mercredi 15 mai 2013

Le Cri de l'esclave : mécanismes et enjeux d'une domination (Décembre 2002)

        
Le Cri de l'esclave : mécanismes et enjeux d'une domination (Décembre 2002) "La République assure à tous les citoyens sans distinction d'origine, de race, de sexe ou de conditions sociales l'égalité devant la loi". Article premier de la Constitution de la République islamique de Mauritanie, 20 juillet 1991.

Depuis qu'existe ce pays qu'on appelle la Mauritanie (1960), la réalité de l'esclavage a toujours été évitée, effacée, voire niée, en même temps qu'exploitée. L'esclavage a été utilisé comme un fond de commerce par des maîtres soucieux du seul maintien de leurs privilèges, moyen d'affirmer un statut social qui se montrait nécessaire au partage du pouvoir.

Cette supériorité, décrétée à la naissance, s'est autorisée d'une abusive interprétation de l'Islam, relayée par un ensemble de traditions qui sacralisaient cette architecture. D'autre part, la couleur de peau est devenue une monnaie d'échange politique : achetée par le pouvoir, elle fut parfois vendue par ses militants, laissant les leurs espérer en l'avenir meilleur qu'ils leur avaient promis.

Au-delà de toute interprétation dogmatique ou propagandiste, il existe une réalité inaliénable, que certains expriment en parlant de "séquelles", de "survivances" ou de "plaies"... Or la réalité de ces traces d'un système ancien n'empêche pas l'esclavage pur et dur de persister.

Il importe de saisir les mécanismes de cette domination, qui font que des hommes vivent à la merci d'autres hommes de par leur naissance (I), pour comprendre les enjeux politiques de la question dite "Haratine" en Mauritanie, et pour percevoir l'avenir qu'elle dessine, dans une société appelée à vivre le partage démocratique de l'action et de la décision (II).

I. La domination en société maure : mécanismes et conséquences.

En Mauritanie, les maîtres ne sont pas toujours blancs, mais les esclaves sont toujours noirs. L'esclavage dans le milieu maure, dû dans l'histoire au mouvements de razzias et au commerce du sel, troqué contre des esclaves noirs, est plus visible que chez les autres communautés noires (Pullar, Soninké, Wolof , Bambara).

Cette visibilité ne provient pas seulement de la couleur différente des maîtres et des esclaves ainsi "acquis", mais de l'intensité supérieure de la violence, physique et symbolique, exercée dans ce milieu sur l'esclave. Cette violence naît en partie d'un processus d'"intégration" communautaire profondément contradictoire. Il s'agit, pour les Maures, de "dresser" continuellement l'esclave noir dans un espace culturel qui lui est originellement étranger, balisé par la langue arabe.

L'exploitation physique a cependant été relayée par d'autres types d'emprise. On connaît peu de cas de ventes entre tribus maures, il n'y a donc pas en Mauritanie de marchés d'esclaves. La littérature populaire y est pleine d'exemples de "nobles" mal considérés du fait de leur activité de marchands d'esclaves. L'esclave est considéré comme un patrimoine symbolique dont dépend le rang social de la famille, acquis dans la classification adoptée par la société dite "beydane" - en partie sur le modèle des communautés noires.

1) La place de l'esclave dans la hiérarchie de la société maure.

Dans cette société, qui s'est construite, face aux empereurs noirs du Mali et du Ghana, à partir de l'Islam comme fondement politique et de l'esclavage comme base sociale, le statut de l'individu dépend de la fonction exercée, qui détermine une hiérarchie figée et fortement cloisonnée, quelles que soient les évolutions réelles de chacun.

Aux "marabouts", qui constituent le clergé en haut de l'échelle, revient le savoir; aux "guerriers", la force militaire; viennent ensuite les classes subalternes, qui peuvent posséder néanmoins des esclaves noirs : aux "znagas" ou "tributaires" ("hommes libres qui n'ont ni le droit de porter les armes, ni accès au savoir maraboutique") revient la tâche d'élever les chameaux; aux "griots" la mémoire collective et l'art, qui leur donne en contrepartie un pouvoir médiatique efficace dans le dénigrement ou la glorification; aux "forgerons" revient le travail industriel et artisanal, de la fabrication de la vaisselle à celle des armes;

ceux-ci subissent un mépris symbolique proportionnel à l'intelligence qui leur est prêtée, et qui explique leur assimilation fréquente aux Juifs. On trouve en bas de l'échelle sociale les "Haratines", - "Hartani" signifie en arabe "homme libre de second rang" - ou esclaves "affranchis", et les "abd", ou esclaves, à qui reviennent toutes les tâches domestiques, de la traite des bêtes à la construction des lieux d'habitation, en passant par le ravitaillement en eau et en nourriture.

Les Haratines et les esclaves sont toujours noirs - parfois métissés. La différence entre eux, créée par "l'affranchissement", tient uniquement dans le fait que les Haratines sont invendables, tandis que les esclaves sont une propriété des maîtres au même titre que leurs vaches. L'esclave peut appartenir à plusieurs maîtres, qui en partagent la force de travail - ce qui complique son affranchissement éventuel.

L'esclave n'hérite pas du maître, il a besoin de son consentement pour se marier, ses enfants sont enlevés dès qu'ils peuvent fournir un effort physique, et placés dans des campements de maîtres. Le degré de mépris ou de respect manifesté à l'esclave, enfin, est fonction du rang social et de la volonté du maître. L'affranchissement n'équivaut en aucun cas à une émancipation économique ni à une libération mentale. Le Hartani enrichi peut se mettre, par mimétisme, à acheter des esclaves, reproduisant le système qui l'a aliéné.

2) Les mécanismes de domination traditionnels.

Les chaînes des esclaves de Mauritanie sont plus efficaces que ne le furent celles des USA et d'Europe... Les esclaves traînent ici derrière eux des siècles de domination responsables d'une aliénation mentale dans laquelle la religion a joué un rôle déterminant, mais pas seulement elle.

- La militarisation des esclaves

La société maure a évolué dans une extrême instabilité politique, caractérisée par les guerres entre tribus, familles, émirats, dans une lutte de pouvoirs permanente. Pour satisfaire à cette demande chronique de sang humain, il fallait un moyen de limiter les dégâts chez les maîtres, tout en canalisant la violence née de la frustration des dominés de toujours. Il fallait attribuer un rôle combattant à ces noirs qui n'égale pas en noblesse celui des guerriers, lesquels récupéraient ainsi le bénéfice des victoires réalisées par leurs "soldats".

On trouve dans chaque émirat un bataillon noir ("khalva kahla") dirigé par le chef du campement d'esclaves ("Cheikh Edebay"), sorte de chef d'Etat-major esclave - le prestige en moins. Les esclaves trouvaient là un moyen de s'exprimer à la convenance des maîtres, s'intégrant dans un monde de violence sur un mode statutaire et programmé. Ce phénomène, peu étudié, mériterait à lui seul une enquête anthropologique autonome.

- Les modes d'"intégration" à la tribu :

L'esclave, le "abd ", n'a pas de tribu : il est appelé à changer de propriétaire selon les termes de l'héritage, de la vente, ou de la "générosité" du maître vis-à-vis de ses amis, sa famille et ses maîtresses... Dès qu'il devient Hartani en revanche, c'est-à-dire dès qu'il est "affranchi", il est considéré comme un membre de la tribu. L'affranchissement, contrairement à ce qu'on peut penser, n'est pas né des abolitions (1905, 1961, 1981), mais de l'application, au coup par coup, des préceptes islamiques.

Il se fait donc de manière informelle, sans acte écrit la plupart du temps, d'où la fragilité du statut juridique de l'affranchi et l'incertitude de la frontière entre l'esclave et le Hartani. Le nombre des affranchis, auxquels se sont ajoutés les esclaves révoltés qui avaient fui leur maître (et pour lesquels l'administration coloniale créa les "villes de liberté"), a augmenté avec le temps sans pour autant se dissoudre dans la population mauritanienne.

Les Haratines composent ainsi une communauté spécifique, arabophone, qui équivaut aujourd'hui à plus de la moitié de la population (sans qu'aucun rencensement, ni des Haratines, ni des esclaves, n'ait jamais été entrepris).

Avec la systématisation de l'affranchissement, le statut de serviteur a fait l'objet d'une nouvelle technique de gestion, qui consiste à élargir le champ d'exploitation à travers la corruption sociale engendrée par ce mode ambigu d'appartenance tribale. Le Hartani en effet tombe sous le coup d'un faux Hadith qui dit: "Fidélité à celui qui a affranchi". Pour garder un lien solide avec son ancien maître, il est donc obligé de lui "donner l'aumône". L'affranchi achète ainsi continuellement sa sécurité et son assise sociale à l'ancien maître.

Il faut ici faire la part des différences entre l'homme et la femme esclaves. L'intégration masculine est plus facile, car la virilité sexuelle est un moyen pour l'esclave mâle de s'affirmer. Les femmes esclaves restent plus ancrées dans leur culture d'origine. Pour elles, le sexe est au contraire un facteur d'aliénation supplémentaire. L'esclavage féminin aboutit à une prostitution légale et non monnayée.

Néanmoins, la femme esclave peut connaître une promotion sociale exceptionnelle en devenant la concubine affranchie (mais non l'épouse) d'un grand maître, ou en "libérant son ventre" pour devenir l'épouse d'un autre maître acheteur. En effet, dans la logique d'alliance maure non avouée, le maître fait des enfants avec son esclave pour introduire un lien de sang avec la communauté servile. Ce lien oblige l'ensemble des esclaves, y compris les révoltés, à rester fidèles à leur maîtres devenus "cousins", bien que ce cousinage ne soit en rien comparable au lien familial interne à la communauté maure.

L'ensemble de ce système complexe repose ainsi intégralement sur l'infériorité sociale et morale de l'esclave noir, et sur la dépendance de l'affranchi. Mais l'élément érotique né de cette fréquentation intime des différences alimente un système de valeurs esthétiques qui semble entrer en contradiction avec lui, sans que jamais ses fondements ne soient mis en cause. Ces contradictions se manifestent dans la valeur accordée au métissage. Il existe peu de grandes familles maures qui n'aient pas pratiqué celui-ci, car l'opprobre jeté sur la noirceur de peau semble se renverser dans le registre esthétique en valorisation du métissage.

Toutes ces modalités d'intégration ambiguë, du mépris social à la valorisation érotique, constituent une chaîne d'aliénations réciproques d'une extraordinaire efficacité, qui repose sur une instrumentalisation sans reste de la vie humaine. Esclave ou affranchi, chaque individu, dans ce système, a le statut d'otage. Pris dans les chaînes qui font de lui ce qu'il est, le maître n'est qu'un otage supérieur, responsable en tout point du système qui l'aliène à son tour.

- Le rôle de l'Islam et des écoles coraniques

L'aliénation de l'esclave au maître n'est pas seulement terrestre, mais spirituelle, le salut de l'esclave passant par l'obligation au maître, représentant de Dieu sur terre. La fidélité de l'esclave parfait au maître devient son "indulgence", par quoi il accède au Paradis. A défaut d'en fonder le principe dans le texte coranique, le clergé musulman impose cette dépendance en vérité métaphysique par des paraboles qui, dans cette société profondément religieuse, font autorité.

On retrouve dans toutes les tribus maures une "révélation" onirique d'un grand Saint, adaptée différemment selon les familles maraboutiques, et que chaque enfant apprend très tôt. Le marabout raconte qu'après la mort d'un esclave pieux , il a vu en rêve cet esclave se partager en deux, moitié neige et moitié feu. Exprimant sa surprise, il interroge l'esclave, qui lui répond : "J'ai été condamné à ce Purgatoire éternel, car j'ai rempli les obligations de Dieu et négligé celles de mon maître, voilà ma récompense".

Ce dispositif, par quoi le devoir servile se fonde en croyance, forme une doctrine religieuse transmise dans l'enseignement du Coran, de la théologie et de la littérature, que dispensent les universités du désert, "les mahdras", qui prennent en charge la responsabilité de la reproduction des élites. Cette doctrine expose le "statut personnel"dans la loi islamique (le "Fikh"), censé organiser la vie collective, en mettant un accent particulier sur la condition de l'esclave.

L'esclave est considéré comme éternellement mineur. Il ne peut pas témoigner , ni diriger une prière. Il n'est pas obligé d'assister à la prière du vendredi ni aux cinq prières à la mosquée, ni de faire le pèlerinage, ni de pratiquer la "Zakat" (l'aumône). Pour se marier il lui faut l'aval de son maître. Sa "diya" égale la moitié de celle d'un homme libre. Tout ce qu'il possède appartient à son maître, qui hérite de lui à sa mort, et non ses enfants. Tous les droits civils et politiques de l'esclave sont ainsi suspendusexcepté pour les esclaves, qui sont considérés, ainsi que leurs biens, comme une propriété du maître.

La condition de l'esclave femme est sensiblement différente : elle n'est pas obligée par la loi de porter le voile comme les femmes libres. Elle ne subit pas l'excision, imposée à toutes les femmes maures aujourd'hui encore. Elle peut se permettre la fornication, qui est même encouragée en vue de la fécondité. Elle a, contrairement aux femmes maures, la liberté - payée de mépris - d'avoir des enfants sans se marier : l'enfant bâtard est reconnu en tant que tel, car l'affiliation des enfants à leur mère est tolérée dans la communauté des esclaves, malgré l'importance donnée, dans cette société islamique, au mariage qui affilie les enfants au père.

L'enseignement de la littérature prolonge la doctrine. Les poètes esclavagistes y ont une place de choix, tels le talentueux Al-Moutanabi. L'infériorité de l'esclave par rapport aux maîtres s'exprime à travers un système d'images et de métaphores transmis dans la totalité de l'enseignement, des proverbes à "l'histoire". Cette symbolique met en place une traduction morale de la physiologie du noir : son odeur et sa morphologie sont censées prouver son manque d'intelligence et son animalité.

Parmi cette littérature de clichés reproduite actuellement dans les manuels scolaires, à travers les récits et les photographies, il existe un vieux dicton auquel on s'amuse en chantant : "Trois choses chez l'esclave ne disparaissent jamais : dormir, voler, pisser au lit". Une génération de fils de maîtres ainsi éduqués ne saurait se dégager de cette prédestination sociale sans trahir l'ensemble du système.

3) Maintien et renouvellement de la domination :

On peut penser que tous ces mécanismes ne concernent que l'ancienne Mauritanie, la société rurale ou ce qui en reste. Malheureusement les choses n'ont pas changé, malgré le principe d'égalité proclamé par la Constitution de 1991 dans son Préambule, qui se réfère à la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948 et à la Charte Africaine des Droits de l'Homme de 1951. L'évolution, depuis l'existence de l'Etat en Mauritanie, tend au contraire à enraciner ce mode de fonctionnement pour une raison simple, liée à l'impératif de reproduction des élites.

Les descendants des maîtres d'hier assurent le maintien de ce système d'exploitation en exerçant leur nouvelle fonction : magistrat, homme d'affaires, directeur d'entreprise publique, officier supérieur de l'armée, avocat, enseignant, journaliste, leader politique, syndicaliste, diplomate, Imam... Un simple examen du rôle et du fonctionnement des institutions fait voir combien ce système cloisonné résiste à tout effort d'émancipation :

- Le monopole de l''institution religieuse :

Malgré l'ouverture des écoles coraniques ("Mahdras") et des institutions religieuses à tous les Mauritaniens, la profession d'Imam reste réservée aux Maures blancs. Le peu de Haratines qui contournent le barrage, pour une raison ou une autre, sont dénoncés par le comité du quartier ou du village, lequel sera soutenu par le Ministère de l'Orientation Islamique, qui a seul le pouvoir d'agréer les Imams. Celui-ci n'hésitera pas à faire recours au texte de la Sharia, qui interdit aux esclaves de diriger une prière, à plus forte raison d'exercer le métier de théologien. Dans toutes les administrations des tutelles, ce sont donc les mêmes individus, fils de maîtres, qui assurent la continuité de l'idéologie fondatrice.

Ce champ d'émancipation sociale est donc à son tour interdit aux fils d'esclaves et aux affranchis, ce qui freine toute remise en cause du statu quo, et ceci au nom d'une religion qui fut d'abord celle des opprimés : les premiers disciples du prophète Mahommet étaient les esclaves des tribus arabes de la Péninsule, qui lui ont apporté soutien et protection.

- Le contenu religieux de l'enseignement moderne :

L'école publique, dans la Mauritanie actuelle, tend à supplanter l'école coranique. Mais le contenu de l'enseignement reste le même, car les programmes d'instruction religieuse (IMCR) y ont la même place que les autres disciplines. Le système éducatif mauritanien n'a jamais été l'objet d'une réforme de fond depuis l'indépendance : il n'a pas même tenté de prendre en considération l'évolution de la société, la ratification des instruments de droit international, l'avis des professionnels de l'éducation.

Dans tout l'enseignement, de l'école primaire à l'université, on continue à enseigner le statut de l'esclave du point de vue de la Sharia : individu de second rang, il n'a pas les mêmes obligations civiles, pénales et religieuses que l'homme libre. En outre les villes d'esclaves que sont les "Adwabas" ne bénéficient pas des mêmes infrastructures éducatives que celles des autres villes du pays : les esclaves disposent juste de quelques classes d'alphabétisation destinées aux adultes, mais les maîtres évitent de leur laisser le loisir de les fréquenter.

La doctrine esclavagiste, dans les IMCR, s'illustre dans les règles de l'aumône, de la diya, de la prière, qui reproduisent le programme coranique vu précédemment. L'interprétation rigide de la loi islamique fait qu'au niveau des droits et devoirs religieux, l'égalité affirmée dans la Constitution républicaine n'existe évidemment pas. A l'université, l'enseignement du droit musulman, qui est obligatoire pendant les quatre années de maîtrise, prend toujours en considération le statut de l'esclave, qui apparaît aux programmes suivants :

- L'héritage : il ne comporte aucune part réservée à l'esclave, qui représente, lui, la moitié de la part de l'homme libre.

- Les contrats : on retrouve la vente de l'esclave parmi les actes recensés en droit civil.

- Les litiges judiciaires : l'esclave n'a pas le droit de témoigner.

Les maîtres ont donc réussi à introduire les fondements de la domination dans le système éducatif , qui prend en charge la formation des générations futures.

- La Justice :

La justice en Mauritanie, à l'image des autres services publics du pays, alimente la longévité du système esclavagiste à travers deux aspects :

La législation : le Préambule de la Constitution républicaine de 1991 affirme que l'Islam est la "seule source de droit"; plus loin l'article 5 stipule que "L'islam est la religion du peuple et de l'Etat" .

L'illustration de ces principes constitutionnels se retrouve clairement dans le domaine pénal, malgré l'adoption du principe de légitimité dans l'article 4 du code pénal. Un renvoi explicite est fait à la Charia qui incrimine "tout acte contradictoire aux principes et valeurs de l'Islam". Enfin, l'esclavage ne fait pas partie des délits et crimes prévus par le code pénal.

L'organigramme de la justice prévoit des tribunaux parallèles qui traitent toute affaire relevant du statut personnel, dirigés par des "Cadis", juges de droit musulman. Le fait d'être "libre" ne figure pas parmi les critères officiels de recrutement des juges. Mais en pratique, et conformément à la même logique, l'esclave ne peut pas juger, ce qui explique l'absence des fils d'esclaves dans le corps de la magistrature. Depuis l'indépendance jusqu'à nos jours, aucun maître n'a jamais fait l'objet d'une condamnation pour crime d'esclavage. En revanche, il arrive à ces "juges" de formaliser des ventes d'esclaves.

- Le service public

En Mauritanie, bien que l'égalité d'accès aux bourses d'étude à l'étranger ne soit pas niée en droit, on aura du mal à trouver un fils d'esclaves occupant un poste de responsabilité, quelles que soient ses compétences et son simple droit de citoyenneté. Ce constat concerne aussi bien les portefeuilles ministériels, l'administration, les forces de l'armée et la sécurité... Parallèlement à cette exclusion, on a mis au point une méthode de sélection qui effectue un dosage ethnique de façade, destiné à tromper les partenaires du pays. Le droit de tous à la citoyenneté devient une promesse de réussite individuelle.

On trouve l'équivalent de cette volonté politique dans les réactions de l'opinion. En 1984, la première nomination d'un fils d'esclaves comme Ministre (Messoud Ould Boulkheire) a provoqué l'indignation parmi les notables, et la moquerie dans le peuple. On entendait parmi d'autres ce refrain : "Je connais Messoud qui tire le lait des chèvres, mais Messoud qui dirige et qui gère, on n'avait jamais vu ça".

En 1995, dans le cadre de la même politique de dosage ethnique, on a vu le pouvoir nommer Ministre du Développement Rural un esclave issu de la communauté soninké (Timera Boubou). Après quelques semaines d'exercice, celui-ci a été limogé à la suite d'une pression exercée sur les notables de sa communauté par leur représentant, Sidney Soukhna - à l'époque chargé des Droits de l'Homme auprès de la Présidence, aujourd'hui ambassadeur de Mauritanie en France : la communauté Soninké disait ainsi son refus d'être représentée à la tête de l'Etat par un esclave.

Le simple examen de la liste des diplomates mauritaniens montre que les fils d'esclaves deviennent rarement ambassadeurs - sauf aux USA, où le lobby anti-esclavagiste, très actif, parvient à se faire entendre mieux qu'ailleurs. Sachant qu'une grande partie de la classe financière est une création de l'Etat, issue d'une politique de crédits, d'exonérations et d'avantages fiscaux, il en est de même dans le milieu des affaires.

II. Les Haratines : quel avenir politique ?

1) La longue marche politique.

Les autorités mauritaniennes ont la volonté de faire perdurer ce système d'exploitation, escomptant la passivité des opprimés de toujours. Mais le mode d'exclusion des Haratines de Mauritanie déborde le simple cadre des violations des droits de l'homme pour prendre une dimension politique particulière, qui peut faire penser à une situation d'apartheid. La marginalisation au long cours de plus de la moitié de la population nationale engendre une prise de conscience progressive. La revendication croissante d'un légitime partage de pouvoirs, se heurtant au blocage étatique, tend à s'affirmer réactivement sur un mode identitaire. Le poids démographique de cette population ancestralement opprimée, porteuse de frustrations et d'espoirs à la fois, crée une situation explosive.

- L'histoire d'une mobilisation :

La première revendication autonome de cette communauté s'est exprimée à travers un mouvement créé par un groupe d'intellectuels et de cadres haratines, El Hor. Face à leur volonté d'intégrer le paysage politique, le pouvoir a réagi par une campagne de répression. Toutes les familles politiques y ont contribué, afin de barrer la route à ce nouveau rival. Car miser sur les Haratines s'était révélé payant, pour les mouvements d'opposition qui n'assumaient pas une logique de rupture avec l'ordre ancien. L'explication que propose El Hor de ce phénomène est très pertinente :

"Si le parcours à été laborieux , particulièrement parsemé d'embuches et vain jusqu'ici, c'est que la démarche politique à été mauvaise. En effet, alors que les premiers dirigeants du pays, soucieux surtout de consolider leur pouvoir, avaient recouru à l'opportunisme colonial, les courants progressistes et nationalistes de l'époque (c'est le cas encore aujourd'hui) n'ayant pas suffisamment de courage pour affronter les problèmes internes, préférèrent les occulter en se réclamant tantôt de Nasser, tantôt de D'aflagh, de N'kruma ou de Mao. En d'autres termes, la lutte politique, ignorant les réalités mauritaniennes, s'était d'emblée engagée au niveau du panarabisme , du panafricanisme et l'internationalisme prolétarien."

Malgré la répression policière et la mauvaise foi politique, le mouvement a eu beaucoup d'échos dans le milieu haratine. Mais il s'est vite divisé, dès que le parti "bath" iraquien s'est intéressé à la prise de pouvoir à Nouakchott. Sentant le risque d'une alliance entre les Haratines et les Négroafricains, ce parti a réussi à se faire rallier par une partie des membres fondateurs de El Hor à travers la revendication de l'arabité des Haratines; tandis que les autres sont restés attachés à leur choix idéologique initial : s'affirmer comme nouvelle composante nationale à travers leur histoire propre, leur origine noire et leur culture hassanophone. El Hor veut rompre l'ordre ancien en bousculant les réflexes acquis et les privilèges iniques, au point de renverser le système de autoreprésentation qu'il a installé.

"El Hor dorénavant veut caractériser l'avènement d'une société tout à fait nouvelle où le vocable haratine se portera avec fierté comme un étendard, et ne sera plus synonyme de mauvais sceau du destin qui se subit comme la fatalité". Cette politique leur a permis de s'imposer à partir de 1984 comme représentants de la communauté haratine à travers la nomination de Messoud Ould Boulkheire, leader d'El Hor, comme Ministre du développement rural. D'autre part, lors des premières élections législatives depuis l'arrivée des militaires au pouvoir, en 1986, le mouvement a réussi à présenter des listes de candidature, dont le succès a affirmé le poids des Haratines comme force électorale.

- Obstacles à la mobilisation.

Malgré les attaques des uns et des autres, cette élite a donc réussi à marquer des points. Mais l'exploitation gouvernementale des Haratines, accompagnée au besoin de leur militarisation, a régulièrement neutralisé ou freiné le mouvement, sur le modèle de ce qui s'était passé en 1966. Voilà comment le mouvement El Hor présente lui-même les événements d'alors :

"Quand survinrent les tragiques et douloureux événements de 1966, première grave cassure entre Maures (Arabes) et Négro-africains, inconsciemment ils y prirent une part très active, se faisant remarquer par leur acharnement sur leurs frères de couleur : manipulés et encadrés par leurs maîtres, ils tuèrent et pillèrent comme des chiens lâchés, pour se retrouver, quand tout fut fini, avec un goût d'amertume et une question lancinante : pour qui ont-ils fait cela?"

C'est à partir de là que les Haratines ont commencé à développer une conscience identitaire, se sentant lâchés par tous après la réconciliation entre les deux communautés. Ils se sont néanmoins refait piéger lors de la guerre du Sahara : lorsque le pouvoir lança alors un appel patriotique pour défendre le territoire national, ils virent dans la défense de la "patrie" un moyen de se libérer, et acquirent de fait, comme combattants, une provisoire égalité de traitement avec les hommes libres. Mais aux lendemains de la guerre, le paysage politique reprit ses couleurs habituelles (tribu, ethnie).

Les Haratines, qui n'avaient plus qu'à pleurer leurs morts sans consolation ni réparation, se retrouvaient, démobilisés, n'ayant ni maître, ni terre ni troupeau, et d'autant plus disponibles pour une adhésion massive au mouvement.

La nécessité d'une affirmation autonome s'est manifestée, en 1989, lors des événements tragiques nés du conflit entre la Mauritanie et le Sénégal. El Hor a alors lancé un mot d'ordre suivi d'un encadrement sur le terrain, pour empêcher les Haratines de se faire enrôler de nouveau, cette fois comme force de frappe dans la chasse aux Négromauritaniens. Mais l'encadrement des forces de l'ordre qui encourageaient et protégeaient les pilleurs au contraire a désamorcé leur mobilisation.

Les élections de 1990 ont marqué la vraie poussée des Haratines : ils ont alors présenté la candidature de Messoud, qui a été battu avec beaucoup de difficultés grâce à la coalition conservatrice et la fraude. Cette nouvelle montée des Haratines a effrayé le pouvoir et ses soutiens parmi les notables esclavagistes, qui ont alors pris le parti de récupérer le mouvement lors des élections syndicales en 1991, alors que El Hor s'apprêtait à contrôler le principal syndicat national.

Cette infiltration policière de la direction d'El Hor a permis le sabotage des élections syndicales et le ralliement de quelques dirigeants au pouvoir. Ce fut là un coup dur porté au mouvement au moment même de ce qui devait être l'ouverture démocratique. El Hor a néanmoins réussi à mener la première coalition de l'opposition avec les autres partenaires de l'opposition : le FDUC (Front Démocratique Uni pour le Changement), qui deviendra plus tard l'UFD (Union des Forces Démocratiques) dirigée par Messoud Ould Boulkheire.

Celui-ci, comme on l'a vu, a été refusé comme candidat de l'opposition aux présidentielles de 1992 au nom de divers arguments "politiques" qu'il n'a jamais acceptés. Mais pour l'unité d'une première opposition démocratique, le consensus s'est fait sur la candidature indépendante de Ahmed Ould Daddah, soutenu par l'UFD, qui deviendra plus tard UFD/EN (Ere nouvelle). Avec cette nouvelle présidence du candidat maure qui avait échoué aux présidentielles de 1992, El Hor a dû se rendre à l'évidence: les leaders de l'opposition eux-même ne sont pas prêts à faire du problème de l'esclavage une priorité.

"Au sein de l'opposition , on ne semble plus disposé à bousculer le statu quo : ses dirigeants se sont jusqu'ici gardés de mettre en avant , dans leur discours , le fait - évident , mais opposé à la tradition dans le pays - que l'islam déconseille fortement la mise en esclavage de musulmans".

Bien que les Haratines représentent un potentiel électorat majeur, l'opposition continue à s'adresser à cette communauté à travers les notabilités traditionnelles maures, c'est-à-dire à en faire des non-sujets politiques.

On peut du reste dire que L'UFD /EN a été un parti d'opposition mais pas de changement radical, ce qui explique ses réticences à prendre en charge la spécificité des Haratines à travers leur intégration citoyenne. Cependant la participation de El Hor à l'UFD/EN a été une importante expérience politique pour les cadres du mouvement, qui ont ainsi pu s'affirmer de manière décisive dans le paysage politique national.

Dans ce climat très tendu ils ont fini par quitter le parti en 1994 , pour créer un an plus tard AC (Action pour le Changement) avec les dissidents négro-africains de l'UFD réunis en "Comité de crise". Ce nouveau parti constitue une force politique pleine de potentialités, malgré les difficultés rencontrées aussi bien au niveau de ses moyens matériels que de l'opinion.

Celle-ci ne veut tout simplement pas voir les Haratines disputer les reines du pouvoir aux "Maures", réaction très révélatrice de la pensée dominante. Une formule populaire a ainsi rebaptisé AC "Abd Complexés", c'est-à-dire "Esclaves Complexés". Face à cette campagne de dénigrement à laquelle tous ont participé, AC a réussi à toucher la masse des Haratines en présentant une alternance à travers un parti qui échappe à l'évidence de la domination maure.

C'est la seule formation qui ait élaboré un plan d'éradication de l'esclavage, malgré le taux d'ignorance très élevé dans cette communauté, contournant l'analphabétisme de la population en faisant circuler son discours radical en cassettes audio dans tous les Adwabas du pays.

Après ce succès, d'autres problèmes ont surgi. Les Négro-africains craignent que le discours sur l'esclavage ne prenne le dessus sur la lutte contre la discrimination raciale : à l'occasion de divers incidents publics, plusieurs membres du comité de crise ont quitté le parti, par vagues successives, pour se diriger de tout côté politique, au profit de l'opposition ou du pouvoir. D'autre part, les Haratines n'ont pas échappé aux contradictions de leur communauté d'adoption maure.

Celles-ci se sont manifestées à travers la crise de régionalisme qui a secoué le parti : les Haratines originaires de l'est ont accusé les ressortissants du sud-ouest de vouloir dominer les instances. Ce clivage a diminué encore les rangs du parti, resté malgré tout l'unique voix des sans-voix.

Lors des dernières élections législatives (2000), on a vu pour la première fois dans l'histoire du pays quatre députés AC siéger à l'Assemblée Nationale, dont deux Haratines, et ceci malgré la fraude électorale. Cette tribune leur a permis de poser leurs problèmes parmi d'autres, ce que le pouvoir a d'autant moins apprécié que les débats à l'Assemblée Nationale sont diffusés dans les medias officiels.

Mais cette nouvelle tribune s'est très vite retournée contre ses animateurs, lorsque la censure est intervenue à travers des montages mal intentionnés, présentant la personne de Ould Boulkheire et sa communauté comme revanchards ennemis des Maures. Le souci de radicalité des députés haratines a donné prise aux manoeuvres du pouvoir : celui-ci prépare l'opinion pour l'interdiction d'AC, ce qui explique en partie le silence de la rue en 2001après sa dissolution.

Ce scénario obligé - une mesure provocatrice pousse les Haratines à la violence, afin de les réprimer sous les yeux approbateurs d'une opinion montée contre eux - est exactement le même que celui qu'avait utilisé le pouvoir contre les Négro-africains en 1989. Il n'a pas entamé la vigilance des dirigeants du parti, qui savent qu'ils ne peuvent pas actuellement assumer un tel affrontement, et qui ont essayé de retrouver la "légalité" à travers la création d'un nouveau parti, "Convention Pour le Changement", lequel a été refusé par le Ministère de l'Intérieur, mais bénéficie d'une certaine tolérance au sein de la coordination de l'opposition.

Mais le véritable enjeu sera les présidentielles de 2003, auxquelles Messoud voudra participer, alors qu'il ne dispose d'aucun parti pour soutenir sa candidature. Ce sera certainement un tournant à haut risque dans l'histoire politique du pays : si le pouvoir cherche à l'en empêcher, il sera difficile d'éviter un affrontement civil entre les maîtres de toujours et les esclaves d'hier.

- Les Haratines et la société civile.

A ce non-lieu observé au niveau des partis politiques quant à la question haratine, s'ajoute un silence complice de la part de ce que on peut appeller la société civile. La défunte "Ligue Mauritanienne des Droits de L'homme", qui a pris en charge pendant une décennie la question des droits de l'homme en Mauritanie (torture, discrimination raciale, censure, fraude électorale...), n'a jamais fait état de l'esclavage.

Le plus dramatique est que quelques militants politiques de la communauté noire au USA et en Europe ont exploité la question de l'esclavage en le réduisant au problème racial, confusion simplificatrice destinée à donner un poids supplémentaire à leur cause, et à mettre en parenthèses l'esclavage dans leurs communautés respectives.

Pendant tout ce temps, les Haratines ont été les otages d' une exploitation politique et d'un négationnisme inavoué : en dehors des colonnes de la presse en 92 et de El Hor, le problème n'a guère été posé. Ce étouffement a fait l'affaire de tous leurs adversaires, au pouvoir et dans l'opposition, qui craignaient de se retrouver marginalisés politiquement, ne pouvant plus récupérer le potentiel mobilisateur de l'esclavage après la prise de conscience des victimes directes.

En 1995, la question haratine s'est introduite dans les débats politiques à travers la création d'une ONG spécialisée dans la question, SOS-Esclaves. L'originalité de sa démarche consiste à poser le problème en termes de responsabilité nationale, et à rassembler fils de maîtres et fils d'esclaves. Le sens qu'elle a donné à sa démarche a beaucoup dérangé les autorités, qui ont procédé à l'arrestation de ses dirigeants en 1998, après qu'ils aient dénoncé l'esclavage sur France 3 : ils avaient transgressé l'interdit en faisant entendre pour la première fois en Europe la parole d'une victime, afin de mobiliser l'opinion internationale sur ce drame qui touche la moitié de la population mauritanienne.

Cette organisation assiste les victimes, engage des avocats pour assurer leur défense, dénonce la complicité de la justice et l'administration avec les maîtres, sensibilise les esclaves dans leur Adwabas contre leur exploitation électorale par les chefs de tribus. Surtout, elle publie depuis cinq ans un rapport annuel détaillé sur la situation de l'esclavage dans le pays. Mais sa non-reconnaissance l'empêche de faire l'essentiel du travail : la sensibilisation des esclaves à l'intérieur du pays resté coupée du monde, et les offres des services éducatifs et sanitaires...

- Une culture enfouie.

Au-delà de la question des droits de l'homme et du devenir politique, il ne saurait y avoir d'émancipation réelle des Haratines sans que leur communauté soit reconnue dans tous ses aspects. Or ils sont complètement exclus de la création de l'opinion et de la vie artistique publique : on ne les voit ni ne les entend dans les médias, les centres culturels, les spectacles et les festivals. Cette exclusion culturelle freine la reconnaissance de l'identité des Haratines, telle qu'elle s'exprime à travers leurs chants, leur danses et leurs poésies. Les medias du pays - y compris la presse indépendante - ne prennent pas acte du rôle qu'ils pourraient avoir dans la diffusion de cette culture, pourtant décisive pour l'émancipation réelle de cette caste.

D'autre part, cet univers artistique particulier mériterait un travail au plan de l'art et de l'anthropologie à la fois. Louange et lamentation s'y expriment en même temps selon les rituels du Medh et du Banjhe. Ces rites de chants et de danses se déclenchent spontanément, après la journée de travail, sur un terrain spécial ("merjea") en marge du campement. Un homme ou une femme entonne le chant, repris par les autres esclaves qui le rejoignent un à un après leurs tâches domestiques, et se mettent à danser, parler et fumer. Cette fête quasi quotidienne peut durer jusqu'à l'aube, et se substitue souvent au temps du sommeil.

Le "Medh" (la Louange) permet aux Haratines d'évacuer la douleur de leur vie d'esclave en chantant des hymnes à Dieu, au Prophète. Il est accompagné d'une danse, "banjhe", qui est aussi un art martial, dont les gestes métaphorisent la violence d'un combat en souffrance : deux hommes face à face brandissent chacun un bâton l'un contre l'autre, jusqu'à ce que l'un fasse tomber celui de l'autre, pendant qu'autour d'eux les femmes, jeunes et vieilles, font la ronde en lançant des youyous et tapant des mains, sautant sur un pied, tête baissée vers le sol. Il est rare que ces cérémonies aient lieu sans blessure.

Ces chants et ces gestes sont accompagnées d'une flûte bédouine médiévale, qui semble faire remonter la plainte vers les cieux, tandis que les corps humains sont entièrement rivés à la terre par leur pesante vie de labeur. Les hommes aux percussions jouent avec leur tambour en le jetant haut en l'air, et en le rattrapant avec les dents par la corde; ils dansent et tournent sur eux-même tout en frappant le tambour à la paume, au coude et au pied. La virtuosité et la fébrilité des mouvements de leur corps, occupés à danser et à jouer à la fois, semble vouloir rythmer une énergie qui déborde de tous côtés. Chaque chant, ainsi ponctué, s'achève avec la louange du maître.

Conclusion.

Malgré le mépris des autorités mauritaniennes pour les militants antiesclavagistes, qui n'ont jamais cessé de réclamer la mise en oeuvre réelle de l'éradication, et même de se proposer pour y contribuer activement, l'esclavage est aujourd'hui au coeur du débat politique. L'intervention récente de certaines instances étrangères dans ce débat - colloque d'Aircrige à la Sorbonne en juin 2002, rapport d'Amnesty International en novembre 2002 - a provoqué des réactions si violentes sur ce sujet que le pouvoir a montré là, avec sa violence, une vulnérabilité particulière, et ceci à quelques mois des présidentielles.

Les autorités se sentent gênées, car elles ont déjà donné le mot d'ordre aux notabilités de "dresser" leurs esclaves en faveur du candidat à sa propre succession, le colonel Taya. Celui-ci a fait dire à son porte-parole, en réplique à Amnesty, que le pays était "ouvert" à toute demande d'enquête sur l'esclavage. Il serait intéressant de vérifier le propos en mettant à l'épreuve cette ouverture toute nouvelle.

Par Abdallahi Hormatallah, secrétaire chargé de la communication de SOS-Esclaves (Mauritanie).

Ce texte fait partie du dossier rassemblé par l'Association Internationale de Recherche sur les Crimes contre l'Humanité (AIRCRIGE), à l'issue du colloque "Dictature et racisme d'Etat au Soudan et en Mauritanie : répression, esclavage, extermination", 31 mai-1er juin 2002 à l'Université de Paris IV-Sorbonne.


5 commentaires:

Anonyme a dit…

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Anonyme a dit…

Salam
Lu sur al akhabar

Pendant ce temps Ould Feilani, qui a une double nationalité mauritanienne et espagnole, était retourné en Espagne

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Il a la nationalité éspagnole, jusqu'à preuve du contraire , nous n avons pas vu le decret signé de Kim pour lui accordé la double nationalité.

S'il a choisit l'espagne, c'est qu'il sait que ses droits sront respectés

Mauritanie c'est de la merde dit le fou.

maatala

Anonyme a dit…

vlane, tu as des problèmes. on avait soutenu ton frérot il y a quelques années, mais à la lecture de 2 articles, c'est un crook. Tu peux faire la succette à l' azizzo come tu peux, mais avec canalh

Anonyme a dit…

KEN
L'esclave crie au lieu de parler. Et il n.entend pas les cris des autres...C'est nourrissant pour les elites r.a.s. pour les autres....

Anonyme a dit…

Que tous es fils de cpays denoncent et luttent contre cette pratique honteuse pour toute personne digne de ce nom.Le passé c'est le passé;on ne peut y revenir mais pour l'heure nous tou nous devons faire en sorte pour l'éradiquer en dénonçant tous ceux qui le pratiquent ou le defendent...