vendredi 16 avril 2010

Le ministre et le rappeur

« Le plus grand des crimes, c'est de tuer la langue d'une nation avec tout ce qu'elle renferme d'espérance et de génie. » (Charles Nodier. « La fée aux miettes »)

Un ministre de l’enseignement supérieur qui « s’excuse » auprès d’étudiants pour des propos tenus par…son premier ministre, à propos de la langue arabe et son utilisation en tant que langue de l’administration.
Un rappeur mauritanien qui s’époumone devant un public surexcité au Centre culturel français de Nouakchott en clamant « Non à la langue arabe ».
Qu’on se le dise, le Français, n’est pas une langue nationale en Mauritanie. Le français ce n’est la langue d’aucune ethnie ou tribu en Mauritanie.
Qu’on se le dise, le Français n’est pas une langue de la Mauritanie ! C’est une langue étrangère !
Que l’on se trompe pas : Le français ne peut être et ne saurait être la langue officielle de la Mauritanie, ni se substituer à la langue arabe dans quelque secteur qu'il soit de la vie mauritanienne.
Ceux qui actuellement sont pris par le syndrome de la francophonie, et qui persistent à vouloir maintenir coûte que coûte la langue française comme langue de l’administration et de l’Etat mauritanien se trompent lourdement.
Le français est une langue étrangère qui doit s’étudier , se parler en tant que telle ! Elle ne saurait se substituer à la langue arabe. Langue de Mauritanie, langue de sa confession.
Ceux qui prétendent le contraire, sont tout simplement en train de vouloir imposer une langue étrangère à leur propre pays, alors que l’arabe, leur langue, remplit et de loin le rôle que le français peut remplir (voir article "bilinguisme et langue officielle").
Ceux qui défendent l’imposition du français en lieu et place de l’arabe, sont sans aucun doute de mauvaise foi.
Que l’on demande à ce que la langue française soit utilisée en attendant que, progressivement, la langue arabe puisse devenir une langue de l’administration partagée par tous, cela se comprend.
Une grande frange de la population actuellement n’est pas formée à la langue arabe et ne parle que français, ce serait donc une erreur d’introduire la langue arabe de façon rapide et non réfléchie (tout comme l’associer à une idéologie : voir mon article, « non à l’idéologisation de la langue arabe ! » )
Une telle introduction de l’arabe en tant que langue officielle de l’Etat mauritanien, ne doit souffrir d’aucune contradiction mais bénéficier du dialogue sur les voies et moyens de sa réalisation.
Il convient de la planifier, d’associer les populations sur le moyen et le long termes et de faire que les générations futures mauritaniennes puissent parler travailler avec la langue arabe, à côté des langues nationales (Voir mon article sur le plurilinguisme en Mauritanie)
En effet, il est inconcevable dans un pays disposant d’une langue qui peut servir de ciment entre les cultures du pays et d’outil unitaire de tous ses enfants, se voit rejeter au nom d’une langue étrangère. Ceci est non seulement inacceptable et constitue la pire image d’aliénation que peut présenter un peuple.
Nul ne refuse l’enseignement du français. Comme toutes les autres langues, c’est un vecteur d’ouverture et de dialogue entre les civilisations. Elle doit être enseignée dans tous les cycles éducatifs.
Nul ne doit prôner l’introduction brutale de la langue arabe dans le système administratif mauritanien. Mais demander à le faire progressivement.
Nul ne doit revendiquer la langue française comme langue de dialogue ENTRE le mauritaniens eux-mêmes. C‘est à la fois une insulte à la langue arabe, capable de jouer son rôle unitaire, et à nos langues nationales.
Toute velléité de conserver la langue française comme la langue de la Mauritanie est à la fois une aliénation de sa propre culture, une démonstration de son incapacité à utiliser ses propres langues pour se promouvoir et surtout un aveu d’une incommensurable faiblesse qui, comme on le sait, a toujours été le signe distinctif des nations dominées.
Alors entre la langue arabe, langue mauritanienne, langue parmi les langues de notre pays, langue de notre confession et le français, langue étrangère, que choisir. La première ou la seconde ?
La réponse, pour celui que guident le cœur et la raison, ne saurait être que la première.
Stendhal, n’écrivit-il pas que : « le premier instrument de génie d’un peuple c’est sa langue » ? (« Des périls de la langue italienne »).
Stendhal parlait ainsi de sa langue, mais aussi de ce que celle des autres pouvait être pour leur génie.
Ce qui fait que le ministre vaut bien le rappeur. Mais, à travers l’imposition du français, c’est le pays que l’ont fait chanter.
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Pr ELY Mustapha