mercredi 9 juin 2010

L’imposture

Le 03 août 2005, l’armée s’est emparée du pouvoir dans notre pays. Le régime renversé du président Maawiya Ould Sid’Amed Taya, connu par sa dictature et son sanglant passif humanitaire, était fortement contesté par l’opposition qui voulait sa fin par tous les moyens.

Le coup d’Etat a été soutenu par la quasi-totalité de la classe politique et même par le Parti Républicain, Démocratique et Social (PRDS), la formation du dictateur déchu. Nous n’avions à l’époque, compté que des soutiens en faveur de cette action militaire, pourtant anticonstitutionnelle.

Le pouvoir qu’on venait de renverser était tellement décrié qu’aucune formation politique ou de la société civile n’a accepté de le défendre, exceptés quelques rares personnes sans influence qui avaient, en lui, des intérêts clientélistes étroits.



Les putschistes ont été accueillis comme des héros, tant le désir de changement avait aligné tout le monde contre le pouvoir déguerpi. Après la confusion du coup d’Etat, la situation commença à se clarifier petit-à-petit. La junte fait passer un communiqué dans lequel elle dit : « être venue pour corriger les erreurs de l’ancien régime et établir une réelle démocratie, après une brève transition qui n’excédera pas deux ans ». Les nouveaux dirigeants semblaient être sincères.

Après deux à trois mois d’exercice du pouvoir, voilà qu’ils annoncent de nouveau, sans qu’ils ne soient contraints par la coercition d’une quelconque force politique, la diminution de la période de transition de 5 mois en la ramenant de 24 à 19 mois.

Non seulement, le court délai de la transition satisfaisait l’opposition, mais la promesse d’organiser des élections libres et transparentes à la fin de cette transition - élections auxquelles ne participerait aucun militaire, fut-il des principaux instigateurs du coup d’Etat - l’exaltait euphoriquement. Personne ne pouvait rien dire contre les putschistes, il était clair qu’ils sont venus pour corriger les distorsions et remettre le pouvoir aux civils. Ils veulent servir leur pays loyalement sous le drapeau, fidèlement à leur serment d’officiers supérieurs.

Effectivement, après une transition de 19 mois, le pouvoir malgré quelques tentatives malignes de l’usurper une nouvelle fois par le vote blanc, est restitué aux civils à la faveur d’élections transparentes saluées par tout le monde. Nos militaires ont donné une leçon au monde entier : le tiers monde peut être démocratique et nos armées croient bien en la démocratie et peuvent servir leur pays en les mettant sur la voie de celle-ci.

Un peut avant la fin de la transition, des bandits de la république tentent de dérouter, comme à leur accoutumé, le président du CMJD. Ils lui demandent de garder le pouvoir en essayant de le convaincre que c’est çà la volonté du peuple. « Oui, le peuple rejette tous les candidats ce qui signifie, qu’il veut que vous restiez au pouvoir » ; « Vous êtes le seul mauritanien, et même, le seul être humain digne de ce fauteuil. Ne le donnez pas aux médiocres, ne le donnez pas aux incapables. Gardez-le pour vous car vous êtes le meilleur» lui intimaient-ils.

Le Président Ely OULD Mohamed Vall qui, comme tout homme, a ses faiblesses, faillit être pris dans le piège qu’il avait lui-même et ses paires, tendu, avant à Ould Taya. Heureusement, la vigilance et l’intransigeance de notre classe politique, notre presse et surtout la communauté internationale, fait paraitre à ce premier complot.

D’aucun disent, que Med Ould Abdel Aziz s’était opposé aussi ; car cela compromettrait à sa conspiration future, qu’il ourdissait déjà. Il fit alors, selon ses thuriféraires, obstruction au projet d’Ely et demanda à ce que la parole donnée au peuple, soit tenue. Sagement, notre président Ely, revient à la raison et les élections furent organisées à la date prévue.

Un nouveau président a été élu à travers un scrutin salué par tous les compétiteurs et par la communauté internationale. Le président SIDI O/ CHEIKH ABDALLAHI, est élu a la magistrature suprême. La junte militaire a tenue sa promesse.

Le président SIDI OULD CHEIKH ABDALLAHI, fait montre d’une tranquillité, et d’une volonté telle qu’il n’eut pas grand peine à s’attaquer, avec habileté et courage aux grandes questions pendantes, l’esclavage, le passif humanitaire et l’enracinement de la démocratie. Dès les premières semaines de son mandat le président, s’est attaqué de façon frontale et sans équivoque à ces problématiques récurrentes.

Des textes réglementaires furent élaborées et votés pour mettre fin a l’impunité juridique de la pratique de l’esclavage. Désormais l’esclavage est criminalisé, la justice le voit autrement maintenant, ce n’est plus un fait ou un état anoblissant, au contraire l’esclavage, est devenu un crime passible de peine et d’amende. Un même traitement est réservé à la question du retour des déportés et du passif humanitaire. Ces actions courageuses, font de cet « homme de Dieu » un président fort, capable de résoudre les grands problèmes sans susciter la sensibilité d’un quelconque groupe fut-il –dominant ou dominé.

Ce fut dans cette période, et pour la première fois dans l’histoire de ce pays, que le pouvoir et l’opposition se concertent sur toutes les politiques et toutes les actions publiques. Le parlement qui n’était qu’une chambre d’enregistrement et d’applaudissement des actions du gouvernement, a recouvert tout ses droits et toutes ses prérogatives, et, est devenu un parlement digne du nom. Le pays commençait à prendre l’allure d’un Etat démocratique, le pouvoir était ouvert à la critique, acceptait la contradiction, et tout le monde commençait à se sentir en sécurité dans le pays et à rêver d’un avenir meilleur.

Nos vaillants militaires ont tenus leur promesse de rendre le pouvoir aux civils dissipant, dans l’esprit de ceux qui doutaient de la loyauté de la junte, la crainte que ce ne fût que ruse. Mais subitement, et contrairement à toute attente, nous fumes secoués, comme pour nous rappeler que nous dormions et que la démocratie que l’on avait construite au tour de nous, n’était qu’un songe. En effet, le 6 août 2008, tout s’envole subitement, un nouveau coup d’Etat tombe sur les têtes. Nos militaires nous ont trahis!

Mais les membres du CMJD ne peuvent, tout de même, pas être des menteurs ! Ils ne peuvent pas tous être sans parole d’honneur! Ils comptaient effectivement parmi eux, des officiers honnêtes et émérites ; des hommes de parole d’honneur qui ne trahissent pas leur peuple.

Cette fois au complot, personne n’a parlé de Ely O/ Med Vall, ni du colonel Ould Boubacar, mais de colonel Med O/ AbdelAziz et le colonel Ould Ghazouani. Oui que de ces deux officiers : le chef d’Etat major particulier, Med O/ AbdelAziz et le chef d’Etat major nationale Med O/ Gazouani. Ils furent pour tant, tous deux membres du CMJD ; ils avaient promis, comme leurs pairs naguère, de garantir et de préserver les résultats des élections : la démocratie.

Mais ces deux officiers, tout fraîchement promus généraux, se conduisaient de manière équivoque ; leur conduite suscitait beaucoup de questions. La loyauté qu’ils affichaient au président n’était nullement sincère. La crise suscitée pour gangrenait la saine politique, le Parlement manipulé contre l’exécutif, les députés qui menaçaient de déposer une motion de censure contre le gouvernement…, tout n’était que manifestations d’une conspiration savamment préparée par eux. Ils voulaient la tête du gouvernement, ils n’étaient pas contents de la nomination de OULD WAGF. Et pourtant, ils ne l’étaient, non plus pas contant du premier ministre Zein O/Zeidane. Que se passait-il alors?

Des tentatives de réconciliation entre l’exécutif et le législatif, menées par le l’illustre président de l’assemblé Nationale, Monsieur Messaoud OULD BOULKHAIR, malgré tout l’effort fournit par l’homme, ne donnent pas de résultat. Et puis les tireurs des ficelles de la fronde apparurent au grand jour, ils ne se cachaient même plus, ils convoquent les députés, tiennent avec eux des réunions dans leur bureaux établies à la présidence même. C’est eux qui pilotent la conspiration, ces deux que reçoivent les dépités leurs ordres. Med O/ Abdel Aziz et Ghazouani étaient les principaux instigateurs de la fronde ; ils cherchaient à déstabiliser le pouvoir. Mais au fond, quelles étaient leurs raisons ? Cherchaient-ils le pouvoir?

Med O/ Abdell Aziz et Ghazouani voulaient prendre le pouvoir, ils avaient ourdi la crise pour reprendre le pouvoir. Nos héros, nous avaient-ils donc menti ? N’étaient-ils pas des vrais héros ? Qui étaient-ils alors vraiment? Etaient-ils seules ou soutenus par d’autres puissances ? Leurs promesses n’étaient-elles donc pas sincères ? Certes, non ! Ils nous avaient trompés ; ils projetaient de faire un nouveau coup d’Etat, mais cette fois, contre une réelle démocratie.

Un plan pour renverser le pouvoir, était déjà élaboré, il avait été en effet décidé d’organiser une marche contre la présidence dirigée par les députés frondeurs avec la conspiration du BASEP : il était prévenu qu’arrivé à la présidence le BASEP, chargé de la protection du Président, allait ouvrir grandes les portes du palais et laisser les manifestants marcher violement contre ses occupants.

Un plan d’une lâcheté extrême, pour instaurer la peur et le désordre et porter atteinte à la vie du Président et sa famille pour justifier la reprise du pouvoir par le BASEP, en sauveur de la nation, en arrêtant le désordre qu’il aurait lui-même suscité, après que le président soit tué ! Un plan qui ne sera heureusement pas réalisé ; des fuites eurent lieu ; le Président en sera informé deux a trois jours avant son exécution.

Pour parer au complot, il ne restait plus que affronter les rebelles et de les limoger avant qu’il ne soit trop tard. Mais hélas, l’industrie du coup d’Etat était déjà enclenché, c’est trop tard, le complot est ourdit. Le 6 août, très tôt le matin, les quatre chefs d’Etat major sont limogés et, au lieu de se soumettre comme le ferait tout officier d’honneur, les loups s’emparent du pouvoir. Quelle imposture !

Info source : Ahmed Samba Ould Abdallahi