sur lequel se mesurent les diplômes obtenus par les Mauritaniens étudiants à l’étranger. Aussi, tous ceux qui vont passer quelque temps ailleurs peuvent revenir au pays bardés de diplômes, s’ils disposent de connivences au sein de la commission d’équivalence, une structure laissée à l’abandon malgré son importance et son utilité. Il n’est des lors pas étonnant que le plus court chemin vers la réussite professionnelle est d’aller au Caire passer une année sabbatique dans un centre de formation connu sous le nom pompeux de l’Institut du Monde Arabe, non reconnu par aucun pays, incluant l’Egypte, le pays qui l’héberge, et revient après un an bardé d’un diplôme de troisième cycle, le ticket favori pour l’entrée dans le corps très prisé des professeurs de l’Enseignement supérieur.

Notre pays regorge de ressources comme l’aime a le répéter ses responsables mais son élite sème depuis sa création les germes de sa déconfiture. Les clés de salut sont toujours et comme cela a été toujours le cas, dans les mains du Président de la République. Il est le seul responsable a board. Son ambition l’a poussé a occuper une place que personne ne doit lui envier considérant les responsabilités qu’elle implique et pour lesquelles il répondra au moins devant Allah et certainement devant l’Histoire, si histoires il y a.

Le Président de la République n’a le choix qu’entre s’élever au niveau des responsabilités historiques qui sont les siennes pour créer les conditions d’une renaissance de la Nation Mauritanienne ou devenir l’esclave de son ambition et donc la marionnette d’une classe d’arrivistes sans foi ni loi qui ne voient en lui que le passage obligé vers la satisfaction de leur besoin de s’entretenir en permanence sur le compte de la collectivité. De ce choix dépend la qualité du contenu donné à la lutte contre la gabegie et le degré de légitimité du pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz.

Posted by Mauritania Project.

dimanche 12 décembre 2010

Me Brahim Ould Ebetty à propos du passif humanitaire

« Les personnes qui avaient tué continuent à travailler et à se promener comme si de rien n’était'.


Tels sont les propos de Me Brahim Ould Ebetty qui réagissait sur le rôle de la société civile dans l’amélioration des Droits de l’homme et le traitement définitif du passif humanitaire. C’était à l’occasion du colloque sur le cinquantenaire, organisé par le Fonadh, les 03 et 04 décembre 2010.

« Des hommes ont été froidement tués en 1989 ».

« Les événements d’avril 1989 étaient des faits de pouvoir et non des faits des populations. Je rejette toute tentative de faire assumer ces événements à une communauté déterminée.



Lorsque le pouvoir tenta de récidiver en 2000, vous avez vu les femmes qui envahissaient les garages, apportaient les repas et refusaient à ce qu’il y ait une nouvelle récidive. Si cet élan de grande ampleur s’était généralisé partout dans les garages et sur toutes les routes du pays lors des événements de 1989, la tragédie n’aurait pas pris les proportions connues.

A la suite de ces événements, plusieurs officiers et sous officiers, soldats furent arrêtés dans les différentes casernes de l’armée. Intoxication, tentative d’assassinat, tout un scénario, personne ne parlait, aucune information ne filtrait. Mais un jour quelqu’un qui vécut tout ce qui s’était passé à Jreida est sorti du pays.

Il a parlé à RFI et a expliqué ce qui s’est passé. Que des hommes ont été tués froidement. Par la suite, on a commencé à parler de procès. On avait fait des tentes à Ouad Naga pour demander aux avocats de venir plaider. Les avocats se sont réunis pour dire qu’ils ne sont pas là pour légitimer un procès dont les résultats sont connus d’avance.

Même si un ou deux avocats ont tenté de se rendre à Jreida. Ils ont été rejetés par les prisonniers par la suite, c’est pourquoi les avocats ont refusé de couvrir une mascarade de procès. C’est par la suite que le procès a été renvoyé sine die.

« La loi d’amnistie est votée par les députés qui étaient dans le parti du pouvoir ».

« Trois semaines plu tard, c’est feu Cheikh Ould Boyda qui reçoit un appel de la présidence pour demander la libération de toutes les personnes arrêtées. Cheikh Ould Boyda, appelle à son tour Ahmed Ould Bekrine, l’ancien chef d’état major de la gendarmerie qui est actuellement le secrétaire général du ministre de la défense pour lui dire que la présidence a ordonné de libérer toutes les personnes arrêtées. Et ce dernier a libéré tous les prisonniers dans l’anonymat.

Et ces derniers ont commencé à faire des révélations pour dire que telle personne a été tuée à Jreida, à Azlat, à Inal. C’était en 1991-92. C’est par la suite que les avocats ont pris l’affaire en main. C’est à l’honneur de l’Ordre National des Avocats. Ils ont porté plainte, suite au rapport qui a été fait par « Agir Ensemble » pour les droits de l’homme.

Je n’oublierai pas cette pétition que beaucoup de gens ont signée pour plaire au pouvoir contre « Agir Ensemble ». Et pourtant des patriotes mauritaniens sont restés debout pour dénoncer ce qui s’est passé et décrire la réalité de toutes les atrocités. Lorsqu’une plainte à été déposée, l’avocat général l’a rejeté pour dire qu’il ne peut pas être saisi.

« Parce que vous n’avez pas l’autorisation du chef d’état major pour engager une procédure contre les officiers supérieurs ? » Curieux que nous sommes, nous sommes allés fouiller dans les archives de la Cour Suprême et nous sommes tombés sur un arrêt consultatif, rendu par la Cour suprême à la demande du ministre de la défense pour répondre à la question suivante : Est ce qu’en cas de commission d’un délit ou d’un crime commis par un officier, les procédures peuvent être engagées ou il faut obligatoirement avoir une autorisation du chef d’état major ?

Cet arrêt consultatif était rendu le 15 juillet 1991 contre l’avis contraire de la Cour Suprême. Le motif pour lequel l’avocat général avait rejeté les poursuites est tombé à l’eau à cause de l’arrêt rendu par la cour suprême et sur demande du ministère de la défense.

De nouveau, nous saisissons l’avocat général pour lui demander que « nous mettions à sa disposition un arrêt de la cour suprême et nous lui demandons de nous saisir et de poursuivre les poursuites contre les militaires qui ont commis des crimes atroces. Face à cette situation, l’avocat général tarde à répondre. Et subitement l’ordre est donné à quelques députés pour initier la fameuse amnistie qui était une initiative de quelques députés pour amnistier tous ces faits.
L’unique député indépendant de l’époque, M. Sid’Ahmed Ould Habott, avait pris contact avec nous pour demander ce qu’il peut faire. Nous lui avons répondu qu’il pouvait intervenir en proposant un amendement à cette loi d’amnistie pour au moins lui donner un caractère humain.

Et le député a proposé un amendement à cette loi qui compose essentiellement deux volets : un volet de sanction disciplinaire, et un autre de dédommagement prélevé sur le budget de fonctionnement de l’Etat. C’est le député Habott qui a voté pour son amendement. La loi d’amnistie est votée par les députés qui étaient dans le parti au pouvoir (Ndlr : PRDS). C’est pourquoi, « Agir Ensemble » avait dit à l’époque « crime avoué en Mauritanie ».

« La fameuse lettre du 4/4/93 adressée à Maaouya ».

« Pour autant nous n’avons pas baissé les bras. Nous avons écrit au ministre de la défense, de la justice, au Président de la république pour dire que les crimes ne se règlent pas par les amnisties. Ce que nous devons chercher, c’est la paix des cœurs et tant que cette paix n’est pas retrouvée, l’amnistie ne règle pas les problèmes. « Intervenez SVP, M. le Président (Taya) pour régler ce problème.
Nous avons écrit une lettre très célèbre le 4/4/1993, pour « demander au Président (Taya) de tout faire pour intervenir avant que des poursuites sur le plan international ne soient déclenchées. Même s’il y’a amnistie en Mauritanie, les crimes de torture sont impardonnables. Les scènes de crime ne peuvent pas faire l’objet d’amnistie.

C’est pourquoi, nous avons saisi le Président, mais au lieu de nous écouter, c’est plutôt des poursuites contre les avocats et les ONG de droits de l’homme. Mais en dépit de tout cela, nous avons continué. Ce problème a été posé par un collectif d’ONG à la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP) qui, dans sa cession d’Alger, a rendu des recommandations très célèbres.

Ils ont demandé au gouvernement mauritanien de régler ce problème. Lorsque même ces recommandations ont été faites, nous avons saisi officiellement les autorités mauritaniennes pour les inviter à régler ce problème. C’est en 2005 que le problème a été de nouveau posé, mais les autorités de la transition ont refusé à ce que le problème du passif humanitaire soit intégré dans les questions à débattre lors de la transition ».

« Les enfants des tués de 1989 sont devenus des majeurs ».

« C’est en fait en 2007, qu’il y’a eu un débat sur la question. Le premier débat public en Mauritanie organisé par les autorités. On a parlé des questions des déportés, du passif humanitaire. Et depuis 2007, on parle du passif humanitaire sans signer une approche. On continue jusqu’à présent de traîner parce qu’il y’a des questions qui ont été négligées, comme le droit moral, alors qu’on parle d’indemnisation et de pension.

Le passif humanitaire n’est pas une question des négros africains, c’est une question de tous les mauritaniens. C’est notre problème. Ce n’est pas un problème politique, mais c’est un problème humain que nous devons tous gérer. Un problème qui exige une solution définitive et consensuelle qui prendra en mémoire le droit de mémoire, de justice, de réparation.

C’est très grave que des personnes qui avaient tué continuent à travailler et à se promener comme si de rien n’était. Les enfants des tués de 1989 sont devenus des majeurs. Ils ne peuvent pas continuer à cultiver la rancune et la frustration qui sont les causes réelles de toutes les tensions d’instabilité. Il faut garantir un droit à la mémoire, à la justice et à l’indemnisation.

L’indemnisation viendra en dernier lieu. Si toutes ces questions sont prises en compte, je crois que nous pouvons évoluer. Nous voulons que nos enfants comprennent que nous travaillons tous et de toutes les composantes de ce pays pour que ce problème soit réglé. Que ceux qui gouvernent actuellement prennent conscience de la gravité ».

Compte-rendu de Dialtabé