mardi 29 juin 2010

La question de la langue en Mauritanie

Faculté motrice des activités individuelles et collectives, le langage est un des déterminants décisifs des ressorts psychologiques, sociologiques et politiques des différentes catégories et couches sociales. Il est, au travers de ses manifestations particulières que sont les divers idiomes et les différents niveaux de langue, consubstantiel de la formation des strates sociales comme des groupes et des nations.

Un des piliers fondamentaux de tout projet de développement politique, social ou économique, l’outil linguistique est aussi et à ce même titre au cœur des dispositifs dont se dotent d’ordinaire toutes les politiques de domination, d’exclusion et de mainmise monopolistique.

On comprend alors que cette ambivalence est source de grande sensibilité de la part de tous à l’endroit de la question linguistique et on comprend concomitamment que sans que cette question soit convenablement et sérieusement prise en compte par les pouvoirs publics elle continuera de faire le bonheur de surenchères irresponsables et de visions partiales.



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Quatre éléments saillants font ou refont surface dans le débat actuel sur la question linguistique en Mauritanie[1].


1°/ Le premier est celui du statut de la langue arabe par rapport aux autres langues nationales. Les locuteurs maternels de l’arabe, en l’occurrence de l’arabe ḥassânîde (en tant qu’il s’agit d’une des différentes variantes vernaculaires dont dispose la langue arabe normative), bénéficient à ce titre d’une langue si profusément étudiée et analysée depuis des siècles et qui de surcroit est une langue internationale dont l’assise géostratégique immédiate comprend plus de 20 Etats. Ainsi les locuteurs maternels des autres langues nationales se sentent-ils désavantagés dans la mesure où celles-ci n’ont pas encore suffisamment bénéficié d’un développement comparable à l’échelle globale.

Cet état de fait est en conséquence à l’origine d’un sentiment d’inéquité et d’un malaise chronique qui ne pourront être dissipé sans que des garanties convaincantes ne soient fournies. Ceci est d’autant plus le cas que ces langues sont, il va sans dire, dépositaires du patrimoine culturel et de l’apport créatif de leurs locuteurs et qu’elles leur assurent concurremment une continuité historique et géographique essentielle. Que les langues n’aient pas la même histoire ne peut servir de prétexte pour ne pas traiter les citoyens sur un pied d’égalité.

2°/ Le second aspect est que la langue arabe est la langue officielle de l’Etat. Elle est donc censée être l’outil de toute communication officielle. Elle tient en effet une place prépondérante dans les institutions éducatives et celles des média. Néanmoins le français demeure de fait la langue administrative et plus particulièrement celles des secteurs économiques et financiers. Ainsi, quoi que langue étrangère pour tous les Mauritaniens, le français reste-t-il la langue de travail et conserve le statut dit de « prestige language ». Celui qui ne peut faire valoir une certaine maîtrise du français ne parviendra que difficilement à des postes de premier plan au sein de l’Etat. Il ne pourra même que fort difficilement obtenir un travail subalterne.

3°/ Le souci principal des parents d’élèves lorsqu’ils sont confrontés à la question du choix de la langue éducative n’est pas seulement celui des considérations liées à leurs langues maternelles. Leur choix est en grande partie dicté par la volonté d’assurer à leurs enfants des métiers de premier plan dans les deux secteurs public et privé. Or, pour le moment, la langue française prédomine dans ces deux secteurs aussi bien en Afrique du Nord qu’en Afrique de l’Ouest.

4°/ Dans la plupart des cas, les faits avérés montrent que, compte tenu notamment des éléments précédents (3°), les hauts-cadres de l’Etat tiennent à ce que leurs enfants reçoivent leur éducation dans des écoles françaises ou francophones. L’attitude des arabophones natifs et des non-arabophones parmi les « élites » de l’Etat s’avère en général identique à cet égard. La différence entre les uns et les autres se situent ailleurs.

Les premiers, étant donné que l’arabe est leur langue maternelle, ne peuvent assumer à visage découvert des positions opposées à cette langue par crainte des réactions de leurs propres milieux sociaux. Aussi préfèrent-ils d’ordinaire ne pas prendre parti dans le débat public sur la question linguistique. Ce n’est en général pas le cas de leurs confrères dont l’arabe n’est pas la langue maternelle.

N’étant pas confrontés aux mêmes contraintes sociales, ces derniers parviennent sans détour à assumer leur position : A leurs yeux, la langue arabe ne permet pas d’assurer à leurs enfants l’avenir socioprofessionnel escompté. Celle-ci n’étant pas leur langue maternelle, qui plus est délaissée par les élites dont elle est la langue maternelle, ils se sentent délivrés de tout sentiment de culpabilité à son égard. Ce n’est pas pour autant qu’ils ne la revendiquent pas sur d’autres plans (en tant que leur langue liturgique, la langue savante de tant d’érudits de leur communauté d’origine – ceux-ci n’ont eu en effet de cesse de l’apprendre et de l’’enseigner, comme ils l’ont propagé et continuent de le faire, etc.).

C’est dans les éléments que nous venons d’énumérer brièvement que se déclinent, nous semble-il, les principaux termes de la problématique sous-tendant le débat fracassant ayant secoué la Mauritanie ces derniers temps. Il s’agit du débat que l’on avait appelé dans les décennies précédentes « la question de la langue arabe ». Qu’il ait été par la suite inscrit dans la Constitution que l’arabe est la langue officielle de l’Etat cela n’a constitué pour l’instant qu’une solution juridique abstraite.

La question linguistique reste entièrement posée sur le plan des faits concrets. Néanmoins, à l’instar d’autres dossiers d’importance, elle a été plus ou moins escamotée par la crise politico-sociale de ces dernières vingt années. Maintenant que cette crise commence à baisser d’ampleur, la problématique linguistique refait surface notamment en raison des perspectives de l’organisation des journées de concertation nationales ayant pour objet l’élaboration d’une nouvelle politique de l’éducation dans le pays.

Dans ce qui suit, nous posons la question de la langue arabe de la façon qui nous semble la plus impartiale possible. Nous laissons au lecteur averti le soin de rechercher des solutions. Certes, nous proposerons quelques pistes de solution (dans le texte comme les notes de bas de page) mais nous admettons de facto que la question est complexe et qu’il n’y pas de solutions toutes prêtes. S’opposer à la langue arabe ou à d’autres langues nationales, au-delà de l’inanité qu’il comporte, relève d’une attitude déloyale et antinationale.

S’opposer aux langues étrangères, et particulièrement au français (dont le rôle est encore important en Mauritanie) est une erreur et un suicide sociopolitique. Œuvrer pour qu’une langue étrangère soit substituée à une langue nationale est un acte peu courageux dont le seul aboutissement est celui de dilapider les énergies de la société et de les détourner de leur tâche essentielle : le développement humain.




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La langue arabe est la langue de la culture islamique. Elle l’a été tout au long de l’histoire de l’Islam. C’est celui-ci qui l’a développée et l’a consacrée en raison du statut spécifique de celle-ci en tant que la langue de la révélation coranique et du corpus prophétique. L’Empire Musulman en a naturellement fait sa langue administrative, le médium de sa production intellectuelle et la langue de son élite dirigeante. Nécessaire pour exercer toute haute fonction au sein de l’Empire, la langue arabe s’est ainsi substituée aux deux grandes langues qui se disputaient jusque là le Proche et le Moyen-Orient antiques : le grec et l’araméo-syriaque. Elle s’est aussi substituée petit à petit au perse. Le processus de propagation de la langue arabe fut cependant graduel, le perse et le grecque ayant même servi au début de l’Empire Musulman de langue cadastrale dans les régions où elles avaient prédominé.

Lorsque, dans les régions restées arabophones du Monde Musulman, des Etats postcoloniaux ont vu le jour, la langue arabe, au travers de ses variantes parlées et de son corpus savant, apparaissait encore dans chacun de ces Etats comme la langue millénaire de la majorité de la population aussi bien sur le plan de la culture que sur celui de la communication. Comment fallait-il tenir compte de cet état de fait ? Plusieurs considérations ont été alors soulignées pour plaider en faveur de l’adoption de l’arabe comme langue officielle au détriment de la langue héritée du Colonisateur. Rappelons-en les plus significatives.

1- La vocation fondamentale de l’Independence est celle de permettre l’affranchissement du joug de la domination. Et l’histoire enseigne que la langue a de tout temps été le plus décisif des instruments de domination après celui de l’occupation militaire.

2- Le développement humain, clef de voûte de tout développement, repose sur une éducation moderne à même de promouvoir l’esprit de création et d’innovation. Il va sans dire que la promotion de cet esprit dépend généralement pour les membres de chaque société de la promotion de leur langue maternelle.

3- Les Etats modernes sont le plus souvent, en raison précisément des deux considérations précédentes, jaloux de leur indépendance linguistique. Même l’inexistence de langue écrite dans l’héritage propre de nombreux Etats dans le monde ne les a pas empêchés d’œuvrer à dispose d’une langue unificatrice qui leur soit propre pour s’émanciper de la dépendance linguistique à l’adresse d’autres pays quand bien même il s’agirait de pays amis. Aussi l’objectif est-il toujours celui de protéger l’indépendance intellectuelle et l’esprit créatif des citoyens d’un Etat donné (les dédales de la bipolarité linguistique et la subordination à une langue étrangère sont considérés comme néfastes pour toute créativité ou productivité intellectuelles). Les exemples de la Norvège,[2] d’Israël[3] et de Madagascar[4] sont parmi les plus édifiants en la matière.

Or, dans les pays musulmans dits arabes ou arabophones (c’est-dire ceux des pays musulmans dont la population est formée majoritairement de locuteurs de telle ou telle variante vernaculaire de l’arabe) la culture islamique est diffusée dans et par la langue arabe. Leur histoire est liée à cette langue si importante pour la continuité mémorielle de leurs populations. Il est donc pense-t-on logique dans cet ordre d’idées qu’elle demeure la langue officielle de ces pays. Plusieurs raisons sont alors invoquées.

1- La langue arabe est une langue suffisamment développée pour relever les défis modernes. Il s’agit une langue à la fois savante et vivante[5].

2- Elle a demeuré des siècles durant (du 8ème au 13ème) l’unique « prestige language »[6] dans le monde.

3- Elle est restée la seule langue de la communication savante dans toutes les régions islamisées avant de connaître sa période de repli (du 13ème au 19ème). C’est encore une langue assez présente et influente à l’échelle internationale.

4- Elle a toujours bénéficié et bénéficie encore d’un statut privilégié auprès de tous les adeptes de la religion musulmane[7].

5- C’est la principale langue liturgique d’un bon nombre d’Eglises chrétiennes dans le Monde Arabe.

6- Elle a été la langue d’une partie majeure du corpus religieux et philosophique juif durant les époques médiévales.

7- Elle a exercé son influence sur de nombreuses langues anciennes et modernes. De même qu’elle a joué en Afrique et dans une bonne partie de l’Asie[8] un rôle historique largement analogue à celui que le latin a joué en Europe occidental (transmission des caractères écrits, formation du vocabulaire savant des langues locales, unifications des élites, etc.).

8- C’est la langue du Texte coranique dont procède l’essence spirituelle de chaque musulman, abstraction faite de toues les particularités géohistoriques (Les Etats ayant adopté la langue arabe comme langue officielle sont bien entendu formés majoritairement de musulmans).

9- Elle constitue le lien sociopolitique de plus de 20 Etats dans un monde où il n’y a plus de place que pour les grands blocs géostratégiques. Ainsi est-elle une des six langues de travail internationales.

10- Elle a connu durant les deux derniers siècles (19ème et 20ème) un développement de la production littéraire qui a presque surpassé ce qu’elle a connu durant sa longue histoire.

11- Elle n’est pas seulement la langue officielle des Etats de la Ligue Arabe, elle est également langue officielle dans certain nombre d’autres pays limitrophes[9].

12- Elle est enseignée de façon officielle ou para-officielle dans tous les autres pays musulmans.

13- Elle bénéficie d’une présence non négligeable dans les pays africains et asiatiques limitrophes des pays arabes[10].

14- C’est la seule langue vivante qui ait à son actif plus de 14 siècles en tant que langue savante et qui est simultanément une langue vivante (utilisée encore comme langue de travail et de communication), en ce sens que ses locuteurs parviennent à comprendre ses plus anciens textes sans grande difficulté et sans formation spécifique.

15- Elle occupe une position de premier plan dans la classification des langues internationales au vu des 6 critères par lesquelles se mesure la puissance d’une langue[11].

16- Elle fait partie des six langues reconnues comme langue de travail de la plus haute instance internationale : L’ONU. Et c’est de la même manière qu’elle est la langue de plusieurs organismes internationaux[12].

17- Elle occupe la 2ème position parmi les 11 langues les plus parlées au monde[13].

18- Au sein de ces dernières, elle fait partie des 8 langues qui tendent à se partager le globe et dont chacune possède une assise géographique solide[14].

19- Elle fait partie des 6 langues internationales dont les populations locutrices se distinguent par une des expansions démographiques les plus élevées[15].

20- Toutes ces considérations sont suffisantes pour que chacun des Etats où la population est majoritairement arabophone procède à l’officialisation de la langue arabe, qui doit l’emporter ainsi sur la langue de l’ex-puissance étrangère.

Néanmoins, d’autres éléments moins réjouissants sont à prendre en compte. De telles considérations ne peuvent les faire occulter. La langue arabe requiert en effet d’immenses et inlassables efforts pour en parachever la modernisation et la mettre en phase avec un monde en évolution. Ces efforts n’ont pas encore été tout à fait accomplis. L’arabe souffre d’énormes points de faiblesse qui ne pourraient être dissimulés et auxquels il faut indubitablement remédier.

1- Elle est encore privée du statut de « prestige language », statut qui confère à certaines langues étrangères, notamment dans les pays arabes (le français au Maghreb et l’anglais en Orient), de nombreux privilèges sociopolitiques.

2- Elle est assiégée dans l’usage populaire quotidien par une diglossie qui désavantage le niveau littéraire au profit des variantes vernaculaires. Elle est aussi assiégée par des langues étrangères qui conservent en partie le monopole de la production intellectuelle modernes notamment dans le domaine technoscientifique (qui va de pair avec la production lexicologique en techno-science). Cette situation est encore renforcée par les insuffisances sur le plan de l’édition lexicographique arabe. La production des académies de la langue arabe, en matière de dictionnaires usuels et a fortiori en matière de dictionnaires etymologiques, est encore marquée par une grande carence éditoriale.

De nombreuses autres difficultés techniques persistent : Les procédés de dérivation doivent être davantage pris en charge pour mieux répondre au besoin de néologismes adéquats ; Des disciplines par pans entiers continuent de payer les frais d’une terminologie anarchique et d’une activité de traduction à la traine (malgré les efforts louables du Centre de Coordination de l’Arabisation et de l’Institut Arabe de la Traduction) ; La mise à profit des méthodes des sciences humaines modernes et notamment de la linguistique général fait en partie défaut[16] .

3- Ces facteurs et d’autres encore risquent de produire une situation effroyable pour la langue arabe : Il s’agit de la situation que les linguistes appellent la phase du bilinguisme de fait et qu’ils considèrent comme périlleuse pour l’avenir de toute langue. Comme l’enseigne l’historiographie linguistique, le phénomène de la bipolarité idiomatique est un phénomène auquel aucune langue ne peut survivre durablement. Pour les linguistes, lorsqu’une langue perd la primauté sur son propre terrain, elle devient une langue de seconde zone en voie de disparition.

Aussi plusieurs démarches doivent-elles être entreprises, pour remédier à ces insuffisances, aussi bien au niveau de la l’éduction familiale et scolaire[17] qu’au niveau de l’institution éducative[18] de façon générale.

Le statu quo en la matière se résume alors en deux aspects.

 L’arabe demeure la langue officielle du point de vue juridico-formelle mais privée de fait du statut de « prestige language ».

 Le statut de « prestige language » est accaparé par une langue étrangère. Celle-ci n’est pas consacrée par la Constitution mais sa maîtrise est posée de façon tacite comme une condition sine qua non pour occuper les postes de premier plan.

Si ce statu quo est maintenu, la tension entre les deux langues se poursuivra et s’intensifiera. Les prometteurs de l’une ou de l’autre feront toujours feu de tout bois, trouveront toujours un nouveau prétexte pour réalimenter la polémique. Les faits resteront cependant inchangés :

 1°/ Les cercles dominants ne peuvent admettre publiquement qu’ils délaissent l’arabe au profit d’une langue étrangère - qu’ils considèrent comme la langue de prestige. Ils savent que s’ils y procédaient leur position serait difficilement tenable face à la loi et surtout face à l’opinion publique.

 2°/ Ils ne peuvent pas non plus s’affranchir de la langue étrangère et ce pour deux raisons.

- D’abord, c’est cette même langue étrangère qui leur garantit leurs privilèges et leur domination au sein de l’Etat.

- Ensuite, la généralisation de la langue arabe et son officialisation effective nécessitent des efforts systématiques (notamment sur le plan scientifique) et des investissements que ces cercles ne sont pas prêts à assumer.

Il semble qu’en ces points réside le nœud de la question linguistique en Mauritanie. L’alibi ethnique qu’on invoque parfois relèverait davantage de la manipulation de l’opinion. Son invocation va en grande partie à l’encontre des faits avérés. Les diverses communautés non arabophones du sud du pays entretiennent une histoire millénaire avec l’Islam et la langue arabe. Et c’est avec un enthousiasme exceptionnel que ces communautés n’ont eu de cesse de propager la langue arabe dans toute l’Afrique de l’Ouest et elles continuent de le faire[19].

La question linguistique est, en outre, sous-tendue par d’autres problématiques à caractère objectif comme à caractère subjectif et dont il faut tenir compte. Nous en relèverons trois à titre d’exemples.

1- Les communautés nationales dont l’arabe n’est pas la langue maternelle ne pourront que continuer d’avoir certaines appréhensions dans la mesure où leur situation linguistique diffère de celle des arabophones natifs[20]. De telles appréhensions se traduiront toujours par des réactions négatives. Il en sera ainsi aussi longtemps qu’une politique rationnelle n’a pas été entreprise dans l’objectif de réhabiliter leur langue de façon sérieuse et sans préjugés. Il est tout à fait déplacé d’impliquer ces langues dans la tension entre l’arabe et le français. Elles sont dépositaire du patrimoine de ces communautés, c’est-à-dire d’un patrimoine national qui doit être protégé.

Il est donc de la plus haute importance de développer ces langues notamment au travers de la promotion de leur production écrite et de leur insertion dans le système éducatif. La langue maternelle constitue pour tout un chacun l’outil irremplaçable de toute production scientifique effective et le socle de tout esprit créatif. Il faut, en outre, permettre à tous les citoyens d’apprendre ces langues : il en va ainsi pour une meilleure communication entre les communautés non-arabophones et le reste de la population, c’est-à-dire pour réduire le cloisonnement culturel mais aussi pour élargir ou ouvrir davantage les horizons intellectuels de la communauté nationale.

L’apprentissage d’une ou plusieurs langues nationales s’impose avec plus d’insistance pour ceux dont le métier, dans le public ou dans le privé, requiert un contact direct avec des populations non-arabophones. Toute omission ou prise à la légère des langues nationales ne traduit qu’une attitude inepte et impardonnable[21].

2- L’apprentissage d’une ou plusieurs langues modernes[22] est une nécessité. Il est recommandé d’un point de vue pédagogique de commencer à enseigner aux enfants dès leur jeune âge dans le même temps que leur langue maternelle et la langue officielle. Le monde-village dans lequel nous vivons exige de chacun un certain niveau d’instruction sans lequel il ne peut espérer ni autonomie personnelle ni participation au développement du pays et de la société où il vit. Le niveau d’instruction dépend en partie du nombre de langues acquises. Car ce sont d’abord des barrières d’ordre linguistique qui empêchent l’accès à l’information, dans un monde où celle-ci est le fondement de toute richesse.

3- A l’échelle individuelle, l’esprit créatif va de pair avec la maîtrise de la langue maternelle. A l’échelle collective chaque Etat doit disposer d’une langue de travail qui lui permet de s’émanciper de toute tutelle étrangère et dont le caractère officiel est protégé par la loi comme par le statut de « prestige language ».

4- A l’échelle individuelle comme collective, l’apprentissage de plus d’une langue étrangère est nécessaire au même titre que celui de la langue maternelle et de la langue officielle.

La tension entre l’arabe et le français en Mauritanie est régie, depuis 1952 jusqu’aujourd’hui, par les deux facteurs suivants.

1- Il y a d’abord une mécompréhension chronique quant au rôle et à la nature spécifique du langage. Il est, comme nous l’avons déjà rappelé précédemment, la faculté motrice des activités individuelles et collectives de même qu’il est un des déterminants décisifs des ressorts psychologiques, sociologiques et politiques des différents groupes et nations. Il ne s’agit donc pas d’un outil neutre. La question linguistique ne peut continuer d’être prise à la légère, laissée encore et toujours à la discrétion des manipulations incendiaires de tout bord. C’est un statu quo fort risqué et qui a tant compromis toute stratégie de développement et paralysé la vie publique dans son ensemble.

2- L’indépendance et le développement effectifs sont quasiment et depuis toujours des projets en suspension. Ils sont les premiers à faire les frais du manque de vision qui caractérise les pouvoirs publics en Mauritanie. Aucune stratégie globale et cohérente en matière de développement humain n’a jamais vu le jour.

De fait, ceux qui revendiquent l’arabe comme langue unique n’y voient, majoritairement, qu’un privilège féodal et un attribut de pouvoir. Les dangers du repli sur soi et de l’inaction les guettent sans qu’ils en aient une véritable prise de conscience. De même, ceux qui revendiquent le maintien du français comme langue unique n’y voient qu’un privilège féodal leur permettant de continuer à asseoir leur joug sur l’écrasante majorité de leurs concitoyens.

Ainsi croient-ils prendre appui auprès d’un parrain lointain et hypothétique qui réfléchirait à leur place aussi bien sur le passé, que sur le présent et l’avenir. Ils ne parviennent pas encore à prendre conscience que les Français sont eux-mêmes accaparés par la lutte de survie (leur survie et celle de leur langue) face à l’expansion de la mondialisation et de son médium, l’anglais[23]. Munie d’une surpuissance technoscientifique, médiologique, politico-économique et militaire, cette expansion apparaît de plus en plus irrésistible[24]. La France est en outre encore confrontée aux revendications de ses propres langues dites régionales exigeant à leur tour un effort de sauvegarde[25].

La question linguistique a été et est encore à l’origine d’une paralysie affligeante du développement humain dans ce pays. La Mauritanie ne pourrait, cela va sans dire, se sortir de sa situation insoutenable sans s’appuyer sur des ressources humaines suffisamment qualifiées. Plusieurs stratégies sont nécessaires pour y parvenir.

I- Une réforme judicieuse de l’éducation

1- Tous les élèves doivent pouvoir intégrer des institutions éducatives structurées en fonction des exigences du développement économico-social. La question linguistique doit y être envisagée suivant un procédé scientifique et selon un point de vue stratégique loin des passions[26]. L’acquisition de la langue ne peut y être une fin en soi mais le moyen privilégié d’acquérir des savoirs, des savoir-faire et des savoirs techniques. La langue y est censée être un moyen pour acquérir les connaissances et non une barrière empêchant hermétiquement d’y avoir accès.

2- Il y a besoin d’une mise à profit pleine et entière des ressources humaines du pays. Les potentialités de tout un chacun doivent être prises en compte. Celles-ci représentent de riches et inépuisables ressources qui nécessitent d’être employées de manière efficace et pragmatique. Les dispositions dites innées sont d’une grande variété chez les individus. Certains sont peut-être plus doués pour un métier plutôt qu’un autre. Mais chacun à ses propres dons et talents. Pour ce qu’il est, chaque individu est porteur d’une dignité inaliénable. Dans l’édifice global du développement, tout individu n’est rien moins qu’une perle rare : la division du travail nécessite la conjugaison de tous les savoirs et savoir-faire bien acquis, du nettoyage des chaussées aux nanotechnologies[27].

3- Une des missions primordiales dont l’éducation doit être investie est celle de cultiver et développer le sens civique et l’esprit de la citoyenneté dans ses diverses dimensions spatio-temporelles. Et c’est au nom de cette même mission que l’éducation doit permettre de cultiver et de développer le sens du respect de l’autre (l’autre avec lequel à un niveau ou à un autre on a fatalement en partage un lien de fraternité : celui de la langue, de la religion, de la géographie ou de l’humanité). Rien ne peut être au dessus de la fidélité à Dieu et à l’égalité citoyenne. Les liens de subordination traditionnels n’ont pas droit au chapitre dans les rapports citoyens.

II- Réforme normative et déontologique

1- Il est temps de disposer d’un corpus de normes permettant de délimiter les responsabilités individuelles et collectives en matière de rapports à soi et à autrui comme en matière de rapports à la chose publique.

2- La loi doit pouvoir s’’imposer à tous, aux gouvernants comme aux gouvernés, du juge au portier et de l’élu à l’électeur.

3- Il appartient aux organes législatifs, judiciaires et exécutifs de tout mettre en œuvre pour que cette double réforme éducative et normative soit effective. Pour ce faire, il n’est d’autre voie que celle de la détermination et de la persévérance, celle de la rupture définitive avec les tergiversations et la politique de l’autruche. Il est impératif que ces mêmes organes parviennent à mettre un terme aux équivoques encore persistantes entre la mise en application de loi et les restrictions en matière de libertés. En finir avec de telle équivoque est le meilleur moyen pour désamorcer les actes de manipulation de l’opinion et les réactions crispées relevant d’instincts primaires (celles dont les auteurs en sont souvent aussi les premières victimes).

De par sa vocation éducative, la loi doit pouvoir s’imposer et imposer ainsi la discipline citoyenne à tous, elle doit développer chez chacun le sens du respect de soit comme celui du respect d’autrui. Sans cela le cercle infernal des déchirures sociales ne cessera de s’autoalimenter : chaque réaction provoquera une réaction et même chaque non-réaction provoquera une réaction.

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Nous ne pouvons conclure le présent propos sans insister sur les trois éléments suivants.

1- Les personnes actuellement aux commandes ou susceptibles de l’être sont majoritairement unilingues : Elles sont en général ou exclusivement formées en arabe ou exclusivement formées en français. Les qualifications professionnelles chez les unes comme chez les autres sont quasi-inexistantes. Elles sont victimes d’un système éducatif dont l’échec aussi bien en termes qualitatifs qu’en termes quantitatifs est patent. Aussi longtemps qu’une politique cohérente de formation continue n’a pas été mise en œuvre, elles continueront à pâtir de cette situation.

Seule une telle politique pourrait pallier aux carences héritées par le recours à des formations obligatoires et régulières dans des disciplines telles que les langues, nationales et étrangères, ou l’informatique (et ce en plus bien entendu de la formation continue dans le domaine de spécialité de chacune des personnes concernées). La responsabilité doit en incomber aussi bien aux employeurs qu’aux employés. Les instances publiques (telle que la Fonction Publique ou l’Inspection du Travail) auquel revient la charge de veiller à la mise en œuvre de cette politique doivent établir des critères objectifs d’évaluation (inspections et contrôles annuels etc. ). Sans une telle politique, le chômage à visage découvert ou plus moins déguisé continuera de ronger les deux secteurs public et privé en Mauritanie.

2- Quant aux nouvelles générations d’écoliers, la maîtrise de l’arabe et d’au moins une langue étrangère, notamment le français, doivent être naturellement assurées dès l’étape de l’enseignement primaire. Ce n’est rien d’autre qu’une exigence naturelle dans un système éducatif digne de ce nom, c’est-à-dire un système éducatif dont la politique est mise en place comme il se doit par des experts rompus à leur métier. Le cœur de cette nouvelle politique éducative doit être l’excellence des programmes et leur adéquation avec les besoins bien définis d’un développement humain global.

Il s’agit ici (= qualité des programmes et leur adéquation avec le marché du travail) de choix décisifs sur lesquels les prochaines journées de concertation doivent se prononcer si on entend qu’elles aient un minimum de crédibilité. Si importante que soit le choix des langues de l’éducation, celles-ci restent un facteur parmi tant d’autres. Et c’est la réunion de ces facteurs (les langues, les mathématiques, l’informatique et les sciences, les travaux pratiques, etc.) qui assurent la qualité de l’éducation[28].

3- Langues nationales (que l’on implique souvent à tort dans le débat sur le français et l’arabe) nécessitent un travail appliqué qui les met à l’abri de toute exploitation idéologique. Le premier pas sur ce plan est celui de redynamiser l’Institut des Langues Nationales dont une des vocations est d’organiser des sessions de formation dans ses langues (le succès dont ont fait preuve dans ce domaine les missions américaines du Corps de la Paix est un des éléments dont pourrait s’inspirer l’Institut).

Ces formations doivent être obligatoires pour les fonctionnaires (ceux de l’administration territoriale, du secteur judiciaire, de la santé et de l’éducation, etc.) amenés à exercer dans des régions où ces langues sont présentes. Il semble important aussi que cet Institut retrouve ces deux missions originelles : la formation scolaire et la recherche linguistique et historiographique (et ce quelque soit par ailleurs son lieu d’accueil, au sein de l’université ou ailleurs).

• Mohamed Ould Abdal Haye est docteur es-lettres, ancien directeur du département des langues et de la traduction de l’université de Nouakchott, il enseigne actuellement à l’université d’Ajman (E.A.U.) des sciences et de la technologie.

* MohamKHSQHl Haye est docteur es-lettres, ancien directeur du département des langues et de la traduction de l’université de Nouakchott, il enseigne actuellement à l’université d’Ajman (E.A.U.) des sciences et de la technologie.6

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[1] Voici la situation linguistique en Mauritanie telle qu'elle apparait dans un rapport de synthèse élaboré par le portail de l'aménagement linguistique dans le monde (Université de Laval - Kanada). Le quel rapport se fonde sur les données comparées d'Ethnologue, de Peaple group et de Joshua Projet.
Population: 3,2 millions (est. 2008)
Langue officielle: arabe classique
Groupe majoritaire: arabe dialectal hassanya (80 %)
Groupes minoritaires: poular (7 % - 12 %), soninké (env. 4 %), wolof (0,4 %), bambara, berbère, azer, etc.
Langue coloniale: français
Cf. www.tlfq.ulaval.ca/axl/afrique/mauritanie.htm

[2] Au Norvège, le danois a été la langue officielle de 1397 à 1814. Lorsque la décision a été prise d'officialiser le norvégien et que les dispositions nécessaires à cet égard ont été prises, le danois a été complètement écarté de l'usage en Norvège.

[3] L'hébreu fut une langue quasi morte durant 1700 ans (du 2ème au 19 siècle). Il doit sa renaissance moderne au linguiste Eliézer Ben Yehouda. Celui-ci a réussi avec un travail d'équipe ayant duré quarante ans à redonner vie à cette langue et en faire le médium principale d'une population de 13 millions qui n'en avaient préalablement aucune véritable connaissance et qui vivaient à l'époque dans 102 pays de langue différente.

[4] Au Madagascar, le français a demeuré la langue officielle jusqu'en 1972. En nationalisant les secteurs économiques, l'Etat malgache a estimé du même coup devoir mettre un terme à la domination du français considérée par lui comme synonyme de la domination française. Le parlé malgache fut alors standardisé et institué avec succès langue officielle à la place du français.

[5] La langue arabe a connu le développement de ses formes écrites bien avant l'Islam. Mais c'est sous la double impulsion de celui-ci et de l'Empire Musulman (en tant que langue de la Révélation des sciences religieuse, langue administrative etc.) qu'elle a fait l'objet de tant de travaux descriptifs et normatifs sur les différents plans (orthographe, lexicologie, morphosyntaxe, stylistique, phonétique etc.)

[6] La maitrise de l’arabe était requise pour occuper des postes de premier plan. La langue arabe était alors devenue une des langues les plus puissantes à l'échelle mondiale (d'un point de vue politique, militaire, culturel, linguistique, économique comme d'un point de vue démographique).

[7] En tant que la langue des deux sources principales du droit musulman : le Coran et le corpus prophétique, comme en tant qu'elle est la langue liturgique de l'islam.

[8] Il s'agit du turque, du perse, de l'albanais, du français, de l'anglais, du russe, de l'allemand, de l'italien, de l'espagnol ainsi que de nombreuses langues africaines.

[9] C'est le cas par exemple du Tchad et de l'Erythrée.

[10] C’est entre autres le cas du Nigéria, du Mali, du Sénégal, de l’Iran et de la Turquie.

[11] Elle occupe 1°/ la deuxième position mondiale du point de vue du nombre de ses locuteurs (critère démographique), 2°/ la troisième position mondiale du point du vue du nombre des pays dont elle est la langue officielle (critère politique). Sa position est plus mitigée quant aux trois critères (culturel, linguistique et militaire). Du point de vue de la production éditoriale globale (critère culturel) elle occupe la 22ème place mondiale. Dans le domaine spécifique de la production scientifique, elle occupe la 42ème position mondiale. Voir notre ouvrage, Le phénomène linguistique : l'origine et le développement (en arabe), Abû Dhabî, 2005.

[12] Les six langues de l’ONU sont l'anglais, le français, le chinois, le russe (qui sont les langues des pays membres permanents du CC des ONU) puis l'arabe et l'espagnol qui sont les langues des deux plus grands blocs internationaux. Cf. Le phénomène linguistique, .Ibid..

[13] Voir pour les différentes classifications Ethnologue. Voir aussi Le phénomène linguistique, .Ibid..

[14] Cf. Le phénomène linguistique, op. cité..

[15] -Cette situation d'une langue proclamée officielle sur le plan formel mais qui ne l'est pas sur le plan effectif vide le statut de langue officielle de son sens et produit l'effet inverse. Elle donne l'impression aux jeunes élèves que l’arabe est un fardeau pour eux: Ils sont obligés de consacrer beaucoup de temps à son étude alors qu’ainsi enfermée dans un statut factice il ne pourra pas les aider à occuper les postes prestigieux auxquels ils aspireraient. Cela ne fait qu'accroitre la paralysie et la marginalisation de l’arabe consacrant l’image d'une langue stérile privée de tout génie créatif et de toute production intellectuelle originale.

[16] Au Maghreb le français est « le prestige language » à la maitrise duquel toute ascension sociale est suspendue. Il en va de même pour l'anglais en Orient.

[17] Les cinq premières années de l'enfance sont caractérisées par d'immenses aptitudes à l'apprentissage linguistique. C’est une opportunité que les parents et les institutions éducatives ne doivent jamais manquer pour permettre aux futurs élèves de dominer l’outil linguistique dont ils auront grandement besoin tout au long de leur apprentissage scolaire. Il est du devoir par exemple de la famille de saisir cette occasion irremplaçable et tenir à ce que ses enfants s'appliquent et s'exercent durant ces années à s'exprimer dans un arabe correct. L'acquisition d’un arabe correct du point de vue normatif et des bases d‘une ou deux langues étrangères sont à ce stade de l’âge une priorité.

[18] - Il appartient aux enseignants 1- de veiller à ce que les élèves aient un usage correct de la langue arabe moderne et contemporaine. Il est nécessaire que ceux-ci s’habituent à s’exprimer dans l’arabe moderne et à éviter les archaïsmes caractéristiques des usages traditionnels vieillis. Il est tout aussi nécessaire de les habituer à éviter l’usage fautif et autres solécismes propres aux niveaux familiers et vernaculaires. Il importe à cet effet d’encourager les élèves y compris dans leur propres conversations et même en dehors des cours réglementaires à utiliser la langue arabe normative. Différents jeux ludiques ou scéniques peuvent être utilisés dans cet objectif.;

2- de focaliser leur enseignement de l’arabe sur l’analyse des textes contemporains pour faire découvrir de façon inductive aux élèves les règles syntaxique et morphologique régissant la langue arabe telles que celles-ci apparaissent réellement dans l’usage normatif actuel. Tous les éléments morphosyntaxiques et grammaticaux qui ne répondent pas d’une exigence pratique relative à l’usage effectif et actuel de l’arabe normatif ne doivent figurer que dans les programmes universitaires réservés aux futurs spécialistes;

3- de mettre à profit les méthodes descriptives de la linguistique modern et de rénover de la sorte les procédés didactiques destinés notamment aux débutants;

4- d’opter dans l’enseignement de la littérature pour les textes relevant aussi bien de la langue arabe contemporaine et de la vie contemporaine (dans son rapport au présent comme dans son double rapport au passé et au futur) que des préoccupations et des centres d’intérêts actuels.

5- de promouvoir les méthodologies inductives, descriptives et déductives fondatrices de toute réflexion structurée et de tout esprit critique.

6- d’élaborer de nouveaux outils pour mieux procéder à l’évaluation de l’enseignement des langues.

7- de faire appel aux nouvelles technologies en matière d’apprentissage des langues. [19] Il est de la responsabilité des institutions éducatives

1- d’utiliser la langue arabe dans l’apprentissage des sciences appliquées et de la techno-science.

2- de veiller à la formation des enseignants spécialisés comme à l’amélioration constate de leur niveau au travers de la formation continue.

3- de contrôler la qualité linguistique des manuels scolaires et de s’appliquer à leur standardisation.

4- de participer au travail d’élaboration d’œuvres lexicographiques en cours de sorte qu’elles répondent aux besoins présents.


Mohamed Ould Abdalhaye*