jeudi 19 septembre 2013

Brassage inter-communautaire : "Pas facile d'être métis en Mauritanie"


Particulièrement depuis l'avènement des militaires au début des années 80, le métissage inter-communautaire est en chute libre, voire n'existe quasiment plus en Mauritanie. Une césure majeure dans l'histoire des relations inter-communautaires entre le fleuve Sénégal et le Sahara. Une mécanique qui devrait pourtant aujourd'hui être activement rappelée et promue, pour que les communautés apprennent à se (re)connaître, et se respecter.
 
 

Notamment depuis les événements de 1989, mais avant cela initié par une politique d'état qui a misé sur la division communautaire, la cohabitation apparaît de moins en moins crédible dans un contexte social et urbain où une forme d'apartheid cloisonnant est, de fait, de mise.
 
Pourtant, l'histoire récente (pré-indépendance) et même antérieure à la colonisation française, est jalonnée derelations inter-ethniques métissées. "Que ce soit pour des raisons d'alliances objectives entre grandes familles toucouleures, Soninkés et mauresques; ou des raisons purement sentimentales" avance Cheikh Saad Bouh Camara, sociologue.
 
"Le peuple mauritanien est un peuple métissé, et c’est dans le métissage qu’il trouvera son salut" opine Oiga Abdoulaye, ancien DG de la Caisse Nationale de Sécurité Social, qui a écrit sur le sujet dans son essai "Contribution au rétablissement de la vérité sur le peuplement historique de la Mauritanie".
 
Pour étayer cette assertion connue mais oubliée, il rappellera dans son essai, les liens séculaires qui unissent les Mechdouf et les Oulad M’Bareck aux soninkés, ainsi qu'aux bambaras. Dans cette continuité, l'ancien directeur de la CNSS rappelle que les familles des Cheikh : "Cheikh Mohamed Fadel, Cheikh El Hadrami, Cheikh Saad Bouh, Cheikh Sidi Bouya, ont pour mère Khadijetou, fille de boubacar Bal, lui-même, fils du célèbre marabout Souleymane Bal".
 
"Le métissage du peuple mauritanien, ne se situe pas uniquement au niveau interne de ses tribus et ethnies, il est transfrontalier. Il est illustré par de nombreux cas historiques, dont entre autres, l’union de Diombott M’Bodj, reine du Oualott M’bodj, reine du Oualo, avec l’Emir du Trarza".
 
Le rejet des autres
 
Français par son père, et maure par sa mère, Momme Ducros, micro-blogueur, et chargé de la communication à l'office de l'immigration mondiale (OIM) sait bien ce que veut dire "métis" en Mauritanie. Surtout quand une part de son identité est liée à celle de l'ancien colonisateur. Il souffre encore et régulièrement, des remarques liées à son métissage dans son propre pays:
 
"Il ne s'agit pas vraiment de rejet mais d'un mépris, avec une connotation liée au passé colonial. On me fait des allusions à peine voilà par rapport à cela. Même dans le monde professionnel, Je fais mine de ne pas entendre de mauvaises idées dites sous cape. Du genre : " compte tenu de ses origines, certaines tâches devraient échoir à des pures souches". Idem pour les demandes de mariages, de manière diplomatique on te reproche tes origines. J'ai été gentiment mais fermement éconduit par rapport à cela. J'ai entendu le terme "Nessrani" (Nazaréen, en terme péjoratif, avec une connotation religieuse liée à la mécréance- NDLR) utilisé à mon égard".
 
Mokhtar, infirmier à la clinique Kissi de Nouakchott, n'est pas loin de cet avis. Il va même plus loin, en expliquant comment la plupart des métis qu'il connaît s'aliène une de leurs identités :
 
"On a perpétuellement le cul entre deux chaises. Puis on n'en choisit plus qu'une à partir de l'adolescence. Très peu concilient positivement leurs deux ou trois identités. De fait, d'un côté ou de l'autre de ta famille, on te reproche toujours l'une de tes origines. Par des blagues qui sont sensées faire rire, des paroles dans le dos, que tu finis par entendre... Être métis en Mauritanie n'est pas une sinécure de nos jours" témoigne le jeune mauro-peul.
 
"L'ère des ignorants et des parvenus"
 
"Malheureusement à l'ère des ignorants et des parvenus, les systèmes de valeurs ont été inversés. Ce faisant, les gens de savoir qui auraient pu rappeler étayer, et diffuser ce passé commun ont été rejetés dans l'arrière-plan social" affirme un vieil homme d'affaires maure qui a épousé une peule au début de sa carrière.
 
Cette ignorance a occulté l'histoire familiale d'un Chérif Hamallah Ould Mohamed Ould Signa Omar, Tidiani, source du hamallisme. "Son père était un maure, commerçant au Mali, à Nyamani, sa mère une peule. Il a inspiré foi et spiritualité islamiques à des milliers de maures, bambaras, toucouleurs" raconte Amadou Hampaté Ba dans son récit biographique sur son mentor Thierno Bocar, le sage de Bandiagara. Natif de Mederdra, Chérif Hamallah.
 
Cheikh Abdoulaye Ndiaye, l'artiste musical plus connu sous le nom de Bakhan, revendique ce métissage, et en fait le socle de sa musique:
 
 "Je suis tout à la fois, maure, pulaar, soninké et wolof. C'est pour cela que j'ai toujours cherché à valoriser les cultures mauritaniennes. Et c'est pour ça que que je rêve de créer une musique mauritanienne moderne qui transcende les barrières ethniques et les cloisonnements musicaux. Il y a beaucoup plus de choses qui nous unissent, que de sources de divisions. Il faut juste, effectivement, le rappeler aux gens, quotidiennement, et dans tous les domaines" exhorte le prix RFI 2009.
 
"Quand le métissage porte ses fruits, et que ceux-ci embrassent sans complexe et dans leur entièreté leurs origines diverses, alors un creuset de tolérance, et souvent de talent, se forge. Un peu d'histoire pré-colonisation ferait du bien aux nouvelles générations" conclut N'Diaye Hussein Kane, médecin-colonel à la retraite. Il a été le médecin-traitant personnel de Maouiya Ould Sid'Ahmed Taya. Halpulaar de Tékane par son père, il est également issu par sa mère, de la tribu guerrière des Oulad El Nassr d'Aïoun.
 
Mamoudou Lamine Kane
 

6 commentaires:

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Saluant un plan national contre le racisme, un expert de l'ONU plaide pour une participation élargie


9 septembre 2013 – Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur le racisme a salué lundi le début d'un processus visant à élaborer un plan d'action national contre la discrimination raciale en Mauritanie, tout en exhortant les autorités à se baser sur une analyse approfondie et une évaluation de tous les aspects de la discrimination dans le pays.





« Le processus d'élaboration du plan doit être inclusif et participatif, pour que toutes les parties concernées puissent se l'approprier et s'assurer de sa mise en œuvre, mais aussi mesurable », a recommandé Mutuma Ruteere au terme de son déplacement en Mauritanie, la semaine dernière.



« J'ai moi-même observé combien les questions relatives à la discrimination préoccupent les gens. C'est pourquoi il est d'autant plus important que tous les acteurs puissent échanger et débattre sur le contenu du plan d'action », a encore préconisé l'expert.

Selon lui, une évaluation approfondie ne peut être entreprise sans statistiques détaillées sur l'ascendance et l'origine ethnique, le sexe et l'âge et recueillies sur la base de l'auto-identification. « Sans données ventilées par origine ethnique, il reste difficile de cerner la situation des groupes marginalisés et d'évaluer les progrès accomplis dans la lutte contre la discrimination et l'exclusion », a expliqué le Rapporteur spécial.

Il a félicité les autorités mauritaniennes pour la création d'une Commission nationale des droits de l'homme, l'inscription dans la constitution de la nation de diversité ethnoculturelle et la promulgation d'une loi sur l'esclavage.

maatala a dit…

Toutefois, M. Ruteere a noté un certain nombre de défis persistants relatifs au rythme de l'application effective de la loi, appelant le gouvernement à en faire une priorité. « Beaucoup de gens perdent confiance dans les institutions et le système judiciaire », a-t-il mis en garde. « Il faut améliorer l'efficacité de ces institutions dans la lutte contre la discrimination et regagner la confiance de l'opinion publique quant à l'efficacité et l'engagement des institutions dans l'application des lois ».

« Les efforts déployés pour mettre en œuvre l'Accord tripartite 2007, qui a permis le retour de plus de 24.000 Mauritaniens entre 2008 et 2012, sont remarquables », a-t-il reconnu. « Pourtant, les souvenirs douloureux des événements de 1989 restent vivaces dans la vie des femmes, des hommes, de beaucoup de filles et de garçons qui ont perdu des êtres chers, des maisons et des terres, ainsi que leurs papiers d'identité ».

Les préoccupations relatives à l'enrôlement et l'indemnisation pour certains des rapatriés, à la poursuite des conflits fonciers et à l'absence de responsabilités pour les violations des droits humains doivent être sur l'ordre du jour de la réconciliation nationale, un préalable à la construction d'une société inclusive et diverse.

« J'ai trouvé la société mauritanienne extrêmement stratifiée. La discrimination basée sur les castes et l'ethnicité est aussi bien intercommunautaire qu'intracommunautaire; la pauvreté est également un vecteur d'inégalités entre et au sein des communautés », a déclaré M. Ruteere. « Il est important de reconnaître la pauvreté comme cause sous-jacente de la discrimination, que le gouvernement a tenté de réduire en investissant essentiellement dans des programmes visant à améliorer les conditions de vie des groupes historiquement marginalisés ».

« Tout comme mon prédécesseur l'a observé, bien que la discrimination ne soit pas institutionnalisée de jure, de nombreuses personnes ne disposent pas de l'égalité des chances en matière d'éducation, d'emploi et d'opportunités économiques », a indiqué le Rapporteur spécial tout en soulignant que la langue est perçue comme un moyen de domination par certains groupes au détriment d'autres, et que le manque de diversité ethnique aux postes clés du gouvernement et de l'administration publique est perçue comme un reflet de l'exclusion.

L'expert a également alerté sur le fait que bien que l'esclavage ai été interdit en Mauritanie, il y'a encore des personnes qui sont victimes de pratiques analogues. « Femmes et filles continuent d'être particulièrement vulnérables et soumises à diverses formes de violence, notamment sexuelle », a-t-il prévenu. « Les cadres institutionnels et juridiques doivent être renforcé de sorte que les auteurs des violations soient tenus de rendre compte ».

Les conclusions et recommandations du Rapporteur spécial seront présentées dans un rapport au Conseil des droits de l'homme, en juin 2014.


ONU

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Salam


Vlane a dit dans:

"Inondations : une élite et un pouvoir à la noix sous une atmosphère de coup d’état…"


Qu’on fasse venir tous les chercheurs de la terre dans tous les domaines des sciences humaines et qu’on nous explique comment peut-on, dans un pays de moins de 4 millions de moutons au nez et à la barbe de tant de nobles guerriers et autant de savants marabouts, avec tant de richesses, prendre le pouvoir si facilement, sans coup de feu, sans remplir les prisons, avec une totale liberté d’expression ? Sans réaliser l’état de nos articulations et de nos réflexes, tout le reste est folie : politique, médias et autres agitations. Pourquoi si peu de blogs de nos intellos, de sites engagés pour éveiller, transporter et qui sait…soulever ? Pourquoi pas une organisation de résistance multiculturelle active qui pourrait faire saisir au pouvoir militaire que ce pays ne leur appartient pas, ni à eux ni aux autres civils mille fois vendus ? Comment tant d’impunité, de blablas devant tant de malheurs ?

maatala a dit…

Salam

Lu pour Dedew

Des informations en provenance du Yémen annonce que Rawan, une fillette de 8 ans, est décédée au lendemain de sa "nuit de noces" des suites des blessures subies lors des relations sexuelles imposées par son "mari", âgé d'une quarantaine d'années. L'utérus de la petite fille se serait déchiré et elle serait décédée samedi dans une chambre d'hôtel de la ville de Hardh.

maatala a dit…

salam

Lu pour dedew

Iran : Un père a le droit d’épouser sa fille adoptive

Après le parlement c’est au tour du puissant Conseil des gardiens de la Constitution de donner son aval, la semaine dernière, à un texte autorisant tout simplement un père de famille à épouser sa fille adoptive dès l’âge de 13 ans, une pratique jusqu’alors strictement interdite en Iran.



La loi en question avait été déjà adoptée, pour rappel, par le Parlement iranien, le 22 septembre dernier.



L’adoption d’une telle mesure a suscité colère et indignation parmi les militants des droits de l’homme à l’instar de L’avocate iranienne Shadi Sadr, spécialisée dans la défense des droits des femmes, qui a réagi en avertissant qu’un tel texte s’il venait à être définitivement adopté entraînerait des dérives.



Elle a expliqué, dans un entretien accordé au journal britannique The Guardian, que “cette loi légalise la pédophilie et mettra les enfants iraniens en danger et normalise le crime”.



Pour la militante de l’association “Justice for Iran”, les pédophiles pourront ainsi profiter de cette mesure pour commettre leur crime en toute légalité.



Source : Algerie1



Noorinfo

maatala a dit…

salam

Voila pourquoi le RFD et UFP devaient aller aux élections

Mauritanie-Election: Plusieurs groupes de l'UPR, mécontents, quittent le parti

Mauritanie-Election: Plusieurs groupes de l'UPR, mécontents, quittent le parti
Des groupes politiques et tribales, "défavorisés" suite à la sortie des listes candidates de l'UPR, se sont retiré du parti Union Pour la République (UPR).

Le groupe du cheikh Mouhameddou Ould Hamahou llah a décidé de quitter l'UPR, suite à la marginalisation de son candidat Babah Ould Ahmed Babou. A la wilaya de l'Assaba, les sympathisants du diplomate Mohamed Mahmoud Ould Elghaoth ont quitté l'UPR pour rallier le parti Elwiam.

A la ville de Nouadhibou, le candidat et membre dirigeant de l'UPR Mohamed Elmamy Ould Ahmed Bezeid a retiré son groupe pour avoir été marginalisé. A Seilibabi le candidat Sidi Sokhnou a démissionné sa candidature puisque les soninkés ont été exclus de tête de liste.

A Nouakchott, la députée Lalla Mint Hassanna a démissionné de la liste nationale de l'UPR.

A Timbedra, le militant du parti au pouvoir Elbou Ould Khtouri qui a été marginalisé se prépare pour rallier un autre parti.


MRRRRRRRRRRRRRRR Daddah dit le fou