mercredi 5 octobre 2011

Mauritanie: Un entêtement dangereux!


Le sang a coulé et, si l'on y prend garde, des jours torrentiels peuvent s'ensuivre. Ce n'est pas faire preuve de pessimisme que de le dire.

La seule issue pour apaiser la tension palpable partout en Mauritanie est la renonciation sans appel au recensement en cours, lequel recensement vaut négation de citoyenneté pour une large partie de la population. Le pouvoir n'en fait qu'à sa tête, il ne veut pas entendre les cris d'indignation et de révolte légitime qui proviennent de la rue. Il fonce tête baissée, sûr de son bon droit. Il a choisi l'aveuglement et la surdité.

Sait-il seulement où cela peut conduire? Sans être alarmiste, je dis que nous sommes en train de réunir les ingrédients indigestes pour l'explosion, comme si, volontairement, nous précipitons notre perte en tant que nation et culture.



Et que la seule solution qui nous est offerte réside dans le dépassement des mesquineries et des combines et, surtout, dans la prise en considération que la Mauritanie est bien notre richesse commune. Elle ne doit pas appartenir à des clans idéologiques prêts à tout pour se la partager. Or le recensement en cours est une volonté inavouée et sournoise de certains milieux qui veulent mettre sous verrou l'avenir du pays en s'octroyant, par tous les moyens, la majorité sociologique. Le pouvoir aurait grandement tort de ne pas entendre les fureurs qui se déchaînent et qui, non apaisées, peuvent mener à tout !

Un jeune homme est mort, il est mort parce qu'on lui refusait l'héritage de ses ancêtres, il est mort parce que, du jour au lendemain, on a voulu faire de lui une personne de nul part. Oui, il est mort. Vivant, il était mauritanien. Mort il l'est encore plus, car par il n'a pas hésité à donner sa vie pour ce qui avait plus de valeur à ses yeux : sa nationalité.

Les événements actuels ne sont que le résultat de mille et une frustrations accumulées pendant plusieurs décennies par la communauté noire méprisée. Ceux qui manifestent leur réprobation sont ceux qui ont toujours été écartés de la vie nationale et qui, dans l'espoir d'avoir la place qui leur revient de droit, ont, comme un seul homme, voté pour l'actuel président.

Mal leur en a pris! Car il ne leur a pas fallu beaucoup de temps pour s'apercevoir qu'on leur a vendu du sable en plein désert. Ceux qui caressaient le vieux rêve d'une Mauritanie majoritairement arabe étaient à l'affût. L'année 1989 fut l'année de leur gloire. Par le meurtre organisé, ils faillirent réaliser leur rêve et les assassins courent toujours, ils se pavanent à travers le pays, narguant les familles des victimes. Le départ de Taya ne marque pas la fin du mépris.

C'est être naïf que de croire cela. N'a t-il pas été remplacé par un de ses sbires, Ely O. Mohamed Vall, le héros qui n'en était pas un! N'était-il pas au coeur des sanglants événements de 1989 en tant que chef de la sûreté? Il ne pouvait rien ignorer du complot ourdi contre les négro-mauritaniens! Mais l'histoire a prouvé que les peuples aiment applaudir les oppresseurs. Les Congolais ne regrettent-ils pas Mobutu.

N'entend-on pas souvent à Nouakchott des phrases telles que" il n'y a plus d'argent dans le pays" ou "c'était bien au temps de Maouiya" ou encore " on était mieux avant". On va même jusqu'à trouver des circonstances atténuantes à Taya qui était un bon président mais fort mal entouré. Bien entouré ou mal entouré, je sais simplement que le poisson pourrit par la tête.

Alors que de 1984 à 2005, il n'y a pas eu de gouvernement en Mauritanie mais une succession d'associations de malfaiteurs qui, aujourd'hui encore,exhibent leur butin sans la moindre pudeur. Reconnaissez que dans un pays où chaque année les gens se disent" on était mieux l'année dernière" est un pays tout de même curieux! Je dois à la vérité et à l'honnêteté de dire que jamais le nom de l'actuel président n'a été cité parmi les acteurs des événements de 1989. Je vais plus loin en affirmant que son élection est tout ce qui a de plus valide.

Il avait accompli un geste fondateur en organisant une prière à la mémoire des victimes, avait demandé pardon au nom de la nation mauritanienne. Ce geste lui avait valu les voix de toute la vallée. La suite est une autre histoire.Mais qui ne serait pas tombé dans un tel piège?

L'idéal de la nébuleuse, que nous sommes en droit de combattre, est de vivre dans une Mauritanie dans laquelle les Noirs occuperaient des places de subalternes taiseux. Et des décennies durant, les Noirs se sont tus! Mais aujourd'hui les muets parlent, leur insolence les pousse même à crier, à vociférer leur indignation et à faire siffler les oreilles qui ne veulent pas entendre. Face à la situation, le moins qu'on puisse dire est que le pouvoir a choisi la voie la moins intelligente.

Il a choisi la fuite en avant. Au lieu d'arrêter net cette opération d'enrôlement, de revoir sa méthode, de procéder à un travail pédagogique, de purger les inquiétudes pour que chaque mauritanien accepte de se faire recenser en toute confiance.

Il a choisi de vaincre et non de convaincre. Des Noirs, qui ne représentent qu'eux-mêmes, ont été dépêchés- je devrais dire "envoyés en mission de servilité "- pour faire accepter le principe du recensement en l'état aux populations contestataires. Stratagèmes échus! On prend quelques "nègres de service", on leur dicte ce qu'ils doivent dire et l'on croit que le tour est joué. Faut-il en vouloir à ces gens-là? Je ne sais. Mais il est évident qu'ils n'agissent pas par convictions mais pour des raisons alimentaires; leur survie en dépend ! Le pouvoir doit reculer et cela n'a rien d'humiliant.

Car ce qui est en jeu, c'est l'identité de milliers de femmes et d'hommes qui, chacun à la place qui est la sienne, ont contribué à l'édification du pays. Quelle ingratitude, doivent-ils se dire ! Il y a plus urgent que le recensement. Car pendant que le pouvoir courent après la suprématie numérique, la majorité sociale,elle,se languit.

Le pouvoir serait bien avisé de s'occuper du sort de cette majorité. La majorité sociale, ce sont ces Mauritaniens qui se réveillent le matin en se posant la question de savoir ce qu'ils vont manger dans la journée. La majorité sociale,ce sont ces femmes et ces hommes qui travaillent pour leur pays et qui ne peuvent assurer un avenir à leurs enfants. Il 'est jamais trop tard pour recenser la population en bonne et due forme.

L'urgence, c'est de reformer notre système éducatif qui est le plus lamentable du continent africain. La majorité sociale ne continuera pas à accepter sa condition. Elle est au bas de l'échelle et, peut-être, que le jour n'est plus loin où il voudra en découdre avec ceux qui sont en haut, les tenant pour responsables de sa détresse. Son premier souci est de manger et, après seulement, de se faire recenser !

La Mauritanie, à cause de faux problèmes, est en deçà de ce qu'elle doit être, en deçà du rang qu'elle doit occuper dans dans le concert des nations. Cela par la volonté néfaste de ceux qui pensent que cette terre est à eux. Et à seul ! Mauritanien antique, je ne laisserai ni ceux qui prétendent être venus avant moi ni ceux qui sont venus après m'empêcher, par des coups politiques, de me rendre au cimetière où reposent depuis des siècles mes ancêtres !

Mamadou Boubou Sakho.



Source :

Abibou Dramé