Lettre à Birame ould Abeid,
Monsieur Birame,
Il y’a déjà quelques temps que l’envie de répondre a certaines de vos sorties intempestives contre les Beydanes (racistes comme vous aimez le rappeler) me tenaille, mais j’ai toujours pensé que le jeu n’en valait pas la chandelle et que vous finirez par m’en dispenser car vous vous serez rendu compte vous-même que le ridicule, a défaut de tuer, compromet forcément les projets de vengeance erronée et manquant cruellement de motivations comme celles pouvant justifier aux yeux des Harratines les sacrifices auxquels vous subordonnez le « paradis » promis par IRA au bout d’une révolution dirigée contre les Maures.
Il y’a d’autre part un proverbe, beydane lui aussi, qui recommande aux sages de ne pas se sentir visés par une offense dirigée contre un groupe ou une collectivité « khatyit voum el hassi » qui a souvent joué en votre faveur, non seulement auprès de moi, mais aussi auprès de beaucoup d’autres qui ont quelque chose a dire sur ce registre et qui sont au moins autant extrémistes et suicidaires que vous, mais qui ont toujours jugé normal de laisser la charge de vous répondre a ceux qui émargent au budget de l’Etat pour cette seule et unique fonction.
Mais comme vous le savez toute chose a des limites qu’il convient d’observer pour rester dans celles de l’acceptable et pour ne pas crever le seuil de tolérance de certains équilibres précaires qui, une fois rompus ne pourront plus jamais être rétablis. La leçon vaut également pour Samory ould Biye qui confond syndicalisme et droits de l’homme dans une terminologie qui ne sied ni a l’un, ni a l’autre et dont le moins qu’on puisse dire qu’elle est raciste pour exclure du champ de son action a la tête d’un syndicat, des travailleurs Maures dont il doit défendre les intérêts moraux et matériels.
Tant pis diriez-vous et advienne que pourra, mais je vous assure Birame qu’autant que n’importe quel mauritanien et peut être même un peu plus, vous avez intérêt a ce que cette probabilité ne se vérifie pas au dépend de la Mauritanie.
Ces précisions ayant été apportées, j’ai donc décidé de vous écrire cette lettre pour vous montrer d’abord que vos écrits et les sympathies douteuses dont vous bénéficiez dans certains milieux européens assez incultes et snobs pour donner un avis de valeur sur un sujet de société, ne sauront enfermer dans une quelconque logique de culpabilité le plus humble et le plus influençable des Beydanes.
Et ensuite pour revenir sur certains des points évoqués par vous dans l’interview fleuve que vous avez accordée au journal Le Calame dans son édition 753 du 24/08/2010 et qui méritent, me semble-t-il, non pas une réponse qui viendrait ajouter a la confusion que vous semez a tour de bras, mais des éclaircissements simples et vérifiables, a charge pour vous d’en prendre acte ou d’en établir la réfutation.
1) Je voudrais vous dire que cette question que vous qualifiez d’esclavagisme et de racisme et dont vous semblez faire un cheval de bataille (de courte haleine croyez-moi) a des fins politiciennes, ne s’adapte pas au cas de la Mauritanie et qu’elle n’est que la manifestation d’un phénomène social qui caractérise les différentes ethnies du pays indépendamment de la couleur de la peau.
Ne voulant pas m’étaler sur l’impact de ce phénomène dans la société Soninké où, par exemple, les esclaves, forgerons et griots ne sont pas inhumés dans le cimetière des nobles, je vous dirais qu’au sein même de la composante beydane, a laquelle vous semblez trouver une homogénéité parfaite, l’égalité et l’acceptation de l’autre ne sont pas telles qu’elles semblent se profiler dans votre discours.
Pour s’en rendre compte il suffit de savoir que le choix du Marxisme-léninisme athée par le mouvement des Kadihines (MND) que des intellectuels se réclamant d’origines berbères qui restent a confirmer mais pour la plupart fils de grands marabouts et théologiens de renommée, avaient créé a la fin des années 60, n’est qu’une façon de rejeter un panarabisme porteur d’une assimilation contestée et qui rafraichit dans les souvenirs des conflits qui éclatèrent par le passé au sein de cette communauté beydane, conflits que vous risquez de rééditer dans une version Haratine a force d’appeler a la violence.
Cette dimension sociale et politique de la composante beydane et que ses différentes composantes auraient pu, chacune en ce qui la concerne, ériger en cause vindicative, séparatiste ou irrédentiste, s’exprime aujourd’hui, comme dans la société negro africaine, par une sorte de méfiance, voire de mépris réciproque, entre ceux qui portent les mêmes complexes que vous aussi bien dans sa composante guerrière que dans sa composante maraboutique. Une réalité qui, a elle seule, infirme la thèse du complot permanent dont la composante beydane se serait rendu coupable pour maintenir sous sa botte les noirs de Mauritanie toutes ethnies confondues en même temps qu’elle met a nu les mythes fondateurs de votre combat stérile.
2) Evoquant le socle sur lequel l’Etat est bâti, vous reprenez un vieux slogan « l’Etat Beydane » que les FLAM avaient, en vain, usé jusqu'à la corde pour isoler Ould Taya sur le plan international. Certains avaient même été jusqu'à identifier un Apartheid qui se serait installé en Mauritanie et qu’il convenait d’éradiquer pour le bien de l’humanité comme ce fut le cas en Afrique du Sud et en Rhodésie.
Sur ce point je ne vous apprendrais pas que les régimes qui se sont succèdes dans le pays n’ont jamais été l’expression de la volonté exclusive de la communauté beydane dans son intégralité, bien au contraire d’ailleurs.
Cela réfute donc également vos allégations qui constituent, au delà de leur caractère mensonger et raciste, une insulte aux Maures qui militent aujourd’hui dans l’opposition et a ceux d’entre eux qui animent la dynamique de lutte contre l’esclavage et dont l’exemple le plus frappant reste celui du choix de Feu Habib Ould Mahfoud comme Secrétaire Général de SOS Esclaves (et pas a titre posthume), tout comme il soustrait aux responsabilités que vous leur faites porter, les Haratine aux cols blancs comme vous les appelez et qui ont toujours donné la caution de couleur aux régimes que vous incriminez.
Toutes ces vérités, vous les savez autant que moi, mais les termes de référence fixés dans un cahier de charges sans équivoques par ceux qui vous servent de bases arrière, vous interdisent tout simplement de les prendre en compte et d’en déduire la conduite à tenir.
3) La formule de « majorité dans la majorité » qui laisse entendre que les Maures ne constituent une majorité que par l’importance numérique des Haratine, qui constituent, pour leur part, une majorité dans cette majorité, est fausse et est décrétée au mépris des statistiques et de l’arithmétique , tout comme est fausse l’idée selon laquelle l’unité entre Maures blancs et Maures noirs est une unité de façade. Sans la revendiquer personnellement, je reste convaincu que seuls des politiciens véreux ont été jusqu'à décortiqué a dessein cette unité entre deux communautés qui, depuis la nuit des temps, ont toujours constituées un seul et unique ensemble.
4) Quant à l’utilisation des Haratine par les Maures pour écraser les noirs de Mauritanie que vous brandissez comme un trophée de lutte et une découverte de génie, il s’agit d’une formule qui a tendance a inverser les choses et a occulter que pendant les événements de 1989, imputés dans leurs dimensions politique, morale et historique aux Maures, les massacres les plus odieux et les plus barbares ont été ceux dirigés de façon systématique par les Haratine contre les negro mauritaniens. Certaines victimes, encore en vie, pourront témoigner de la véracité de ce fait, comme d’autres pourront témoigner que c’est dans les maisons Maures qu’elles ont trouvé refuge et ainsi échappé a la folie meurtrière dirigée par des bandes de Birame en puissance.
Dire alors que les noirs toutes composantes confondues (Pullar, Soninké et Wolof) qui comptent en leur sein autant de cadres, de fonctionnaires, d’hommes d’affaires, de leaders d’opinion, d’officiers et d’Imams de mosquées, que les Maures et les Haratine réunis, sont écrasés par les beydane, cela constitue un pied de nez a l’histoire et une invitation a peine voilée adressée a ces communautés afin de les rallier a la cause de l’IRA avant d’en être les prochaines victimes.
Je serais cependant surpris que les leaders équilibrés qui dirigent ces communautés puissent avoir confiance en Birame et prêter l’oreille à ce genre d’arguments préparant ainsi le terrain a l’explosion ou a l’implosion que vous nous promettez a chaque tournure de phrase et provoquant, par la même occasion, la catastrophe qui viendrait s’abattre sur le pays et dont les victimes, toutes désignées, ne seront pas forcément celles que vous imaginez avec autant de naïveté ou de cynisme ou les deux a la fois.
Cette méthode de collectiviser une cause est connue pour être inspirée des principes de lutte de classes, mais dans une Mauritanie Islamique, égalitaire et condamnée à s’accepter dans ses différences, il faut être Birame ou un habitant de la planète Mars, pour croire pouvoir y identifier des classes à opposer les unes aux autres.
5) En ce qui concerne votre identification a Mandela, Malcolm X, Martin Luther King et pourquoi pas a Aimé Césaire, Senghor ou encore a Toussaint Louverture, Duvalier et Amin Dada pendant qu’on y est, je suis en droit de me poser la question sur ce niveau intellectuel que vous revendiquez et sur votre compréhension du processus historique de l’émancipation des noirs a travers le monde.
Ces hommes que vous avez cité pour illustrer vos propos désobligeants et auxquels vous tentez à identifier ce qui vous tient lieu de combat, ne se sont pas battu pour les mêmes causes, ni dans le même contexte et encore moins pour les mêmes résultats. Le seul dénominateur commun a ces personnes est qu’elles sont noires de couleur tout comme l’est Charles Taylor, Jonas Savimbi, Bokassa ou encore Moussa Dadis Camara et en tout cas, les mobiles ayant été a l’origine de leurs soulèvements respectifs, ne sauraient s’adapter au cas spécifique de la Mauritanie.
En effet, si Mandela s’est battu contre l’Apartheid pour donner aux noirs le droit de vote et celui d’accéder a l’exercice de certaines activités économiques réservées aux blancs, et si Martin Luther King s’est battu pour la même cause a quelques nuances prés, Malcolm X lui, s’était battu pour le droit a une filiation ; un arbre généalogique qui viendrait combler chez chaque noir le vide créé par un père « X ». Là on retrouve certaines idées exprimées récemment par Boydiel ould Houmeid dans une interview et on peut effectivement mesurer la justesse de ses opinions sur la question.
Le combat de Malcolm X a d’ailleurs vu des ralliements de personnalités peu portées sur la révolution comme Storkely Carmichael, Miriam Makeba et bien d’autres qui, il faut le préciser, n’étaient pas des adeptes inconditionnels de King et de Mandela et même célèbres pour en avoir récusé les approches. Ceci est surtout valable pour les deux américains qui se sont mutuellement accusés de connexion avec le syndicat des camionneurs, donc avec la mafia.
6) Quant a la négation opposée a la volonté du pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz de lutter contre l’esclavagisme et a son aptitude à assumer les responsabilités qui découlent a cet effet des pouvoirs régaliens de l’Etat, il me`semble que non seulement vous avez été injuste envers cet homme, mais vous avez aussi été irréaliste et top porté sur un discours destiné, pour des raisons évidentes, a l’opinion étrangère plutôt qu’au mauritaniens eux-mêmes.
Pour la petite histoire, le président Aziz est le seul chef d’Etat mauritanien à avoir pris au sérieux, un peu très au sérieux au goût de certains, cette affaire d’esclavage. Il est aussi le seul chef d’Etat avoir reconnu de fait, mais de la façon qui sied, le tort historique fait aux Haratine et celui contemporain porté contre les victimes de 1989. (Prière des morts a Kaédi).
Si vous étiez sincère et aussi éclairé que vous le prétendez, vous auriez reconnu les valeurs intrinsèques de cet homme et auriez compris que, de par son âge et l’époque dont sa culture est la conséquence, la question Haratine, si question il y’a, se réglera sous Aziz ou ne se réglera plus et qu’il convient donc de l’aider et de stimuler ses réformes dans ce sens pour rendre leurs résultats irréversibles.
M.S. Beheite
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