samedi 24 novembre 2012

M. Mohamed Ould Abdel Aziz à KASSATAYA : si les Mauritaniens choisissent un autre…

"Je salue tous les auditeurs de KASSATAYA et je leur dis que malheureusement je n'ai pas pu donner une interview à leur radio mais que je le ferai très rapidement inchallah et de gaité de coeur". Après l'échec du rendez-vous pris avec les auditeurs de KASSATAYA le 18 novembre dernier, l'entourage de M. Mohamed Ould Abdel Aziz proposait une nouvelle rencontre. C’est dans un hôtel 5 étoiles d’un quartier chic de la capitale française que le président mauritanien a reçu une équipe de KASSATAYA ce vendredi 23 novembre 2012, veille de son retour à Nouakchott après un mois de convalescence en France. Comment vit-il cet "après"? Première observation, M. Mohamed Ould Abdel Aziz n’entend rien changer à ses habitudes y compris sur le plan sécuritaire. « Je ne suis pas un roi, j’ai droit à un peu de liberté et le week-end j’aime sortir de ce palais [présidentiel] qui n’est pour moi qu’un lieu de travail. J’ai le droit de dormir sous un arbre, à la belle étoile. J’aurais même voulu aller acheter mon pain à la boulangerie mais je sais qu’avec les Mauritaniens ce sera compliqué ». De son point de vue, il n’y a donc pas de défaillance dans la protection du président parce que « l’officier qui a tiré pensait bien faire et ne l’aurait jamais fait s’il avait le moindre doute sur l’identité de l’occupant de la voiture ». On peut donc circuler. En voiture blindée ou non. La sécurité règne. Autre point se rapportant aux enseignements à tirer de cette épreuve, M. Mohamed Ould Abdel Aziz n’a rien à redire à propos de la manière dont la crise a été gérée : « citez moi un seul projet qui a été arrêté. Un seul. Quant au conseil des ministres chaque année nous marquons une pause durant les vacances et ça n’a jamais fait réagir quiconque ». Donc ceux qui pouvaient s’attendre à un changement risquent d’en être pour leurs frais. M. Ould Abdel Aziz n’entend pas donner plus de latitude à ses collaborateurs « Si déléguer c’est laisser les ministres disposer de leurs budgets pour financer des actions non programmées, je tiens à faire savoir que cette période est révolue. Tout ministre qui fait ça sait qu’il ne le restera plus longtemps ». De même, il maintient toute sa confiance à l’armée : « un changement non constitutionnel ne viendra surement pas de l’armée. Certains avaient pensé qu’avec ce qui s’est passé en Egypte ou en Tunisie la Mauritanie allait suivre mais il n’en a rien été ». Le fléchissement viendra d’un commentaire anodin qui laisse entrevoir un assouplissement dans son rapport au pouvoir. A la question de savoir s’il entendait gérer les affaires politiques de façon plus consensuelle, M. Mohamed Ould Abdel Aziz répond qu’il n’a jamais interdit les manifestations « parce que c’est dans les dictatures qu’on interdit les manifestations. Encore une fois, moi je ne suis pas un roi. J’ai été élu avec un peu plus de 52% des voix ; pas 98%. Si demain les Mauritaniens décidaient que les actions que je mène ne leur conviennent plus, ils choisiront quelqu’un d’autre et je ne m’accrocherai pas au pouvoir ». Le président Ould Abdel Aziz s’est enfin voulu rassurant envers les Mauritaniens de la diaspora au sujet de l’enrôlement qui « commencera bientôt inchallah. La France sera le deuxième poste à ouvrir ses portes après l’Arabie Saoudite ». Il a adressé à ceux qui ont acquis une nationalité étrangère une invitation à introduire des demandes pour pouvoir continuer à jouir de la nationalité mauritanienne; « je sais que ceux qui ont choisi une autre nationalité restent attachés à la Mauritanie. Certains choisissent même d’y être enterrés après leur mort. Ils se sont installés à l’étranger malgré eux et dans des conditions que je comprends parfaitement. Donc ceux qui introduiront leurs demandes obtiendront gain de cause sans problème ». M. Mohamed Ould Abdel Aziz s’envolera samedi 24 novembre 2012 à destination de Nouakchott. Il devra probablement revenir en France quelques jours plus tard pour poursuivre ses soins médicaux. Abdoulaye DIAGANA Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source : www.kassataya.com

dimanche 18 novembre 2012

Mauritanie / Ghazouani : L’homme de l’ombre.

Le chef d’état-major de l’armée assure de facto l’intérim du président depuis «l’accident» de celui-ci à la mi-octobre. Portrait d’un général aussi secret qu’influent. Tenir le premier rôle, il s’en serait bien passé. Pourtant, à la demande du président mauritanien, en convalescence à Paris à l’heure où ces lignes sont écrites, le général de division Mohamed Ould Ghazouani, le très consensuel chef d’état major de l’armée, a dû prendre les choses en main. Juste après l’accident dont a été victime Mohamed Ould Abdelaziz, officiellement blessé par balle à l’abdomen à la suite d’une méprise d’un jeune lieutenant de l’armée de l’air, cet homme sorti de l’ombre a tout géré : l’allocution du ministre de la Communication, l’intervention d’ « Aziz » à la télévision, ainsi que son transfert en France. Depuis aucun intérim n’a été décrété, le Conseil des ministres a été reporté trois fois, mais, officiellement, le président est aux commandes. Le très secret Ould Ghazouani – il fuit la presse comme la peste – lui rendrait compte quotidiennement des affaires du pays. Il aurait également demandé à la garde nationale de patrouiller dans la capitale et de surveiller de près les hauts gradés et les personnalités en vue. Rien d’étonnant à cela : experts pour en avoir fomenté ou déjoué, mais au caractère diamétralement opposé – Aziz est réputé sanguin et Ould Ghazouani plus réfléchi -, le président et son chef d’état major se connaissent bien. Et se considèrent comme des frères. Ascension Originaire de la wilaya (région) de l’Assaba, dans le sud, Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed, dit Ould Ghazouani, est le fils s’un chef spirituel de la tribu maraboutique Ideiboussat, des berbères à qui l’on prête des pouvoirs mystiques. Entre soufisme et commerce d’importation (change de devises, vente de véhicules, thé, céréales…), ils ont acquis une grande - mais discrète - influence dans le pays. Ould Ghazouani par ailleurs bon connaisseur de la carte tribale mauritanienne, est à leur image : respecté (on ne lui connaît pas d’ennemi, chose rare à Nouakchott) et réservé. En 1980, il s’inscrit à la prestigieuse académie de Meknès. Il y rencontre…un certain Mohamed Ould Abdelaziz, qui a alors 22 ans. Leur formation terminée, ils sont promus lieunants. Ghazouani multiplie alors les poste à l’état major et les stages à l’étranger, en Syrie et en Jordanie surtout. Devenu commandant, il prend, en 2003, la tête de l’ultrasensible bataillon blindé (BB). Le 8 juin 2003, lors de la tentative sanglante de putsch, contre Maaouiya Ould Taya, perpétrée par ce qui allait devenir la rébellion des «Cavaliers du changement», Ould Ghazouani est en stage en Jordanie. Deux ans plus tard, désormais colonel, il se voit confier le deuxième bureau (renseignements militaires) de l’état major de l’armée nationale. Le 3 août 2005, il est le véritable artisan du putsch contre Ould Taya, aux côtés d’Aziz, et remplace Ely Ould Mohamed Vall à la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN). Son rôle est alors déterminant à la tête du Conseil militaire pour la justice et la démocratie (CMJD), ainsi que dans l’élection de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, en 2007. La même année, Ould Ghazouani est promu général, Aziz, alors commandant du Bataillon pour la sécurité présidentielle (Basep), ayant usé de son influence auprès de «Sidi». En avr 2008, il est nommé à la tête de l’état major de l’armée. A la mi-juillet 2008, Mohamed Ould Ghazouani est en tournée à l’intérieur du pays pour s’assurer de la loyauté des militaires. Le 6 août, aux alentours de 7 heures du matin il apprend par téléphone qu’il a été limogé par décret, puis, dans un deuxième temps, que son inséparable camarade Aziz a pris le pouvoir en déposant Sidi. Rentré deux jours plus tard à Nouakchott, il va s’atteler à une autre tâche : convaincre l’opinion internationale, qui rejette le putsch. Après une première visite à Alger -un échec-, il se rend au début de 2009 à Paris, où il est reçu au ministère de la Défense. Il aurait été introduit auprès de Claude Guéant, alors secrétaire général de l’Elysée par le très influent homme d’affaires Mohamed Ould Bouamatou, aujourd’hui en exil au Maroc après sa brouille avec Aziz. Alors que Sidi prônait le dialogue avec les islamistes radicaux, Ould Ghazouani promet de fournir aux Occidentaux des informations précieuses sur Al Qaida au Maghreb islamique (AQMI). Le 18 juillet 2009 Aziz est élu président avec 52,7% des voix et se refait ainsi une virginité. Il a désormais le soutien de la France. Réseau Depuis 2009, Ould Ghazouani dirige le Conseil supérieur de la défense nationale, avatar du Haut Conseil d’Etat, la junte créée par Aziz après son putsch puis dissoute au lendemain de son élection. Devenu le général le plus gradé de l’armée il est le missi dominici d’Aziz, notamment en France. Son réseau est extrêmement vaste que ce soit au sein de l’opposition (Mohamed Mahmoud Ould Ghazouani, membre influent d’obédience islamiste est son cousin germain), du parti présidentiel (Mohamed Mahmoud Ould Mohamed Lémine, président de l’Union pour la République, est également son cousin), de l’administration ou de l’armée. Sur sa vie privée, on ne sait rien, sinon qu’il est marié à Marieme Mint Mohamed Vadhel, conseillère à l’ambassade de Mauritanie à Washington. «Il a prouvé qu’il est loyal, il ne déposera pas Aziz, commente un observateur mauritanien. Il veut les avantages du pouvoir sans les inconvénients. Il a hâte de reprendre sa place. » Mais pour le moment, la date du retour d’Aziz à Nouakchott n’est pas fixée. Justine Spiegel Source : Jeune Afrique

vendredi 9 novembre 2012

Interview avec Lô Gourmo Abdoul : 'La vacance ou l’empêchement définitif étant des faits juridiques...

il faut qu’ils soient qualifiés comme tels par le conseil constitutionnel pour déclencher le régime prévu de l’intérim par le Président du Sénat' M. Lô Gourmo Abdoul est un personnage charismatique de la scène judiciaire et politique du pays. Enseignant à l’université du Havre, en France, il est avocat au barreau de Nouakchott et consultant international et en plus homme politique membre des instances dirigeantes de l’Union des Forces du Progrès (UFP). Pour ses diverses fonctions, nous l’avons interrogé pour en savoir plus sur la situation générale du pays marquée par une absence de près de trois semaines du chef de l’Etat qui serait en convalescence en France. L’Authentique : à l’heure actuelle avec l’absence prolongée du président, peut-on parler de vacance du pouvoir ? Lô Gourmo : notre pays vit une situation particulièrement difficile en raison notamment du grave incident du 13 octobre dernier. D’abord présentée comme " sans gravité " par un membre éminent du Gouvernement, la blessure par balle du Président dans d’obscures conditions s’avère beaucoup plus grave. Depuis plus de trois semaines, la communication du régime tente, très maladroitement, de le présenter comme en état de convalescence voire comme totalement guéri et sur le bord du retour ! Mais le fait est que depuis lors, son absence se prolonge et alimente les rumeurs les plus folles, accentuant l’atmosphère délétère de crise que connaissait le pays bien avant ce douloureux évènement. C’est dans ce contexte qu’est posée avec de plus en plus d’insistance, et pas seulement par l’opposition, la question dite de la " vacance " du pouvoir. Il convient de préciser que la constitution mauritanienne (art 40 et 41), sans autre précision, se réfère à " la vacance " (de la fonction présidentielle) et à l’ " empêchement définitif " (du Président de la République). Ce sont deux situations générales dans lesquelles la charge de Président de la République n’est plus assumée par son titulaire, sans que n’en soient définies les raisons et conditions. Les seules précisions données dans le texte constitutionnel sont celles relatives à l’autorité habilitée à déclarer la vacance ou l’empêchement définitif à savoir le Conseil constitutionnel et les autorités qui peuvent saisir ce dernier pour constater cette vacance ou cet empêchement définitif. Du point de vue strictement juridique, tant que le conseil constitutionnel n’a pas été saisi et n’a pas déclaré cette vacance ou cet empêchement définitif, ceux-ci ne peuvent être considérés comme réalisés. La vacance ou l’empêchement définitif étant des faits juridiques, il faut qu’ils soient qualifiés comme tels par le conseil constitutionnel pour déclencher le régime prévu de l’intérim par le Président du Sénat. C’est ce qui s’était passé lors du règlement de la crise résultant du putsch du Général Aziz contre Sidi Ould Cheikh Abdallah. L’Authentique : l’opposition démocratique a donc tort de parler de vacance de pouvoir ? Lô Gourmo : pas du tout ! L’opposition réclame d’abord la publication du bulletin de santé du Président car c’est sur la base de ce bulletin de santé et seulement sur sa base que pourrait s’appliquer pleinement le dispositif constitutionnel prévu. En effet, seuls le Président de la République lui-même, le Premier Ministre ou le Président de l’Assemblée Nationale peuvent saisir le conseil constitutionnel sur la situation de vacance (qui n’est pas visée ici car celle-ci suppose la disparition pure et simple du Chef de l’Etat) ou d’empêchement définitif (distinct de la situation d’un empêchement provisoire (comme une maladie plus ou moins prolongée mais non handicapante pour l’exercice de la charge suprême). La saisine du conseil constitutionnel par le Président lui-même signifie simplement qu’il fait constater sa démission par ce dernier pour lancer le processus de l’intérim. Ici, la question du bulletin de santé ne se pose pas car le Président est libre de démissionner à tout moment. Il en va autrement du Premier Ministre ou du Président de l’Assemblée Nationale. Comment pourraient -ils saisir le conseil constitutionnel s’ils ne disposent d’aucune information médicale fiable (le bulletin de santé) d’un Président dont la blessure est entourée d’un halo de mystère tant dans ses conditions de réalisation que dans sa gravité ? Ici, on peut clairement considérer la production du bulletin de santé comme le préalable ou la condition de départ du respect de la constitution. Sans le bulletin de santé du Président de la République, l’une et l’autre de ces deux autorités doivent être considérées comme empêchées de saisir le conseil constitutionnel en violation de la constitution ou, s’ils ne le réclament pas, comme ayant renoncé à leur obligation constitutionnelle. Il y’a lieu ici de relever deux faits majeurs, dans les circonstances actuelles. D’abord la disparition totale du Gouvernement de l’espace communicationnel qui est en ce moment décisif. Pas une fois le Premier Ministre ou un membre du Gouvernement (à part la première sortie décalée du Ministre de l’Information au moment même de l’incident) n’ont éprouvé le besoin de dire quoi que ce soit alors que les plus folles rumeurs polluent l’ambiance du pays au risque de le déstabiliser très gravement. D’un point de vue politique, le Gouvernement est démissionnaire. Et le vide de l’Exécutif provoqué par l’absence prolongée de son Chef est devenu sidéral par l’évaporation de ce Gouvernement sans âme et sans corps. Ensuite, le Président de l’Assemblée Nationale a reconnu n’avoir jamais reçu le moindre bulletin de santé du Chef de l’Etat en précisant n’avoir aucune compétence médicale pour se prononcer sur son état uniquement à partir d’une communication téléphonique de 7 mn avec un interlocuteur qu’il dit être lucide mais parlant d’une " voix faible ". C’est très grave ! Cela signifie que la seule véritable autorité de saisine du conseil constitutionnel ne dispose d’aucune information médicalement fiable pour exercer sa charge constitutionnelle. Ce n’est pas à l’opposition de prouver qu’il y’a " empêchement " (elle n’a ni les moyens juridiques ni l’accès à l’information nécessaire pour cela !). C’est, au contraire au Gouvernement de prouver que le Chef de l’Etat n’est pas empêché à titre définitif mais seulement provisoire. La charge de la preuve incombe ici au Gouvernement supposé gérer ce dossier médical du Président. S’il ne le fait pas, il rend impossible toute saisine du conseil et donc viole la constitution. L’opposition est donc en droit dans ce cas de " saisir " le peuple pour lui faire constater le vide juridique et l’empêchement de gouverner qui règne dans ce pays. C’est ce " vide " que certains qualifient un peu maladroitement de " vacance " du pouvoir. C’est le sens des actions de rue en cours depuis le dernier meeting de l’opposition. L’Authentique : dans cette cacophonie au sein du pouvoir, est-ce que notre Etat est menacé ? Lô Gourmo : aujourd’hui, toutes les institutions de la République sont par terre ! C’est inédit Tout ce qui est dit à propos des procédures constitutionnelles à mettre en œuvre pour faire face à la situation actuelle de vide est purement et simplement théorique ! Le parlement dans son ensemble est périmé depuis un an. Le Président de l’Assemblée Nationale est, à l’image de son Assemblée, sans prérogatives constitutionnelles de droit positif, du fait du non renouvellement des mandats de ses membres. Il ne pourrait donc en droit pur saisir le conseil constitutionnel de quoi que ce soit. Le Président du Sénat n’a pas été renouvelé comme l’impose la règle du renouvellement par tiers tous les deux ans. Il ne pourrait donc également assurer un intérim conforme à la constitution. Le conseil constitutionnel a trois de ses membres qui n’ont pas encore prêté serment. Sa formation incomplète lui interdit donc de se prononcer sur quoi que ce soit ! Le Premier Ministre n’a pas de majorité parlementaire depuis la fin des mandats parlementaires, il ne peut donc saisir qui que ce soit. Le Président de la République est empêché, on ne sait jusqu’à quand ! L’état civil étant encore inachevé, c’est la citoyenneté même de plusieurs centaines de milliers de mauritaniens qui est en cause. Etc.etc. L’Etat n’est plus gouverné suivant la constitution mais suivant l’opportunité du moment. Aucune sortie de crise par la seule constitution n’est possible aujourd’hui, comme après un Coup d’Etat. La République est par terre. Nous sommes sur pilotage automatique sécuritaire et Dieu sait comment tout ça va finir, dans le contexte des bruits de bottes de plus en plus lourds chez notre voisin immédiat, le Mali ! L’Authentique : dans un scénario probable où la convalescence du président perdure, quelle sera la solution pour sortir de cette crise ? Lô Gourmo : tout le monde souhaite un prompt rétablissement au Chef de l’Etat et se solidarise avec lui et sa famille dans l’épreuve qu’ils subissent et qui peut frapper tout un chacun. Le Président Ould Abdel Aziz a été très courageux dans cette épreuve comme le montrent les efforts surhumains qu’il a fournis pour rassurer les mauritaniens dès les premières heures de l’incident. Cela l’honore et cela me semble t-il, mérite respect et considération. Mais au-delà du sort individuel de chacun d’entre nous, ce qui importe par-dessus tout, c’est le sort du pays, son avenir, sa gouvernance durable et responsable. Quoi qu’il arrive, rien ne sera plus comme avant. Nous étions déjà dans une grave crise politique, institutionnelle et économique de grande intensité. Des initiatives étaient en chantier pour redonner au pays une chance de s’en sortir. Tous, d’une manière ou d’une autre, sauf une toute petite poignée de faucons intéressés par le statu quo, voulaient que l’on s’en sorte par la voie du dialogue et du compromis. Aussi bien la COD, la CAP que des partis membres de la majorité cherchaient d’arrache-pied une telle solution de sortie de crise. Aujourd’hui, la crise a atteint un seuil critique. C’est notre destin qui est en cause au moment où se prépare une guerre qui va sûrement avoir des effets au moins collatéraux sur nous. Notre pays ne pourra supporter à court ou moyen terme, un vide à la tête de l’Exécutif qui viendrait s’ajouter à la démonétisation des autres institutions de l’Etat et à la paralysie de l’administration publique. Il est urgent que toute la classe politique, aussi bien les partis au pouvoir ou proches de lui que ceux de l’opposition (COD et CAP) nouent le dialogue, se retrouvent autour d’une table-ronde pour débattre en toute franchise du sort du pays et pour déterminer ensemble un canevas de sortie de crise. Nous avons besoin d’une large union patriotique qui soit efficiente, rassure notre peuple et nos partenaires étrangers et les autres pays frères. Nous avons besoin d’une convention nationale qui revitalise par consensus les institutions moribondes et détermine les conditions de sortie de cette crise tout en redéfinissant les règles du jeu politique avec le soutien actif d’une société civile dynamique et arbitrale. Une convention pour une nouvelle transition démocratique. Alors seulement nous pourrions tous ensemble restaurer des institutions démocratiques fortes et légitimes et échapper aux graves risques qui pointent à l’horizon. L’Authentique : pourrait-on acheminer vers un nouveau putsch à la Aziz ? Lô Gourmo : il ne faut pas que le climat actuel perdure ! Notre expérience de ces trente dernières années nous montre clairement dans quelle direction va immanquablement la boussole lorsque s’installe un tel climat d’incertitudes. Mohamed Ould Aziz a fait deux putschs très différents dans leur contexte respectif et leur portée. Le premier a permis, vaille que vaille, de déboulonner l’autocratie militaire, première mouture, et ouvert la voie à une transition démocratique qui, malgré ses faiblesses a permis de faire faire au pays un pas qualitatif en matière de démocratie institutionnelle. Le second ne ressemble à rien et est une forme de restauration de l’autocratie concentrationnaire militaro-affairiste. En tant que démocrate, l’UFP auquel j’appartiens est hostile par principe au Coup d’Etat quel qu’il soit même si nous ne nous faisons aucune illusion quant à ce que peut signifier cette hostilité de principe par rapport à la real politik découlant du rapport de forces entre secteurs intéressés par le jeu politique au sein du pays. Il ne faut absolument pas qu’il y ait la moindre incompréhension ou hostilité entre forces sécuritaires et forces politiques. Mais quoi qu’il arrive, rien ne pourra se faire par décision unilatérale de qui que ce soit ! Toute sortie de crise doit être l’affaire de la classe politique et de la société civile avec l’appui des institutions de la République qui sont encore debout et de nos partenaires et amis. Propos recueillis par Cheikh Oumar NDiaye.

vendredi 2 novembre 2012

Faute de communication

Quand en 1989, le gouvernement de Ould Taya refusait de communiquer ou de laisser communiquer sur les évènements avec le Sénégal, il condamnait le pays à paraitre comme le méchant du contentieux. Tout le monde l’avait dit, lui-même l’avait reconnu. On croyait qu’avec lui finissait cette époque où la rigidité de la personne et son renfermement déteignait sur la conduite des autorités. L’ouverture médiatique sans précédent enclenchée en 2005 devait convaincre les premiers décideurs de l’utilité d’une communication utile et efficace. Rien ne semble acquis. On doit certes se féliciter de la rapidité avec laquelle les autorités ont donné l’information sur l’accident du Président, même si les imprécisions devaient participer à semer la confusion. Se féliciter surtout de la sortie du Président lui-même avant de prendre l’avion pour Paris. Mais depuis ? On a cumulé maladresses et insouciance. Quand on sort une photo du Président en pyjama, en compagnie du ministre de la défense en visite à Percy, on prend beaucoup de risques. Quand, une semaine après les évènements, on décide de sortir la version du tireur malheureux, on ajoute à l’interrogation. Quand on publie, sans l’image ou le son, un message du Président à son peuple, on renforce le doute… En la matière, l’amateurisme n’a pas sa place. Il peut même être contreproductif donc dangereux. Qu’est-ce qui est en jeu ? C’est la santé du Président de la République. Ce n’est pas celle du citoyen lambda. C’est celle de celui qui a été élu par 53% de Mauritaniens pour assurer la stabilité du pays, la justice pour les citoyens, l’application de la loi, la prospérité pour tous, la démocratie, l’égalité… je cite en vrac pour dire l’ampleur de la mission de l’homme dont on ne sait absolument rien aujourd’hui. Du moins officiellement. Quand les autorités ont communiqué l’autre soir sur les évènements, il y a eu une version officielle, plus ou moins crédible mais tout à fait proche du réel. Cela a fait cesser momentanément les rumeurs. Alors pourquoi ne pas communiquer aujourd’hui ? Etant à Paris, je crois savoir que le Président s’est rendu, après sa sortie de Percy, dans une maison de la campagne, «hors de Paris» en tout cas. Là, il vit une convalescence entouré de ses proches, sans contact avec les Mauritaniens de France. Mais en liaison permanente avec le pays dont il suit les affaires comme s’il était en voyage. Qu’y a-t-il diable à cacher en cela ? Rien sinon qu’on veuille, pour une raison ou une autre, entretenir les rumeurs les plus folles. Quel intérêt ? Aucun, si ce n’est de cultiver une culture de doute et de décrédibilisation de tout ce qui est officiel. Le droit de savoir et le devoir de communiquer, deux notions qui doivent être remises à jour chez nous. Deux notions qui sont aussi le fondement de la démocratie, même si elles n’ont jamais semblé préoccuper la plupart d’entre nos acteurs. On sent l’inquiétude chez chaque Mauritanien. L’inquiétude fonde le doute qui est en lui-même un drame que notre espèce peut vivre en termes de violentes déchirures. Ce n’est pas de la philosophie, c’est la condition humaine qui fait qu’on n’aime pas l’incertain, qu’on est sceptique quand on sent qu’on nous cache quelque chose et qu’on perd la foi quand on est à ce stade-là. Demain le Président rentrera ou après-demain… Restera pour nous le goût amer d’avoir été floués : nous ne savons rien aujourd’hui (de précis) de l’homme qui a promis d’être «nouveau» et qui ne nous a jamais rien caché depuis qu’il est là. Mohamed Vall Oumere oumeir.blogspot.com