lundi 20 décembre 2010

L'IRA Mauritanie...une bombe à retardement.

Le passage à tabac des militants de l'IRA Mauritanie par les forces de police est un dérapage que l'on pouvait prévoir. En effet Biram Dah Ould Abeid est devenu "l'ennemi public n°1", l'homme à abattre pour la classe dominante mauritanienne.

La dénonciation sans concession qu'il fait de l'esclavage ainsi que la remise en cause de l'appartenance des haratines à la composante arabe ébranlent les fondements de celle-ci et en compromettent l'hégémonie fondée essentiellement sur l'idée de la majorité démographique. La dénonciation virulente des pratiques esclavagistes et leur mise en lumière au grand jour, embarrassent les tenants du discours sur "les séquelles de l'esclavage" en les faisant passer au mieux pour de gentils fumistes et au pire pour des complices avérés. L'analyse que fait l'IRA Mauritanie du système féodal du groupe dominant est d'une grande pertinence. Elle démonte des mécanismes séculaires

d'asservissement et "d'apprivoisement" d'un groupe d'individus d'abord par la force, ensuite par le relais des Idéologies profane (tradition) et religieuse (Islam). Le discours novateur de ses dirigeants irrite le groupe hégémonique car il sape les fondements idéologiques
de sa suprématie.

Les esclaves et anciens esclaves revendiquent l'égalité. Ni plus, ni moins. C'est Spartacus qui défie Rome. Cela fait désordre. Mais le pire est à venir, car non satisfait de faire de" la délation "contre la classe dominante et de réclamer l'égalité entre tous les citoyens de la République, l'IRA ose prôner "le séparatisme" en se démarquant de
l'entité dans laquelle la communauté haratine était jusqu'alors confinée.

Il n'a pas échappé à une certaine partie de l'élite que si une telle chose devait se produire, le fragile équilibre sur lequel repose les fondements idéologiques de l'Etat mauritanien volerait en éclat. Car s'il ya un pays qui est absolument déterminé par sa démographie, c'est bien la Mauritanie. C'est la seule justification de toutes les orientations politiques, idéologiques, culturelles et même de la répartition du pouvoir entre les différentes composantes ethniques qui la constituent. Les haratines devenant de ce fait incontestablement le groupe ethnique majoritaire et le groupe arabe, le moins important du pays en nombre.

Il faut aisément reconnaitre qu'il y a "péril en la demeure". On pensait avoir atteint le summum de l’inimaginable avec l'IRA Mauritanie ; mais non ! La suite ne va pas être triste. Elle a noué des "alliances objectives" avec toutes les organisations noires mauritaniennes au nom de la lutte contre "la domination et le racisme d'Etat "et au nom d'une fraternité africaine. Elle prend ainsi à contre-pied toutes les organisations politiques haratines qui se sont toujours refusées à envisager une telle éventualité et elle donne un second souffle aux revendications des organisations noires mauritaniennes qui commençaient à désespérer. Nous voilà revenus aux années 1980 marquées par les crispations identitaires. Les revendications identitaires vont, encore une fois comme au tout début de notre indépendance nationale, être au centre de la construction nationale. Chercher à occulter celles-ci par des formules
telles que: "il n'y a de maures et de noirs que pour les ethnologues et les sociologues", ou "la Mauritanie est un trait d'union entre le monde arabe et l'Afrique noire", "préserver les acquis de l"arabisation ", ne peut que nous conduire vers une impasse de plus en plus périlleuse. Le nihilisme qui caractérise notre société et la cécité dont fait preuve sa classe dirigeante nous conduiront fatalement au pire.

L'IRA dénonce des crimes dont personne ne se glorifierait et ceux-ci ne sont pas une vue de l'esprit. Traquer et punir sans aucune indulgence ceux qui se livrent encore à de telles pratiques est le devoir de l'Etat mauritanien dont la défaillance en l'espèce n'est plus à démontrer. La violence est l'apanage des forts et faire croire que l'IRA Mauritanie est une organisation qui prône la violence est tout simplement ridicule. Son président Biram l'a toujours définie comme un mouvement non-violent. C'est une raison supplémentaire de condamner les violences policières dont ses militants ont été l'objet et l'incarcération de ce dernier. Les réactions ne se sont pas fait attendre. A l'intérieur du pays (APP, TAWASSOUL et RFD) comme à l'étranger (AMNESTY INTERNATIONAL) n'ont pas manqué de condamner le passage à tabac des militants de l'IRA et l'arrestation de son président. On est frappé par la tournure que prend cette affaire au plan médiatique (photos distribuées par la police témoignant des blessures occasionnées aux policiers...témoignages des deux fillettes sur la chaine Al jazira pour disculper leur maitresse ...). On assiste impuissant à une infamie qui révolterait le quidam le plus insensible. Mais comme on dit "plus la ficelle est grosse, mieux ça passe". La Mauritanie pourrait faire l’économie d’une nouvelle crise en considérant définitivement que les revendications identitaires ne peuvent être gérées sous le seul prisme du poids démographique. Elles ne sont pas objets quantifiables et vouloir y ériger la statistique démographique en critère décisif c’est aller chercher le diable dans les détails

Écrit par ahmadou